Témoignages d'anciens combattants:
David Munro

Forces aériennes

  • M. David Munro, juin 2012.

    Le Projet Mémoire
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"Et on se tenait là à côté de l’appareil et tout à coup il a sauté. Une explosion terrible. Les arbres étaient assez hauts et je me souviens d’avoir vu les arbres en dessous de moi, le souffle nous avait projetés tellement haut. Et on est retombés couverts de flammes, comme une torche."

Transcription

[Servait dans le 162e escadron de l’Aviation royale canadienne]

Donc on est allés chercher l’appareil pour retourner en Islande. Et le pilote l’a inspecté et il a dit : « Ça a l’air bon. » Mais on s’est dirigés vers Goose Bay [Labrador] – on devait aller jusqu’à Goose Bay puis à […] et au Groenland et puis en Islande. Et alors qu’on survolait l’île Anticosti [au Québec], on a eu quelques problèmes avec les moteurs, alors on s’est posés à Mingan [au Québec] et on a fait des vérifications. Les mécaniciens ont tout inspecté et ont dit : « Ça a l’air bon. » Alors on a décollé et on est arrivés à 160 kilomètres environ au sud de Goose Bay, et le temps s’est gâté, beaucoup de givre et tout le bataclan. Le pilote a poussé les gaz à fond pour grimper au-dessus du nuage et les deux moteurs sont tombés en panne. Alors il est tombé comme une pierre, on en est sorti juste au-dessus des arbres et il a atterri dans les arbres. Ça s’est passé tellement vite et je suis descendu tellement vite, je n’avais pas – j’avais donné le message à l’opérateur radio, mais il n’avait pas envoyé le message. Alors personne ne savait où on était.

Et on a atterri – évidemment, coupé des arbres et tout le reste, mais l’appareil, tout le carburant s’est répandu dans la partie principale de la cabine, mais personne n’était blessé physiquement. Secoués, mais pas blessés. Donc toujours en danger, toujours sous la menace de s’écraser ou d’un incendie, on a évacué l’appareil. Et on portait nos combinaisons de vol légères, combinaisons de combat. Et après un petit moment, il s’est mis à faire froid et on était trempés. On était imbibés de carburant. Alors on a décidé de retourner dans l’appareil et avec un autre gars on y est allés en premier et on a rassemblé les combinaisons et tout le reste, on a tout rapporté à l’extérieur. Et vous ne pouviez pas rester dedans trop longtemps à cause des gaz, les vapeurs de carburant. Donc on est sortis tous les deux et deux autres gars sont allés à l’intérieur et le capitaine aussi et puis un des mécaniciens.

Et on se tenait là à côté de l’appareil et tout à coup il a sauté. Une explosion terrible. Les arbres étaient assez hauts et je me souviens d’avoir vu les arbres en dessous de moi, le souffle nous avait projetés tellement haut. Et on est retombés couverts de flammes, comme une torche. Et il y avait de la neige, beaucoup de neige, alors on s’est roulés dans la neige pour se débarrasser de tout ça, on les a débarrassés de tout ça. Et l’autre gars qui était à côté de moi, il était juste à côté de moi, on est descendus et le reste de l’équipage n’était pas très loin.

Et puis on s’est inquiétés pour les deux gars qui étaient dans l’avion et juste à ce moment-là le gars – le mécanicien a crié : « Je n’arrive pas à sortir! Je n’arrive pas à sortir! » Alors on est retournés à l’avion et on l’a récupéré. Il nous a fallu, parce que de temps à autre on prenait feu à nouveau. Alors il fallait qu’on se couvre de neige pour éteindre les flammes. Et on l’a récupéré et on l’a tiré hors de l’appareil et ensuite on l’a roulé dans la neige et il était gravement brûlé, très méchamment brûlé. Alors on l’a éloigné de l’appareil et on a récupéré tout le monde et le pilote nous a alors rejoints sur le côté. Il était près de l’avant de l’appareil quand il a explosé et ça l’avait propulsé dehors sur le côté. Et il était aussi grièvement brûlé. Alors on les a récupérés tous les deux. Et on a fait du feu et bien sûr, il y avait trois mètres de neige à peu près. Le feu s’est enfoncé petit à petit en brûlant. Et ça avait pris un sacré moment pour sortir ces gars, alors ce qu’on a fait, on est allé à côté du feu et on a creusé un trou dans la neige et on les a mis là pour qu’ils n’aient pas trop froid.

