Témoignages d'anciens combattants:
Marcel Leboeuf

  • Le Projet Mémoire, Historica Canada
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"J’ai été chanceux... même quand il tirait avec son pistolet par en arrière, j’ai été chanceux là aussi. S’il avait vu clair, il m’aurait attrapé certain. "

Transcription

On se cachait puis on attendait. Là, s’il y avait une patrouille chinoise qui passait, bien là tu les pognait (attrapait). Ils faisaient la même chose avec nous autres aussi. Mais il en est passé des pas mal. Ça fait dur. Oui, j’en ai pogné, une fois je te dis, que ce n’était pas un cadeau. Le sergent, il nous donne des ordres. Ne tirez pas avant que je tire moi-même. Cela fait que, comme de raison, moi, j’attendais. D’un coup, j’aperçois des Chinois passer. Je te dis là, tu ne grouilles pas. Tu attends, puis tu attends. Tu te dis : va-t-il tirer? Il décide de tirer. Bang!

Et là, les Chinois se sont garrochés (projetés) à terre. Dans la noirceur, tu ne vois plus rien. Cela fait que là, on n’était pas supposé d’amener de grenades puis il y en a qui en amenait quand même. Il y en a qui ont amené des grenades de phosphore. Puis il y en a un sur mon côté gauche qui a garroché une grenade de phosphore puis il a pogné un Chinois avec ça. Le Chinois était en train de brûler puis il se plaignait en maudit. Là, le sergent donne un ordre d’avancer, tu sais. Dans les champs de riz, tu as toujours des petites buttes là-dedans. Je passe par-dessus ça. Cela fait que là, bien j’avance puis je dis à mon copain à côté de moi : un, deux trois, on y va. Un, deux, trois, j’y vais, mais lui il ne vient pas. Cela fait que je reçois une grenade en pleine face. Bien en « pleine face », je dis ça en « pleine face » parce que tout ce que j’ai vu c’est un éclat. La grenade, quand elle a pété (explosé), ça m’a aveuglé un peu puis les oreilles me sillaient en mautadit. Puis moi, je pensais que c’était le Chinois qui était pris dans le feu qui avait pitché (lancé) ça, cette grenade-là. J’ai tiré dessus. Ça finit là. Mais ce n’était pas ça. Il était à côté de moi et on ne le voyait pas, ni l’un ni l’autre. Quand j’ai tiré sur l’autre, il pensait que je tirais vers lui. Là, lui, il s’est levé en courant avec un pistolet dans les mains et il tirait par en arrière. Là, toute la gang (groupe) a tiré dessus. On est venu à bout de l’attraper. J’ai été chanceux en mautadit, même quand il tirait avec son pistolet par en arrière, j’ai été chanceux là aussi. S’il avait vu clair, il m’aurait attrapé certain. Mais à la noirceur, moi-même, je suis resté surpris quand je l’ai vu lever. Mais il y a d’autres Chinois qui sont là : où est-ce qu’ils sont?

Puis là, le commandant dit au sergent, il dit… sur le coup il ne le croyait pas. Il dit : amenez-moi une preuve. Va donc chercher ça un corps mort à la noirceur. On y a été. On l’a trouvé. On l’a ramené. Bien oui. Il y avait une balle qui l’avait attrapé. Imagine-toi 15 gars qui tirent dessus.

Des fois, on était très bien. Je veux dire qu’on n’était pas achalés (dérangés). Il y a d’autres places où ça n’arrêtait pas de bombarder, alors il fallait toujours se cacher quelque part. Moi, c’est de même que j’ai été blessé parce que… mais c’était la faute de quelqu’un. Tu sais, lui, c’était un nouveau. Il venait du premier bataillon (1er Bataillon du Royal 22e Régiment) puis moi j’étais en train de manger. Il y avait rien qu’une place où on pouvait aller manger. Il n’y a pas de bombes qui tombaient là. Elles tombaient partout ailleurs, mais pas là. Cela fait qu’on allait manger là puis on allait fumer. On n’était pas trop achalés avec les bombes. Mais lui, il voyait les Chinois tirer, tu sais, bien tu vois toujours la boucane (fumée) dans les arbres. Il s’en vient avec la Bren (son fusil-mitrailleur britannique Bren) où j’étais en train de manger. Il dit : je vais les tirer moi aussi. Je lui dis; va-t’en d’ici toi! J’ai dit : on est tranquille là et il tire quand même! Tête de cochon là. Puis moi bien, pas plus fin, je reste là. Je continue à manger. Puis la première bombe qui tombe, elle tombe en plein dans mon trou. Je me suis fait accrocher correct. Bien oui, c’est ça qui voulait l’ennemi, soit voir où est-ce qu’on était placé au juste. Ils étaient bons dans l’artillerie les Chinois. Je vais te dire une chose, parce que la première bombe qu’ils ont tirée, elle est arrivée droit sur moi. Ils étaient placés pour ça.

Moi, c’est tout arrivé (les éclats d’obus) dans le dos. Bien, c’est parce que j’étais à genoux en train de manger dans une tranchée et, nous autres, en entraînement, ils nous avaient dit que si tu entends une bombe arriver, tu les entends bien arriver, mais il y a des manières de se cacher aussi.

Je me suis penché, alors je l’ai reçue dans le dos plutôt qu’à la tête. Dans un sens, l’entrainement, c’est bon. J’ai été deux mois à l’hôpital. J’ai passé au M.A.S.H. (Mobile Army Surgical Hospital, un hôpital chirurgical militaire mobile). Je suis passé là pour la première opération. Là, ils t’ôtaient les morceaux. Après ça, ils t’envoyaient au Japon vers un hôpital pour faire le reste.

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