Témoignages d'anciens combattants:
Walter Romanow

Armée

  • Membres du 1er Bataillon canadien de parachutistes à l'entraînement près de Manchester, le 18 octobre 1943. M. Walter Romanow figure au premier rang, deuxième à gauche.

    Walter Romanow
  • Walter Romanow, 1er Bataillon canadien de parachutistes, le 18 avril 1945.

    Walter Romanow
  • Walter Romanow (à gauche) avec Bob Sullivan du 1er Bataillon canadien de parachutistes. Photo prise en Normandie, été 1944.

    Walter Romanow
  • Page-couverture intitulée "War Diary of the 1st Canadian Parachute Battalion. Compiled and Edited by Walter Romanow, Morris Romanow, Helene MacLean, Rosalie Hartigan and Bill Dickson".

    Walter Romanow et. al.
  • M. Walter Romanow, mai 2012.

    The Memory Project
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"(...) apparemment l’histoire c’est que Roosevelt et Staline s’étaient entendus pour que Wismar, la ville de Wismar sur la Baltique, soit prise par les Russes. Apparemment, et encore une fois, c’est ce que j’avais entendu dire, ce que je me rappelle avoir lu, quand Churchill avait découvert ce qui se passait, il avait dit : « On ferait mieux d’arriver à Wismar avant eux. » Et ils ont envoyé notre bataillon là-bas avant les troupes britanniques et on est arrivés à Wismar."

Transcription

[Enrôlement et service outremer]

J’avais 15 ans quand la guerre a éclaté, et je suis entré au collège technique à Saskatoon, en classe de 9e [3e du système scolaire français]. Juste en face de mon collège, il y avait un arsenal datant de la Première Guerre mondiale. Alors j’ai marché jusqu’à l’arsenal et j’ai discuté avec eux, ils avaient une unité, le Corps royal canadien des transmissions. Et ils m’ont dit : « Si tu veux être un jeune soldat, vas-y. »

Alors j’y ai passé beaucoup de temps après les cours, à l’occasion je séchais cours pour apprendre le morse, le sémaphore et ce genre de choses. Et deux ans plus tard, j’étais assez vieux, juste avant d’avoir 18 ans je me suis rendu à la Force active, ils m’ont accepté et j’ai suivi une formation spécialisée à Calgary. Et à un moment, j’avais terminé ma formation et ils m’ont fait venir, et ils ont dit : « Vas au bureau chercher un billet de train. Il te conduira à Kingston en Ontario, où le Corps royal canadien des transmissions est réuni. »

Alors je suis allé dans le bâtiment du quartier général, j’ai monté les escaliers, et je voulais entrer là et il y avait un gars à quatre pattes qui peignait. Il a dit : « Tu ne vois pas que je suis en train de faire la peinture? Tu ne peux pas passer par ici. » Il a ajouté : « Passe par la porte de derrière. »

Donc je suis passé par la porte de derrière, je l’ai ouverte, et il y avait un grand tableau d’affichage. Et en plein milieu, il y avait un panonceau qui disait : « L’armée canadienne est à la recherche de volontaires pour constituer un bataillon de parachutistes. Renseignements à l’intérieur. » Je suis allé me renseigner. Le lendemain, j’en étais membre et je suis parti à Camp Shilo [Manitoba].

À ce moment-là, leurs parachutistes venaient arrivés de Fort Benning en Géorgie, où ils avaient travaillé avec les Américains. Et on est partis outre-mer en groupe et c’est là que je suis allé à Manchester pour passer mon – mais sans le gars à quatre pattes qui peignait, je ne serais jamais devenu parachutiste.

[Incident avec les soldats soviétiques en 1945.]

Un ou deux jours plus tard, ils nous ont dit de monter jusqu’à, bon, je ne me souviens pas de l’histoire, mais apparemment l’histoire c’est que Roosevelt et Staline s’étaient entendus pour que Wismar, la ville de Wismar sur la Baltique, soit prise par les Russes. Apparemment, et encore une fois, c’est ce que j’avais entendu dire, ce que je me rappelle avoir lu, quand Churchill avait découvert ce qui se passait, il avait dit : « On ferait mieux d’arriver à Wismar avant eux. » Et ils ont envoyé notre bataillon là-bas avant les troupes britanniques et on est arrivés à Wismar, on a pris Wismar, sans vraiment rencontrer la moindre résistance.

Le 2 mai [1945], on a pris Wismar, il y a eu très peu de combats. On a pris Wismar aux alentours de midi. Une ou deux heures plus tard, un officier russe, à bord de son véhicule conduit par un chauffeur, est arrivé et a dit : « Les gars, vous dégagez de là parce que c’est nous qui sommes censés prendre Wismar. » Et on a répondu : « On n’a rien fait d’autre que ce qu’on nous a demandé de faire. Vous nous avez dit de prendre Wismar, alors on l’a prise et maintenant on va tenir la ville jusqu’à ce qu’on nous dise de partir. » Et le gars a insisté : « Il faut que vous partiez. » Et on a répondu : « Il faut que ce soit les Anglais qui nous disent de partir. » C’était le 2 mai.

