Témoignages d'anciens combattants:
John Ivan Anderson

Forces aériennes

  • L'officier John Ivan Anderson à l'époque où il était prisonnier de guerre au Stalag Luft-III en Pologne.

    John Ivan Anderson
  • De gauche à droite: J. Ivan Anderon (Canada), Raymond Smith (Angleterre) et Frank Frudd (É.-U.). Photo prise en février 1943 à Ripon (Yorkshire, Angleterre). Cette photo fut prise afin de commémorer le jour où ces trois officiers reçurent leur commission du Roi George V et pour célébrer le fait que ces aviateurs provenant de trois pays différents (Canada, Angleterre et États-Unis) étaient unis dans une lutte commune. Frank Frudd et J. Ivan Anderson servirent tous deux dans l'Aviation royale du Canada (compte tenu que les États-Unis n'étaient pas encore entrés dans la guerre, Frank joignit les rangs de l'ARC) et Raymond Smith fit partie de la Royal Air Force.

    John I. Anderson
  • Une carte d'identification de prisonnier du Stalag Luft-III datée du 4 juillet 1943. Lorsque les Allemands évacuèrent le camp, M. Anderson récupéra cette carte d'identité à son nom dans le classeur du bureau des officiers du camp.

    J. Ivan Anderson
  • "To Ivan with Love", une photo de l'épouse de M. Anderson, Rose Anderson, née Campo, vers mars 1942. Mme Anderson envoya cette photo à son époux pour lui faire savoir qu'elle venait de joindre les rangs du Service féminin de l'Armée canadienne. Elle quitta l'armée avec le grade de caporal.

    J. Ivan Anderson
  • Livret de vol des observeurs et des mitrailleurs de l'Aviation royale du Canada de M. Anderson daté du 28 août 1941 au 3 juillet 1943.

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  • Intérieur du livret de vol de M. Anderson décrivant quelques missions dans lesquelles il vola au-dessus de l'Allemagne et de l'Europe occupée.

    J. Ivan Anderson
  • Cette section du livret de vol de M. Anderson fournit des informations sur la mission du 3 juillet 1943 dans laquelle son appareil fut abattu au-dessus de la Belgique et dans laquelle son mitrailleur de queue trouve la mort. Peu de temps après, M. Anderson fut capturé à Paris par la Gestapo. M. Anderson était à cette époque un membre de l'Escadron no. 405 de l'Aviation royale du Canada.

    J. Ivan Anderson
  • Enveloppe du Service des prisonniers de guerre de la Croix-Rouge Internationale adressée à l'officier John Ivan Anderson.

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  • Le certificat de libération de l'Aviation royale du Canada de M. Anderson daté du 11 septembre 1945.

    John I. Anderson
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"Dans l’enceinte nord (du Stalag Luft-III), on avait un théâtre qui était bien et on montait de bons spectacles. Des hommes habillés en filles. On aurait vraiment dit des filles. Et on a même invité certains officiers allemands à venir voir le spectacle. Et ils sont venus!"

Transcription

Ensuite, il a fallu qu’on retourne à Cologne, alors on est allés à Cologne, on a bombardé Cologne et puis sur le chemin du retour, en survolant la Belgique, on a été attaqués par des chasseurs de nuit, des Messerschmitt 109 [le Messerschmitt Bf-109 est un avion de chasse allemand]. Il a eu nos deux moteurs à tribord, ils ont pris feu. En fait, il a atteint l’émetteur-récepteur là, sur mes genoux. Ça a juste fait de la fumée. Et l’officier mécanicien de bord a dit : « Les flammes sont de plus en plus grosses. » Alors je suis monté là-haut en courant et j’ai actionné l’extincteur dans chaque moteur, l’incendie a diminué pour commencer et puis il a récidivé.

Et ensuite, notre mécanicien a dit : « Ça a dû rompre la conduite carburant, alors vous avez 30 secondes avant que ça arrive jusqu’aux réservoirs d’aile. » Et dans les réservoirs d’aile, on avait encore 2000 gallons d’essence à indice élevé d’octane, dans chaque aile, parce qu’au départ on en a 2500. Alors on a reçu l’ordre d’évacuer l’appareil. On a commencé à assembler nos parachutes et puis le mitrailleur arrière a dit : « L’hydraulique ne marche plus. Je ne peux pas tourner ma tourelle et rentrer dans l’avion pour prendre mon parachute! » Alors je lui ai envoyé le mitrailleur dorsal pour qu’il le fasse pivoter à la manivelle et qu’il puisse sortir de là. Après, l’interphone a rendu l’âme alors – je sais cependant que le mitrailleur arrière a été tué dans l’accident pour finir. Et les six autres ont réussi à sortir à un moment ou à un autre. Et après notre retour au Canada, quelque temps après, j’ai demandé à l’opérateur comme ça : « Est-ce que tu avais réussi à faire pivoter Johnny finalement? » Il a répondu : « Oh, oui j’avais réussi à le faire tourner et il était sorti de sa tourelle et avait pris son parachute. » Donc c’est – je l’ai aidé au mieux, du mieux qu’on avait pu, mais il a perdu la vie dans l’accident.

