Témoignages d'anciens combattants:
Florian Roy

Armée

  • M. Florian Roy posant devant la pierre tombale de son camarade, le soldat Joseph Léonard Laflamme, du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment, mort au champ d'honneur le 24 novembre 1951. Cimetière des Nations Unies, Pusan, Corée du Sud.

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  • Certification de qualification militaire de M. Roy comme soldat pionnier et daté du 25 octobre 1952.

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  • Certificat de qualification militaire de M. Roy au titre de sous-officier signé par le brigadier-général Jean-Victor Allard et daté du 16 août 1953.

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  • Lettre du Ministère de la Défense nationale adressée à la famile de M. Roy leur annonçant le retour prochain de ce dernier au Canada après avoir complété son service en Corée. 17 mai 1954.

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  • Télégramme annonçant le départ de M. Roy de Vancouver (C.-B.) pour le Québec. 23-24 mai, 1954.

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  • Certificat de libération de l'armée de M. Roy daté du 18 septembre 1954. Après la Corée, il fut déployé en Allemagne de 1955 à 1957 jusqu'au moment de recevoir sa libération finale en 1958.

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  • Certificat de libération finale de M. Roy daté du 20 octobre 1958.

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  • Plaques d'identité commémoratives au nom de M. Florian Roy.

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Écoutez ce témoignage

"Je me suis promené dans plusieurs rangées de ces pierres tombales là, au cimetière à Pusan, pour trouver les copains avec qui j’étais proche, qui étaient là. Je m’étais dit que je verrais ça une fois dans ma vie. "

Transcription

Premièrement, après avoir fait mon entraînement de base et puis l’entraînement spécialisé à Wainwright, Alberta, là, on m’a envoyé au Camp Borden en Ontario pour apprendre ce qu’ils appelaient la pose des mines et faire les ponts flottants et ces choses-là. On appelait ça être dans le « peloton des pionniers » du Royal 22e Régiment, le troisième bataillon (déployé en Corée en 1953-1954). Nous autres, on s’occupait de poser des obstacles comme des fils barbelés, enlever des mines pour faire des « gaps » (brèches) dans les champs de mines, permettre aux troupes qui allaient en patrouille ou qui revenaient de patrouille ou enlever des obstacles en avant des positions, ou faire des ponts pour traverser des marchandises ou encore traverser des véhicules. Et puis c’est ça que j’ai fait. Et puis quand il y avait des articles que les troupes ne pouvaient pas transporter et ces choses-là, on les détruisait sur place afin que personne d’autre ne puisse s’en servir.

Même aujourd’hui, à 79 ans, je me dis que ce n’était pas possible de croire, soit de partir d’un pays (le Canada) où on avait pas mal tout ce dont nous avions besoin pour survivre, même si on n’était pas riches et puis on vivait bien. Et puis arriver où tout était en ruine, tout était démoli, tout était des petites cabanes de paille faites avec de la terre ou des choses de même. Les gens vivent dans la brousse comme ça, entre les montagnes. On est arrivé en position, on trouvait des enfants, des personnes cachées dans les terrains montagneux ici et là et on les remettait à la Croix-Rouge. On ne pouvait pas communiquer avec, on voyait bien. Ils avaient simplement peur. Ils étaient effrayés, ils voulaient avoir de la nourriture. Ils voulaient avoir des vêtements puis ils voulaient se faire aider. Ça fait que c’est comme ça qu’on faisait avec ces gens-là. Quand on arrivait avec des gens de même, en plus de faire nos « jobs » d’enlever des mines, poser des mines ou faire des obstacles. Poser du barbelé, enlever du barbelé et puis ces différentes choses-là.

