Témoignages d'anciens combattants:
Betty Laron

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Transcription

Au commencement de l’occupation, le 10 mai 1940, les Allemands sont entrés dans notre pays et cinq jours plus tard l’armée capitulait. Et j’ai vu mon père pleurer parce qu’il avait entendu ce que racontaient les réfugiés qui arrivaient en train et il a dit : « Non, c’est fini pour nous », a-t-il dit. Oui, il s’attendait à quelque chose de terrible.

Parce que nous étions juifs, nous n’étions pas censés nous faire remarquer ou attirer l’attention. Il fallait être discrets. En 1941, je n’avais plus le droit d’aller à l’école, en dehors des écoles juives, et j’ai suivi des cours avec un professeur à Arnhem pendant un an, et ensuite je suis allée à l’école secondaire [lycée], une école secondaire juive à Arnhem pendant la moitié de l’année, et ensuite on s’est cachés. Et vous connaissez toutes les mesures? Nous n’avions pas le droit d’aller à la piscine ou à la bibliothèque, dans les parcs et même dans certains magasins.

Mon père disait tout le temps : « Quitte à être pendus, que ce soit à la dernière potence. » Il disait : « Je ne veux pas être appréhendé à l’improviste. » Et il appartenait au conseil juif nommé par les Allemands et il avait… bon, je vais vous montrer une petite carte, ils ne pouvaient pas venir l’arrêter dans […]

Et je me souviens, je l’ai aussi dans mon album – je me souviens que pendant l’été 1942 on était dehors et j’ai entendu mes parents discuter et j’étais en train de lire ou de faire quelque chose, et tout à coup j’ai entendu mon père dire qu’il était temps qu’on cherche un endroit pour se cacher. Et j’ai sursauté et demandé : « Pourquoi est-ce qu’on doit se cacher? Pourquoi ne peut-on pas rester chez nous comme tout le monde? » Bon, mon père m’a expliqué tout ça.

Mais trouver une famille est très difficile. Tout d’abord, il ne fallait pas qu’ils aient de jeunes enfants parce qu’ils peuvent bavarder. On devait pouvoir leur faire entièrement confiance, ils devaient être contre les Allemands, ils devaient être de bons Hollandais, de bons citoyens hollandais, et ils couraient eux-mêmes un grand danger. Ils risquaient leurs vies.

En premier mon père a parlé d’un couple, un couple de gens d’un certain âge sans enfants et un ami de mon père leur a rendu visite et ils étaient prêts à… ils n’étaient pas contre et surtout lui – Il a dit : « Oui, on pourrait le faire. » Mais une semaine après, il est venu nous voir parce qu’entre temps il avait eu notre nom – il est venu nous voir et il a dit : « Ma femme est trop effrayée et on ne peut pas faire ça. » Et on comprenait très bien; vous ne pouviez pas en vouloir à ces gens parce qu’ils risquaient leurs vies.

Mais il a dit : « Mes voisins… » Et il s’agissait de M. Heister, « … J’ai parlé avec eux et ils voudraient discuter avec vous. » Donc M. et Mme Heister sont venus un soir et mon père les a mis en garde pour commencer, il fallait qu’ils comprennent que c’était très dangereux, que c’était très risqué de faire ça. Et il a répondu, je n’oublierai jamais ça – il a répondu : « Je pense qu’il est de notre devoir d’essayer de sauver une famille juive. »

On ne sortait jamais, pas une seule fois, pas une seule minute pendant tous ces jours, jamais, jamais, et c’est sans doute pourquoi j’étais comme ça après la guerre. J’avais, parce qu’on ne prenait jamais l’air, on n’avait pas de la bonne, la nourriture était, en particulier la dernière année la nourriture était vraiment mauvaise. Mais on avait peur parce qu’on avait ce commerce de vêtements et on connaissait beaucoup de monde, et il y a des gens qui le faisaient, qui sortaient, et ils avaient… Mais il y avait des lampes de poche, mais on avait trop peur. Si on croisait des gens qui nous connaissaient, on ne savait pas ce qu’ils auraient pu faire. Je veux dire, on faisait confiance à beaucoup de gens, mais à cette époque vous ne pouviez vraiment faire confiance à personne parce qu’on leur donnait sept florins et demi [monnaie hollandaise] par personne dénoncée, pour les Allemands.

C’était Pâques en 1945, le 1er ou le 2 avril c’était Pâques. La famille Heister est allée à l’église, mais le pasteur a dit aux gens : « Rentrez chez vous parce que les Canadiens sont tout près et je ne sais pas s’il y a des combats, vous feriez mieux d’être à la maison. » Alors ils sont rentrés une demi-heure plus tard. Et on a entendu tirer au loin et on n’est pas allés au lit parce qu’on voulait être là; on ne voulait pas dormir si les… on savait qu’il y avait des Canadiens à Babberich, c’est une petite… à la frontière entre la Hollande et l’Allemagne; à cinq kilomètres de là où j’habitais. On savait qu’ils étaient là-bas. Pourquoi n’arrivent-ils pas? Pourquoi n’arrivent-ils pas? On ne va pas se coucher.

Alors les Allemands avaient enterré des munitions, des tas, aux croisements, dans les rues principales, parce qu’ils pensaient : « On peut empêcher, on peut arrêter les Canadiens. » Mais après ils sont arrivés avec ces énormes bulldozers. Ils avaient les rues, il y avait d’énormes cratères, en une demi-heure c’était comblé; c’était incroyable. Mais les Allemands avaient à trois heures… du 2 au 3 avril, à 3 heures, les derniers Allemands sont passés devant nos fenêtres parce que derrière notre petite rue il y avait un château et c’est là que se trouvait le commandant, le commandant allemand se tenait là.

Alors il y a deux ou trois soldats allemands qui sont venus et on les a entendus parler et on avait les rideaux ouverts – ils ne nous ont pas vus, on était assis dans le noir – et on les a entendus dire : « Tout le monde est là? » en allemand. « Non, il y en a un autre qui doit arriver. » Alors le troisième est arrivé et ensuite tout était silencieux. Plus de tirs, plus rien, et on a attendu, attendu, et soudain il y a eu une explosion. Ils ont allumé toutes les munitions à tous les carrefours et tout… Oh, c’était de gros pavés qui volaient et ils sont passés à travers la… sont passés à travers la toiture de notre maison, toutes les fenêtres ont volé en éclats. C’était comme un énorme tremblement de terre, c’était épouvantable.

C’est ce que… on en a voulu à la résistance. La résistance après la guerre, ils marchaient le fusil au poing, mais s’ils avaient tué, surveillé, ou arrêté ces trois Allemands, ce ne serait pas arrivé. C’était terrible. La ville entière tremblait. Et puis le silence est revenu; à nouveau, le calme pendant une heure et on était assis là. Oui, on n’a rien vu. Et puis à six heures, je vous l’ai dit, on est montés à l’étage et on a balayé tout ce chantier, les pots de fleurs étaient tombés, les tableaux décrochés des murs, du verre partout. Et ensuite, on a regardé par la fenêtre et on a vu les premiers Canadiens arriver au coin de la rue. Certains étaient en moto et d’autres… et ils avaient des jonquilles sur leurs casques. C’était le printemps et les Hollandais leur avaient donné des jonquilles et ils nous offraient du chocolat.

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