Témoignages d'anciens combattants:
Vince Reed

Armée

  • M. Vince Reed, mai 2012.

    Le Projet Mémoire
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"À un moment, juste après la guerre, c’était difficile d’engager les gens à parler de ça. Mais plus récemment, on a réalisé que ce qu’on avait à raconter gagnait à être écouté."

Transcription

[Avec le 1st Hussars pendant la campagne du nord-ouest de l’Europe.]

Donc après la Normandie, j’ai été affecté au 1st Hussars [6e Régiment blindé (1st Hussars)] et je suis resté avec eux jusqu’à la libération de la Belgique et j’ai regardé le défilé de la libération en Belgique. Je n’oublierai jamais ça. C’est à ce moment-là qu’ils ont aligné les filles qui avaient collaboré avec l’ennemi et qu’ils leur ont rasé la tête; c’était très déplaisant.

À partir de là, on est restés en Hollande à attendre pendant une grande partie de l’hiver [1944-1945], sans faire grand-chose; des blindés en première ligne, mais il ne passait rien. Un des problèmes qu’on a rencontrés, c’est que l’armée avait tellement progressé qu’on a traversé la Belgique très rapidement, la Hollande jusqu’à la frontière allemande. Il y avait des problèmes de ravitaillement, alors on était bloqués.

Mais en février, les attaques ont recommencé [la campagne de Rhénanie, la poussée finale des Alliés vers l’Allemagne]. Et le 26 février 1945, on nous avait envoyés soutenir le Queen’s Own Rifles [of Canada] lors de l’attaque d’un village allemand, Keppeln, un village en hauteur qui surplombait une route que les Alliés, les Canadiens et les Anglais empruntaient pour amener des troupes fraiches et le ravitaillement. Et les Allemands s’amusaient comme des fous à les bombarder depuis cet endroit. Alors on nous a demandé de prendre ce terrain en surplomb.

En chemin, on a été frappés trois fois. La première fois, il s’agissait d’explosifs brisants, qui ont arraché le pignon et la chenille alors on était plantés là. Le suivant, c’était un obus qui transperce le blindage et on a pris feu. On a évacué, on était trois. Un quatrième membre de notre équipe s’est échappé sans dommage, on est sortis du mauvais côté. Mais c’était comme ça que ça se passait en temps de guerre. Trois d’entre nous sont sortis par là, on a pensé que c’était le côté le moins dangereux. On s’est dirigés vers un trou d’obus, mais avant d’y arriver ils ont tiré un obus à explosif brisant sur nous.

Mes deux compagnons ont été tués et moi, blessé. Je suis resté allongé là jusqu’à la tombée de la nuit. Il était à peu près deux heures de l’après-midi. Et après la tombée de la nuit, deux soldats du 1st Hussars ont traversé le no man’s land, qui était encore sous le feu de l’ennemi, et ils m’ont trouvé et ils m’ont emmené. Et sans eux, je ne serais pas ici aujourd’hui.

Après avoir été blessé, je suis resté dans un hôpital en Allemagne pendant une dizaine de jours et ensuite on m’a rapatrié par avion en Angleterre. Ce qui fait que j’étais en Angleterre quand la guerre s’est terminée, j’étais dans un hôpital là-bas. Mes blessures étaient graves. J’avais reçu des éclats d’obus, j’en ai encore deux à l’intérieur; ils avaient traversé le rein, le foie, le poumon et j’ai passé un bon moment à l’hôpital. C’est là que j’étais quand la guerre s’est terminée. Je suis rentré au Canada et j’ai été libéré de mes obligations militaires juste avant que la guerre soit terminée. J’ai été suivi à l’hôpital Shaughnessy à Vancouver, en consultation externe, pendant très longtemps après ça.

[Réflexion à propos de la guerre]

Mais quand vous servez dans les rangs de l’armée, vous apprenez plein de choses sur les gens. Et c’est intéressant, vous devenez ami avec des gens que vous n’auriez jamais rencontrés avant et vous vous liez d’amitié avec eux. Dans mon équipe, la dernière équipe dont j’ai fait partie, il y avait un bûcheron originaire de Colombie-Britannique, de l’île de Vancouver, moi, un gamin de Winnipeg fraichement sorti de l’école secondaire [lycée] et un garçon de la nation Cri. Et le jeune Cri était – il était debout à côté de moi quand il est mort. Un des meilleurs compagnons qui soient; je suis désolé, ce n’est pas facile de parler de ça.

À un moment, juste après la guerre, c’était difficile d’engager les gens à parler de ça. Mais plus récemment, on a réalisé que ce qu’on avait à raconter gagnait à être écouté. Il n’y a pas eu un seul jour de ma vie sans penser à la guerre, mais ça ne me préoccupait pas autant que ça aurait pu. J’éprouve des difficultés à faire face.

Juste après la guerre je me suis dit – tout d’abord, j’ai perdu quatre de mes meilleurs amis ce jour-là, et je me suis dit : « Je penserai à eux chaque jour. » Et c’était une erreur parce que ça me tracasse. Mais je n’ai jamais vraiment échappé à la guerre. Je peux le supporter désormais, mais elle a eu un impact énorme sur ma vie.

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