Il y a une histoire que j’ai écrite, deux jours plus tard, le 4 ou le 5, le commandant de ma compagnie m’a fait venir et m’a dit : « Walter, je veux que tu parles à ces trois Russes. Tu parles russe. » J’ai répondu : « Non, je ne parle pas russe, mais mon ukrainien devrait suffire. » J’ai dit : « Je parle ukrainien. »

Alors je suis allé voir ces trois Russes et j’ai commencé à leur parler et l’un d’eux a dit : « Où as-tu appris à parler ukrainien? » Et j’ai répondu : « Mon père et ma mère venaient tous les deux d’Europe. » Il a dit : « Tu parles vraiment bien. » Et mon sergent major a répété : « Dis-leur qu’ils doivent partir. » Alors j’ai commencé à leur parler et un des ces Russes a dit : « Peu importe. » Il a dit – il s’est rapproché de moi et il m’a dit : « On n’en veut pas de la ville. » Il a dit : « Vous pouvez la garder. » Il a dit : « On veut aller dans cette immense cave à vin sous la mairie. »

Et en effet, il y avait une très grande cave à vin. De fait, on avait posté des gardes canadiens tout autour des différents – on est descendus et il y avait une sorte de brouette, une grande brouette, une brouette à deux roues, remplie d’alcools en tous genres. Les Russes l’ont reprise. Quand ils étaient en train de partir, il s’est retourné et s’est approché de moi, et il m’a dit : « Wychodi z Bogiem ». Ce qui veut dire « Le seigneur soit avec toi » en ukrainien. Et ils sont partis. Deux heures plus tard, on a entendu les Russes chanter de l’autre côté.

Et quelques jours plus tard, le 8, vous savez que c’était la fin de la guerre en Europe. Des militaires russes étaient arrivés, les plus vieux, pour rencontrer les Anglais et ils ont discuté. Un ou deux jours après, nous sommes partis, retour en Angleterre et ensuite au Canada.

La guerre sévissait toujours au Japon et on a commencé à se déplacer pour retrouver les troupes américaines qui partaient outre-mer, et la guerre a pris fin au Japon. Ils nous ont renvoyés. Et peu de temps après ça, j’ai oublié la date, mais c’est dans mon journal de guerre, et on a fini par être rendus à la vie civile.

[La vie après la guerre]

Et je suis retourné à Saskatoon, j’ai fini mes études secondaires. Alors je suis rentré et j’ai terminé ma 10e (Seconde) et ma 1e (Première). Et puis j’ai continué, première année à l’Université de la Saskatchewan, passé une licence, et ensuite je suis allé à l’Université de – bon je suis parti dans l’est du Canada et j’ai commencé des études, et finalement je suis allé à Détroit et j’ai fait un doctorat en communication à Détroit.

Ensuite, j’ai commencé à enseigner à l’Université de Windsor. J’ai mis en place un département de communication et j’ai commencé à enseigner. Et je me suis occupé du développement du département de communication à l’Université de Windsor. Et les huit dernières années j’étais doyen de la faculté de sciences humaines et ensuite j’ai pris ma retraite.

À ce moment-là, un de mes fils était parti s’installer à Edmonton pour suivre des études supérieures en droit. Et les trois autres enfants ont dit : « Bon, s’il part là-bas, nous aussi. » Et l’un après l’autre, ils l’ont suivi à Edmonton. Et les quatre se sont retrouvés à Edmonton.

Un jour, mon petit fils de sept ans m’a téléphoné et m’a dit : « Grand-père, pourquoi ne viens-tu pas t’installer à Edmonton? » J’ai répondu : « Tu sais Evan, on m’a dit qu’il faisait froid à Edmonton. » Il a répliqué : « Mais Grand-père, tu es à la retraite, quand il fait trop froid tu n’es pas obligé de sortir. » Alors avec ma femme nous avons déménagé à Edmonton.

Peu de temps après la santé de ma femme a commencé à décliner, Alzheimer, et elle a passé ces dix dernières années à l’hôpital général d’Edmonton. Elle y est depuis douze mois. Et alors j’ai déménagé dans une résidence juste en face de l’endroit qu’ils appellent le centre de soins continus, là où se trouve ma femme. Alors je lui rends visite deux fois par jour. Mais elle ne me reconnaît pas, elle ne reconnaît pas les enfants; elle a complètement perdu la mémoire. Et voilà, c’est mon histoire.

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