Témoignages d'anciens combattants:
Alexander Hunter

Forces aériennes

  • Le lieutenant Alexander Hunter posant près de son appareil Spitfire. Westhampnett, Angleterre, printemps 1944.

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  • Au front en Normandie (1944). Alexander Hunter posant à droite.

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  • Alexander Hunter posant avec une amie pendant la guerre.

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  • Sur le terrain pendant l'entraînement au Canada.

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  • Alexander Hunter posant devant un Spitfire. Digby (Angleterre), printemps 1944.

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  • Carte d'identité émise à Alexander Hunter alors qu'il était en poste en Angleterre. 19 mai 1944.

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  • M. Alexander Hunter, juin 2012.

    Le Projet Mémoire
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"Je l’ai vu quand il est revenu… après sa première opération – ils étaient descendus sur la cible, il y avait des canons antiaériens là-bas, en quantité apparemment, et ça avait été assez houleux. Alors on a déjeuné ensemble et il racontait à quel point ça avait été très chaud avec les tirs antiaériens – il est reparti en vol l’après-midi même. Ça faisait deux vols et il n’est pas revenu du second."

Transcription

[Pilote de chasse dans le 443e escadron de la Royal Canadian Air Force]

Quand on était en train développer nos capacités et notre expérience la cible préférée c’était les tirs groupés. On allait là-bas et on bombardait un petit bois; il n’y avait rien de plus, c’est tout ce qu’on voyait. Si vous ne faisiez rien d’autre, vous espériez leur flanquer une sacrée trouille avec les bombes. Quand on transportait des obus, évidemment, on ne pouvait pas transporter de réservoirs supplémentaires alors la distance que vous pouviez parcourir était limitée de ce fait. Vous appreniez comment agir au sein d’une unité, comment arriver sur la cible, sortir de là, rejoindre les autres, rester vigilant, et chaque fois que vous franchissiez la zone côtière, évidemment, vous aviez droit aux tirs antiaériens et on était généralement à 12 000 pieds d’altitude dans les deux sens.

On a fait quelques rares escortes de bombardiers, des bombardiers moyens principalement – on restait avec eux plus souvent du côté de leurs cibles. Ils n’allaient pas aussi loin que les bombardiers lourds, mais, de temps à autre, on escortait des Forteresses [le Boeing B-17 surnommé la Forteresse volante, un bombardier lourd américain à quatre moteurs] depuis l’Angleterre. Vous en étiez après tout ce qui bougeait, en essayant d’avoir la supériorité aérienne. Je ne me souviens pas avoir vu le moindre bombardier abattu quand on était avec eux; ce qu’il y a de sûr c’est qu’il n’y avait pas d’avions ennemis dans les parages. Je pense qu’un boche [surnom donné aux Allemands] m’a vu voler un jour et il a décidé de ne pas être dans les airs pendant que j’étais là-haut. Il y avait très peu de chances de les croiser.

Évidemment, pendant la descente sur la cible vous étiez beaucoup plus vulnérable; vous n’aviez pas la moindre idée de ce que… il y avait une cible là-bas, il y avait un convoi transportant du ravitaillement, mais vous n’aviez pas la moindre idée des moyens antiaériens qui étaient les leurs. Ils transportaient des canons antiaériens dans leurs camions et ils abaissaient les côtés et puis, boum. Or, ils vous tirent dessus pendant que vous arrivez sur eux – on a perdu pas mal de gens de cette manière. Pendant la bataille d’Angleterre [1940], ils étaient abattus par des avions; un grand nombre de gens ont été descendus à cause des tirs antiaériens.

C’était difficile d’avoir des amis; vous perdiez vos amis alors c’était une bonne idée de ne pas trop vous attacher à quoi que ce soit… à qui que ce soit. Il y avait un gars, il était instructeur quand j’apprenais à piloter à Aylmer (Québec). Quand je suis arrivé dans le 127e escadron [l’escadron de M. Hunter avant qu’on lui donne un nouveau numéro lors de son arrivée en Europe pour servir, en février 1944] sur la côte est du Canada, il était déjà dans l’escadron; j’ai fait sa connaissance là-bas. Nous n’étions pas très proches, mais ensuite il a été affecté outre-mer et on l’enviait tous de partir là-bas – pas un mot ni le moindre soupçon sur le fait qu’on allait être déconsignés deux mois plus tard et envoyés outre-mer nous aussi.

Donc nous sommes partis outre-mer et nous étions en France, établis sur la tête de pont [dans le contexte du débarquement des Alliés en Normandie en juin 1944]; bien établis, et il est revenu dans notre escadre, en tant que nouveau pilote. Alors on a refait connaissance, et en fait, on apportait notre lessive… Il parlait français et moi non – je ne sais toujours pas – alors il avait négocié avec une dame française, près de l’aéroport, pour qu’elle s’occupe de notre lessive. Et il fallait qu’il passe du temps à se familiariser avec la région et les avions, vous savez, avant de pouvoir partir en opération.