Alors à Bruxelles, ils nous ont emmenés dans une autre ville et il y avait d’autres gens là-bas qui voulait en finir avec la guerre eux aussi. Et on a pris le train à Bruxelles, pour aller à Paris. Et quand on a traversé la frontière entre la France et la Belgique, nos papiers étaient excellents et on est passés sans problème. On est arrivés à Paris. On a passé une nuit dans un hôtel et le lendemain on a marché jusqu’à la gare pour prendre le train à destination du sud de la France. Et pendant qu’on montait dans le train, à Paris, la Gestapo [Geheimstaatspolizei, la Police secrète d’État allemande] nous a arrêtés. Je pense que des Français avaient mouchardé, parce qu’ils jouaient sur les deux tableaux; les Allemands les payaient pour qu’ils nous dénoncent et les Anglais pour qu’ils essayent de nous sauver.

Mais on s’est fait arrêter là-bas et ensuite ils nous ont mis à Frênes, dans la prison, à Paris. Et bien sûr, on s’est fait prendre avec de faux papiers sur nous. Ils nous ont collés là-dedans. On était six par cellule et il a fallu attendre que la Croix-Rouge vienne pour vérifier qui on était, pour confirmer qui j’étais. Mais il a fallu cinq semaines avant que la Croix Rouge vienne à la prison de Frênes, à Paris, et quand ça s’est produit ils ont dit : « C’est un officier de l’ARC. En vertu de la convention de Genève, il doit aller dans un camp de prisonniers de guerre. Emmenez-le dans son camp de prisonniers. » Et les autres étaient sous-officiers, ils sont partis dans d’autres camps.

Alors je me suis retrouvé dans le Stalag [Luft]- III [Stammlager Luft, un camp de prisonniers de guerre pour les aviateurs alliés capturés]. Donc je suis allé dans le Stalag [Luft] – III là-bas en Pologne, à Sagan, et j’y ai passé presque trois ans, jusqu’au moment où les Russes commencent à se rapprocher dangereusement. On était censés recevoir un colis de la Croix-Rouge par semaine, et ensuite ça a été un colis pour deux personnes, et puis un colis pour trois et ensuite un pour quatre. Les Allemands prenaient toute notre nourriture, la Gestapo. Alors – parce qu’on avait tout un tas de choses qu’on pouvait échanger avec les gardiens contre des appareils photo, des postes de radio, tous les gardiens travaillaient pour nous. Ils nous apportaient des trucs et on leur donnait du chocolat. Ils avaient des petits-enfants qui à l’âge de huit ans n’avaient jamais vu de chocolat de leur vie. Alors ça me rapportait une radio ou d’autres choses. On faisait fructifier ce qu’on avait. Les gardiens avaient une soixante d’années, 65 ans pour certains. Alors ils étaient très gentils avec nous et ça leur faisait du bien qu’on leur donne les trucs qu’on trouvait dans les colis de la Croix Rouge.

Ils nous ont emmenés dans un autre camp, à une douzaine de kilomètres de là, et ils ont pris la plupart de ceux qui creusaient les tunnels [pour l’évasion]. On avait quatre grands tunnels qu’on avait surnommés Tom, Dick et Harry et George, et George contenait tout l’approvisionnement nécessaire le moment venu. Il y avait des vêtements qui copiaient ceux que portaient les Belges ou les Français. On avait fabriqué tous nos vêtements avec des couvertures et on s’était procuré de la teinture auprès des gardes pour les teindre. Donc on était tous fins prêts pour l’évasion [nuit du 24-25 mars 1944]. 76 d’entre nous ont réussi à sortir de là avant que les gardes avec leurs chiens le trouvent, mais il finissait trop près de la clôture. Il n’allait pas assez loin dans la forêt. Mais que peut-on espérer quand on creuse un tunnel à dix mètres de profondeur et sur une centaine de mètres en oblique pour passer sous une clôture? Je pense que c’était drôlement bien. [Le Commandant] Wally Floody était ingénieur des mines dans la vie civile et c’est lui qui a organisé tout le truc [La grande évasion]. Il n’est plus en vie aujourd’hui. On n’est pas très nombreux à être encore de ce monde. Donc après ça, ils ont découvert d’où le tunnel partait à savoir de l’intérieur du 104 [la baraque 104, la baraque de prisonniers où se trouvait l’entrée du tunnel] et tous ceux qui étaient encore dans le tunnel étaient en train de rebrousser chemin alors ils les ont attrapés évidemment.

Le film [La grande évasion], Wally Floody en avait les droits et il refusait qu’Hollywood tourne le film, à moins qu’ils le fassent venir pour superviser le travail lui-même, après tout c’était lui le maitre d’œuvre dans tout ça. Et ils ont dit : « Bon d’accord, on va vous payer le voyage. Et vous allez recevoir un salaire pour superviser le film. » Il a passé deux ans là-bas. [19] 61 et [19] 62. Le film est sorti en 1963 [réalisé par John Sturges]. Hollywood avait seulement un Américain là-bas. Il a dit que tous les autres étaient des Canadiens. Allez!