Et voilà, on était là. Personne ne savait où on était et il neigeait. Les nuages se trouvaient juste au-dessus de la cime des arbres et personne n’aurait pu nous apercevoir. On n’avait rien à manger. On était tous très secoués. On est restés là – après trois jours à peu près, l’état des gars qui étaient brûlés empirait et commençait à – enfin presque – je ne sais pas comment on appelle ça, ils étaient au plus mal. On savait qu’ils n’en avaient plus pour longtemps. Alors j’ai dit : « Bon, il fut qu’on fasse quelque chose. Je ne sais pas ce qu’on va faire, mais il faut faire quelque chose. » Et j’ai, étant navigateur, je savais dans quelle direction se trouvait Goose Bay. Et en regardant du côté de Goose Bay, il y avait une colline élevée, vraiment haute, dénudée au sommet. Donc le troisième jour, j’ai dit aux deux opérateurs radio et qui, de fait, avaient eu l’expérience de la brousse plus jeunes, j’ai dit : « Bon, on va grimper en haut de cette colline, comme ça si quelqu’un passe par là ils pourront nous voir. »

Alors on est montés au somment de la colline. Ça nous a pris trois ou quatre heures parce que la pente était raide et on n’était pas trop en forme. Alors on est arrivés au sommet et on a allumé un petit feu, fait fondre un peu de neige parce qu’on avait soif, on l’a fait fondre pour avoir quelque chose à boire et on a lancé un SOS sur le flanc de la colline. Et on était assis là en prenant un peu de repos et j’ai levé les yeux et j’ai regardé vers le sud où les nuages commençaient à disparaître et j’ai vu tout petit point au loin. J’ai pensé que c’était un avion. Et je me promenais toujours avec un miroir dans la poche. Alors j’ai pris le miroir et le soleil a commencé à briller et j’ai renvoyé la lumière du soleil sur le cockpit pendant que le gars se rapprochait et plus il se rapprochait plus ça marchait. J’ai réussi à capter son attention, celle du pilote et ils sont revenus et ils ont regardé l’endroit de l’accident évidemment et ils ont regardé où on était. Et ensuite ils ont fait un signe avec les ailes et sont repartis à Goose Bay et ont raconté ce qui s’était passé à Goose Bay. Et ils allaient faire quelque chose.

Donc ce qu’il s’est passé ensuite c’est qu’ils ont envoyé deux appareils. Comme je l’ai dit, on s’était un peu éloigné de l’endroit où se trouvaient les autres. Et ils ont envoyé un appareil sur les lieux de l’accident pour récupérer les gens là-bas. Et envoyé un autre près de là où l’on se trouvait – petit lac. Les équipages m’ont raconté plus tard qu’ils avaient amené les mécanos à l’appareil et c’était un Norseman [le Noorduyn Norseman, un avion de brousse monomoteur canadien]. Il n’était pas très grand et ne pouvait pas prendre de passager supplémentaire, alors ils les ont fait monter tous les deux et hop les voilà partis, et ils sont rentrés à Goose Bay.

L’autre appareil, on était au sommet de la colline et l’équipage est venu à pied à notre rencontre et on est descendus vers cet avion là, et ils étaient arrivés, avaient juste arrêté les moteurs et puis étaient partis à notre rencontre. Alors on a tourné. Il faisait encore jour et on a pris le vent et tenté le décollage, mais on n’a pas réussi. On a accroché les arbres au bout du lac. Et on est sortis de l’avion vite fait. L’appareil n’était pas complètement détruit, mais il y avait pas mal de dégâts, les ailes, l’hélice et ceci et cela. Heureusement, le moteur marchait et on a appelé Goose Bay pour leur dire ce qui était arrivé. Et ils ont décidé qu’ils n’allaient pas nous envoyer d’autre avion, que c’était trop dangereux. Mais ils sont venus, ils nous ont apporté de la nourriture et comme ça on a eu de quoi manger. Et puis ils ont dit : « Ça va prendre un moment. »

Je vais vous dire ce qui s’est passé après, on a décidé – il y avait deux mécaniciens de l’autre équipage qui étaient venus, donc ils étaient mécaniciens et on a décidé de voir ce qu’on pouvait faire avec cet appareil. Alors on l’a tourné et ils ont demandé à Goose Bay de leur parachuter les pièces dont ils avaient besoin et ils ont rafistolé les ailes et on a construit une rampe de fortune, qui allait vers le lac, en posant des troncs d’arbre latéralement et en les recouvrant de neige. Et ils – une fois ce truc terminé, ils ont fait tourner le moteur et il marchait très péniblement parce que l’hélice était tordue, mais ils ont décollé et les voilà partis.

Pendant ce temps-là à Goose Bay, quand ils ont remis les moteurs en marche, Goose Bay a dit qu’ils étaient en train de voir comment ils allaient nous faire rentrer. Or j’ai appris plus tard qu’il y avait une unité de l’armée de l’air américaine à Goose Bay, et leur général savait qu’ils étaient en train de tester des hélicoptères et ils étaient sur le point de terminer leurs essais. Alors il a appelé quelqu’un à leur quartier général et ils ont dit : « Oui, on va aller là-bas en hélicoptère et on va l’utiliser pour le sauvetage. » Alors ça a pris quelques jours. Or l’hélicoptère était très petit. Il transportait le pilote plus un passager. Donc on a pris les autres membres de l’équipage qui étaient sur le lieu de l’accident et on a rassemblé tout le monde. Et ensuite, ils ont fait la navette, ils nous amenaient à une soixantaine de kilomètres de là sur une piste qui servait en hiver et c’était encore l’hiver. Alors ils nous ont emmenés là-bas et puis ils nous ont ramenés à Goose Bay. Et on est arrivés à Goose Bay le 6 mai, le jour de la Victoire en Europe [deux jours avant le jour de la Victoire en Europe]. Et on était restés dans la brousse du 19 avril jusqu’au 6 mai [1945].

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