Témoignages d'anciens combattants:
Paul Maisonneuve

Armée

  • La machine Enigma.

    British Broadcasting Corporation
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"C’était effrayant, voir des cimetières pleins de soldats. Nous, on les enterait où ils tombaient. On donnait une description de la situation et on prenait une des étiquettes pour identifier (les soldats décédés). Il en demeurait un sur le corps, puis on prenait ses objets personnels et on mettait ça dans une enveloppe avec la description sur une carte où il était enterré. "

Transcription

Avec le régiment (The Loyal Edmonton Regiment), quand on a été outremer pendant le voyage, ç’a été décidé par notre officier qui était responsable pour la section d’intelligence (le renseignement). Il y avait les « scouts » (éclaireurs) puis les « snipers » (tireurs d’élite). Plusieurs individus dans l’administration. Et puis moi, ils m’ont demandé si je voulais m’occuper des « codes » et des « cyphers » (codage et cryptage des documents). J’ai commencé à faire ça pour le régiment, comme je vous disais. Et puis après qu’on a été à peu près un mois en Angleterre, ils m’ont demandé si je voulais transférer à la brigade, au quartier-maître de la brigade, la 2e Brigade (d’infanterie canadienne). Elle comprenait le régiment d’Edmonton (The Loyal Edmonton Regiment), le Seaforth (The Seaforth Highlanders of Canada), le « Vancouver » puis le Princess Patricia’s (The Princess Patricia’s Canadian Light Infantry) qui venait de Winnipeg dans le temps. J’ai eu une promotion comme caporal puis j’ai fait ça pour la brigade. Puis la première chose que j’ai sue, ils ont commencé à parler d’entrainement. Alors ils m’ont demandé d’aller au quartier-maitre de la 1ère Division (d’infanterie canadienne). C’était le général Pearkes (le major-général George R. Pearkes, le commandant de la 1ère Division d’infanterie canadienne de 1940 à 1942) qui était en charge. J’ai continué, quand il arrivait une division, quand la 2e Division est arrivée, quand la 5e Division (blindée canadienne) est arrivée, j’allais pour organiser cette fonction-là et surtout pour les impressionner parce que c’était secret. Il fallait tenir la porte verrouillée et c’était difficile. Les officiers venaient et ils se demandaient pourquoi ils ne pouvaient pas rentrer, en tout cas. J’ai fini par être transféré comme instructeur. Et puis c’était, je suis retourné, c’était les (…), où on avait atterri en 1939. C’était des baraques toutes neuves en bois, construites en bois et chauffées à la vapeur. C’était très confortable comparativement à celles qui étaient à Aldershot (Angleterre) dans de vieilles casernes de pierres. Nous autres, on en a perdu plusieurs (soldats). Ils avaient des pneumonies. En tout cas, c’est ça que j’ai fait, j’ai été comme instructeur, puis en 1943 l’officier m’a demandé, la 3e Division va avoir une fonction spéciale, veux-tu aller t’occuper de (leur section de codage et cryptage). J’étais sergent-major dans le temps. Alors j’ai pris la 3e Division, qui avait été nommé comme division d’assaut pour la Normandie (dans le contexte du débarquement de Normandie en juin 1944) et c’est ça que j’ai fait. J’ai débarqué le six juin (1944) avec la 3e Division et j’ai fini la guerre avec eux. Normalement, c’était pas mal tranquille, mais à tout bout de champ, il y avait un « 88 » (le canon anti-char et anti-aérienne allemand de calibre 88mm) qui décidait, ça, ça pouvait être douloureux. Il y a des places que c’était très difficile de creuser une tranchée. Puis c’était dur, alors les tranchées étaient assez rares, mais on se trouvait des abris du mieux qu’on pouvait. Et quelques bombardements, quelques avions qui ont passé proche plusieurs fois. Il y en avait un qui s’en venait, c’était un jeune homme, il pilotait un Messerschmitt (le Messerschmitt BF-109, un chasseur monoplace allemand). Puis on était trois qui essayaient de redresser une jeep que le gars avait abandonnée. Puis il avait viré, sur le côté, en tout cas, il klaxonnait tout le temps puis les gars étaient partis. Cela fait qu’on s’est dit qu’il est peut-être dessous. On va essayer de... On s’adonne à regarder puis il s’en venait, lui (le chasseur allemand). Il avait coupé son moteur, on n’entendait pas le moteur du tout. Il était en train de s’enligner pour nous mitrailler et il y avait un Bofors de 32 pouces « anti-aircraft » (le canon anti-aérien de type Bofors de calibre 40mm), le deuxième coup qui lui a coupé la queue (au chasseur allemand) et il se trouvait à peu près à 300 ou 400 pieds. Là, il a été obligé de sortir avec le parachute. Il a oublié de peser sur le piton. On était pour l’avoir là. On est passé proche plusieurs fois, je ne sais pas. On ne réalise pas par exemple. Quand on y retourne, je suis retourné, moi je pense que ça faisait trente-cinq ans. C’était effrayant, voir des cimetières pleins de soldats. Nous, on les enterait où ils tombaient. On donnait une description de la situation et on prenait une des étiquettes pour identifier (les soldats décédés). Il en demeurait un sur le corps, puis on prenait ses objets personnels et on mettait ça dans une enveloppe avec la description sur une carte où il était enterré. Mais deux aujourd’hui, trois demain. Des fois pas du tout. Mais tout d’un coup, on retourne là puis ils avaient tous été assemblés dans des cimetières.
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