Comme j’étais caporal, j’avais quelques hommes en dessous de mes petits commandements que j’avais, qui m’étaient donnés par des (officiers) plus hauts que moi. Et puis on avait un certain territoire qu’on couvrait et puis qu’on surveillait. La vallée d’un tel degré sur notre gauche jusqu’à un tel degré sur notre droite, quand on était sur nos positions. Et puis si on voyait du mouvement ou quelque chose comme ça avec nos jumelles, on relayait un message en arrière aux officiers qui contactaient soit les avions qu’on avait à Séoul dans le temps qui partaient de là pour venir bombarder ou encore l’artillerie qui était en arrière de nous pour diriger un feu de tant d’obus rapides à une position, à un degré donné en avant dans la vallée. Et si ça continuait et qu’on voyait du mouvement ou encore la nuit suivante, à la noirceur, il y avait une patrouille qui avait le devoir de prendre la vallée et essayer de se rendre sur place. Et puis, ils essayaient de découvrir combien nombreux était l’ennemi ou quelle sorte d’armes il semblait avoir. Et puis étaient-ils plusieurs, étaient-ils quelques-uns? Où était-ce simplement juste pour faire quelque chose pour nous harasser, puis nous intéresser? Pour nous laisser savoir qu’ils étaient en avant de nous. C’était réellement un temps de moral.

On nous avait demandé d’essayer d’apprendre tous les détails pour être capable de leur donner quelles sortes d’armes avaient-ils et puis pouvaient-ils avoir quelque chose qui semblait comme une planification, soit faire un mouvement, une avance ou quelque chose comme ça. Ou encore, c’était tout simplement qu’ils appelaient les positions en avant, ils appelaient ça des « Chinese Holes » (sapes). C’était des trous creusés dans le flanc de la montagne et même si les avions venaient bombarder, ils pouvaient leur lancer des bombes de napalm sur la tête. Et puis le flanc de la montagne était en feu, un vrai brasier et puis cinq minutes après ils sortaient de leurs trous et puis ça commençaient à mitrailler ou nous tirer par la tête.

Qu’est-ce qu’on a appris? Les Chinois qui se battaient contre nous étaient armés par des armes russes. De quelle façon se procuraient-ils ces armes-là? C’était des armes russes qui étaient utilisées la plupart du temps pour se défendre. Ils étaient tellement spécialistes pour s’infiltrer, les Nord-Coréens là. Ils pouvaient ramper, ils pouvaient se rendre dans les positions et c’était très difficile de les découvrir. Le soir de Noël (1953), qu’est-ce qui est arrivé sur nos positions? Ils ont rampé et ils sont venus jusqu’en avant de nos positions, à quelques centaines de verges de là et puis ils sont venus nous installer des cartes de Noël dans notre fil barbelé, qui était une protection en avant de nos positions et puis le lendemain soir on est descendu dans la vallée pour aller voir qu’est-ce qui flottait au vent. Et puis on est revenus avec des cartes de Noël. C’était écrit : « Allez-vous en, les Canadiens, au Canada. On ne veut pas se battre contre vous autres. Vous venez vous battre pour les Américains, on ne voudrait pas se battre contre vous autres. Retournez chez vous! » Et il y avait de belles photos avec des personnes, des familles avec des petits enfants et puis des choses comme ce qui se passait chez nous. Ou encore, ils nous faisaient jouer de la musique quand ils venaient bombarder, ils sortaient de leurs trous et puis ils nous jouaient des chansons, des pièces de musique pareille comme ce qui se jouait ici, au Canada.

Ça nous faisait beaucoup de peine, ça nous faisait réellement quelque chose. J’ai eu mes dix-huit ans quand j’étais là dans les montagnes, en Corée. Je me disais : « Vais-je revenir chez nous? » Qu’est-ce qui va se passer? J’entendais dire, j’avais des copains ici et là qui s’étaient fait atteindre par l’ennemi. Il y en a qui étaient morts et il y’en a qui avaient été emmenés à l’hôpital, des choses de même. Et puis je me disais : « Bon, vais-je retourner chez nous, moi? Vais-je finir ma vie ici? » C’est comme ça que ça qui s’est passé des idées dans ma tête, le temps que j’étais là.

Je me suis promené dans plusieurs rangées de ces pierres tombales là, au cimetière à Pusan (le cimetière des Nations Unies en Corée du Sud), pour trouver les copains avec qui j’étais proche, qui étaient là. Je m’étais dit que je verrais ça une fois dans ma vie.

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