Je l’ai vu quand il est revenu… après sa première opération – ils étaient descendus sur la cible, il y avait des canons antiaériens là-bas, en quantité apparemment, et ça avait été assez houleux. Alors on a déjeuné ensemble et il racontait à quel point ça avait été très chaud avec les tirs antiaériens – il est reparti en vol l’après-midi même. Ça faisait deux vols et il n’est pas revenu du second.

Il y avait un gars de Hamilton, Fred […]. Je ne savais pas qu’il était originaire de Hamilton; on ne s’occupait pas de ce qui concernait la famille; vous appréciez une personne en fonction de ses qualités de pilote et vous savez, si vous aviez à dépendre d’eux dans une […], s’ils étaient sociables quand on sortait lors d’une permission, ou s’ils se saoulaient à mort et détruisaient le matériel et des trucs comme ça, dans ce cas-là vous gardiez vos distances.

Je ne pouvais rien faire pour lui. C’était quelqu’un de gentil. Je ne savais pas d’où il venait alors je ne pouvais pas écrire à sa famille et raconter les quelques moments qu’on avait passés ensemble et combien j’avais apprécié sa compagnie. Évidemment, quand je suis rentré… si j’ai découvert qu’il venait de Hamilton c’est parce que j’ai cherché son nom dans le registre qu’ils ont là-bas avec tous les gens qui se sont fait tuer et qui, pour une raison ou pour une autre, ne sont pas revenus. Si vous commenciez à vous inquiéter ou à penser à tout ça, alors ça pouvait devenir dangereux en quelque sorte.

[Sous le feu de l’ennemi]

Je me suis fait prendre dans un piège de tirs antiaériens. Ils plaçaient une cible au centre pour inciter les gens à descendre et puis ils l’encerclaient avec des canons antiaériens, et ils attendaient jusqu’à ce que vous soyez descendu à une certaine altitude, et ils ouvraient le feu sur vous. Bon, je me suis fait prendre dans un de ces pièges avec un autre gars de l’escadron, tous les deux. Bon sang, je ne sais même pas comment on a réussi à s’en sortir sans s’être touchés parce que vous pouviez voir les obus, ça arrivait de tous les côtés.

Il y avait un gars sur la tête de pont – c’est une des histoires que je raconte – et il pilotait un Typhoon [le Hawker Typhoon, un chasseur bombardier monoplace anglais]. Je suis passé devant lui et il a laissé partir deux roquettes, en plein sur moi. Et vous voulez connaître la vitesse de séparation, j’ai eu juste le temps de dire : « Bon sang de bonsoir », et les roquettes étaient sur moi. Maintenant, l’une est passée en dessous de mon avion et l’autre est passée au-dessus; c’était pile l’espace entre les deux roquettes… d’une manière ou d’une autre le Spitfire est passé pile – oui, c’était un Spitfire [le Supermarine Spitfire, un chasseur anglais monoplace] dans ce cas-là.

Oui, bon maintenant qu’est-ce que je vais faire? Le descendre? C’était certes justifié, mais, vous savez, je savais qu’il était… que ce n’était pas délibéré; il avait fait une gaffe. Instinctivement, si vous y réfléchissez trop longtemps, c’est trop tard. Vous finissiez par… vous savez, il y a des gens qui vous gênaient et des trucs comme ça et ils vous mettaient en danger, mais ils ne le font pas exprès. Vous pouviez sans doute être en colère après eux.

Je n’étais pas très inquiet; à tout le moins, je ne le ressentais pas. J’étais plus nerveux, pas le moindre doute à ce sujet. Si un bruit inattendu me faisait réagir, ça ne me rendait pas violent, mais je me mettais à couvert. J’ai un exemple qui montre ça, c’était quand j’étais à Eindhoven [Hollande], je déjeunais dans la salle à manger et… plutôt un Thunderbold P-47 [le Republic P-47 Thunderbolt, un chasseur monoplace américain] s’est écrasé sur la piste et il y a eu une explosion. Maintenant, j’étais assis à table avec mon repas devant moi, mais quand j’ai retrouvé mes esprits j’étais sous une table à six mètres de là. Comment je suis arrivé jusque-là je n’en sais rien. Rien qu’un son, ça déclenche un mouvement et c’est parti. La même chose avec les bombes antipersonnelles; je plongeais sur le sol. Je ne pensais pas à des bombes, mais plutôt à quelqu’un qui mitraillait.

[La fin de la guerre]

Mon commandant, quand ma période d’affectation s’est terminée il a voulu que je reste et je n’étais pas trop nerveux, mais je sentais que j’avais besoin de m’éloigner de tout ça pendant une quinzaine de jours. Revenir, oui. Or, je ne lui en ai pas fait part de cette manière; il voulait que je fasse une rallonge et que je reste parce qu’ils manquaient de gens expérimentés. Quand j’ai refusé, j’ai dit que je pensais que je pourrais prendre un moment de repos et revenir ensuite, mais au lieu de ça, comme j’avais été instructeur avant ils m’ont fourni un autre boulot d’instructeur et c’est ce que j’ai fait jusqu’à la fin de la guerre.

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