Steve McQueen [Terence Steven « Steve » McQueen, un acteur américain], c’était son nom, il a vraiment mis de la vie dans le camp là-bas, pendant un bon moment, en fabriquant de la gnôle, de la bière et de la vodka avec des pommes de terre et des trucs de ce genre. Et on a eu droit à une vraie fête là-bas. Ça a vraiment énervé les Allemands parce qu’ils ne nous poursuivaient pas de camp en camp. Il y avait l’enceinte est, l’enceinte nord, l’enceinte centrale, et l’enceinte ouest. Et dans l’enceinte ouest, il y avait les gardiens allemands. Dans l’enceinte nord, on avait un théâtre qui était bien et on montait de bons spectacles. Des hommes habillés en filles. On aurait vraiment dit des filles. Et on a même invité certains officiers allemands à venir voir le spectacle. Et ils sont venus! Et ils ont trouvé que c’était bien et ils nous ont donné tout ce qu’on voulait parce qu’ils ne savaient pas distinguer les filles des garçons, il n’y avait que des garçons, tous des militaires et des aviateurs.

Oh, ça a été deux longues années. J’étais marié avant de partir outre-mer. J’avais épousé ma petite amie. Elle avait 18 ans. Je ne voulais pas qu’il y en ait un autre qui me la prenne pendant mon absence. Alors elle ne savait pas où j’étais parce que quand ils nous ont capturés à Paris on est allés dans la prison de Frênes et bien sûr pas de courrier, rien ne sortait de là-bas. Et elle n’a pas eu de nouvelles pendant six semaines, jusqu’à ce que la Croix-Rouge vienne dans la prison à Paris et lui envoie un télégramme. Le télégramme disait : « Nous avons le plaisir de vous annoncer que votre mari, le Lieutenant d’aviation J.I Anderson est désormais prisonnier de guerre en Allemagne. » Du coup elle a su que j’étais en vie. Donc c’était cinq ou six semaines après qu’on ait été abattus. Elle travaillait à la station expérimentale de Suffield, à l’hôpital [la station expérimentale de Suffield, un centre de recherche de la Défense situé près de Suffield en Alberta]. Elle était infirmière, portait l’uniforme de l’Armée de terre. Elle était avec le CWAC, le Service féminin de l’Armée canadienne. Et là-bas à Suffield, ils faisaient des essais d’agents chimiques, le gaz moutarde et toutes les choses de ce genre. Et les gars de l’armée qui voulaient porter l’uniforme sans avoir à se battre, ils les envoyaient là-bas. Ils servaient de cobaye. On les envoyait en plein air pour répandre du gaz moutarde sur eux ou d’autres agents chimiques et ils revenaient et allaient à l’hôpital pour recevoir des soins. C’est là-bas que ma femme a attrapé sa MPOC, maladie pulmonaire obstructive chronique. Donc elle est restée là-bas jusqu’à mon retour.

Quand je suis rentré, évidemment, je suis allé au Service féminin de l’Armée canadienne. Ils ont laissé ma femme passer deux semaines de vacances avec moi. Ensuite, il a fallu qu’elle y retourne et elle m’a appelé le jour où elle est retournée là-bas et m’a dit : « Ils ne veulent pas me signer ma décharge. Ils ont dit qu’ils ont besoin de moi ici. » Alors j’ai enfilé mon uniforme avec toutes mes médailles et je suis allé jusqu’au Service féminin de l’Armée canadienne et j’ai dit que je voulais m’entretenir avec la major qui commandait. Et très vite elle est revenue et j’ai commencé à lui raconter mon histoire et elle m’a dit : « Un instant, allons donc prendre un café en bas. » On est donc descendus et on a pris un café et ensuite elle a dit : « Retournons dans mon bureau. » Alors j’ai fini de lui raconter mon histoire, et je lui ai dit que je voulais que ma femme soit libérée de ses obligations militaires, mais qu’ils ne voulaient rien entendre à la station de Suffield.

Alors elle a téléphoné à Medecine Hat et ensuite à Suffield et elle a dit : « Avez-vous un Caporal Anderson chez vous? » Et ils ont répondu : « Oui, mais nous avons besoin d’elle ici. » Et elle a repris : « Attendez un peu, je suis le Major unetelle et je commande ce CWAC et je vous donne l’ordre de faire prendre le train au Caporal Anderson ce soir même avec ses papiers de retour à la vie civile en ordre, et de l’envoyer à Calgary. »

Je suis allé à la gare et je l’ai retrouvée au train. Elle était là avec ses sacs et tout le reste, tout ce qu’elle possédait, et c’est à ce moment-là que notre vie de couple a commencé. On a eu 6 enfants, 12 petits-enfants et 12 arrière-petits-enfants.

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