Témoignages d'anciens combattants:
Jean-Guy Amesse

Armée

  • Des brancardiers canadiens pendant la Guerre de Corée.

    Le Projet Mémoire
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"Ce qui m’a frappé en Corée c’est les enfants, les jeunes, je ne sais pas moi, trois ans, quatre ans, cinq ans là, on était toujours dans les montagnes comme de raison. Et puis ils venaient nous voir des fois, et puis moi des fois je leur donnais ma ration, et puis j’en mangeais deux, trois bouchées, et puis je leur donnais le restant."

Transcription

(L’enrôlement pour la Corée)

Ce qui m’a fait m’enrôler, ce qui m’a donné l’idée de m’enrôler, les journées là, assis à la salle de pool, à regarder les gars, là, jouer au pool, qui rient l’un après l’autre, des fois des batailles là-dedans et puis tout ça. Tu sais, petit gars je regardais ça. Et un beau coup, il y avait deux de mes amis à côté de moi et je leur dis « Eh, sais-tu où je m’en vais demain matin? Les gars me disaient quoi! Je m’en vais m’enrôler! » Comme ça, ça m’a pris de même! J’ai dit « Je m’en vais m’enrôler! », ce qui fait que les deux gars y sont venus avec moi, c’était un bon bout là, de la rue Fullum puis vers la rue Ontario dans l’est de Montréal, jusqu’au 4 P. D. (4th Personal Depot, base de recrutement) près des rues McGill puis Sherbrooke là. On y est allé à pied, on n’avait pas d’argent pour prendre les tramways. Ce qui fait qu’on est arrivé là, on parle, on jase avec l’un et avec l’autre, moi j’ai signé trois ans et puis les deux autres s’en sont allés, ils n’ont jamais voulu s’enrôler. Bien là, j’ai dit ça à mes parents, en arrivant à la maison j’ai dit ça à mes parents. Là mon père il était content parce qu’il aimait mieux me voir là que me voir à la salle de pool.

(L’entraînement)

Quand on est arrivé à Valcartier (Québec) au mois de mars (1953), c’était froid encore là, on était à peu près, je ne sais pas, une douzaine, douze, quinze nouveaux là; ils nous ont fait rentrer au HQ (quartier-général), dans les bureaux, c’était tout en plancher de bois, et puis on était à côté collé au calorifère, on se réchauffait le dos au calorifère, et puis il arrive un RSM (Regimental Sergeant Major, sergent-major régimentaire) là, une pièce d’homme là, un Regimental Sergeant Major, une pièce d’homme là, tu sais! Il était bâti et puis son uniforme et tout ça, et moi je ne connaissais pas ça là. Quand il est passé devant nous autres, il a arrêté, il avait son swagger stick (bâton militaire, un symbole d’autorité) en dessous du bras là, il a arrêté et il nous regarde donc, puis tout un coup il me regarde et il dit « Vous avez l’air d’une gang de cochons! ». Ouais! Et j’ai dit à mon « chum » : « Qu’est-ce qu’il veut ce christ-là? » « (Je vais sacrer un peu là). Quand j’ai raconté ça au capitaine, à l’Ordonnance, à Montréal ici, et puis il riait en tabarouette, il me dit «Tu as mal commencé!” Ouais, je le sais que j’ai mal commencé! », parce que le lendemain j’étais à quatre pattes avec une brosse à brosser le plancher.

(Le départ vers la Corée)

J’étais en Corée en bateau avec le Marine Serpent, on a pris le bateau à Seattle (État de Washington), le bateau américain, puis j’ai été malade tout le long. J’ai eu le mal de mer en partant… Puis quand on est arrivé, à Pusan en Corée, et puis là Pusan, ça porte le nom, ça pue à tabarouette là-dedans. Ça, ça m’a frappé, ce qui m’a frappé en Corée c’est les enfants, les jeunes, je ne sais pas moi, trois ans, quatre ans, cinq ans là, on était toujours dans les montagnes comme de raison. Et puis ils venaient nous voir des fois, et puis moi des fois je leur donnais ma ration, et puis j’en mangeais deux, trois bouchées, et puis je leur donnais le restant. Et puis là, j’ai appris que lorsque je voulais en avoir d’autres rations, ils ont dit c’est bien de valeur, mais si tu les donnes, tu n’en auras pas d’autres avant telle date. Bingo, tu as ça, puis c’est ça! Ce qui fait les enfants, il faut dire, j’étais mal à l’aise parce que la moitié était crasseux, tu sais ce que je veux dire. Ça, ça m’a frappé pas mal en Corée.

(Le retour au Canada)

Quand je suis arrivé à la gare Windsor (Montréal) là, j’ai débarqué du train à la gare Windsor, mes parents étaient là, j’avais des oncles, des tantes et puis ma blonde dans le temps, ma femme aujourd’hui là, et puis, comme là, on avait soixante jours (de permission). Moi, je restais sur la rue Fullum (Montréal) et j’ai été élevé à côté d’un poste de pompier, et puis quand je suis arrivé, ils m’ont vu arriver en taxi avec mes parents et puis tout ça là, des sirènes, pareil comme en 1939-1945 là, quand la guerre était finie en 1945, les pompiers ça sonnait les cloches, puis les sirènes, puis tout, et puis ils ont fait la même chose avec moi!

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