Témoignages d'anciens combattants:
Gordon Ritchie

  • Après la mort dans le ciel français de son commandant d’aviation W.B. Anderson, Gordon Ritchie (à d.) a fait équipe en 1944 avec le capitaine d’aviation Michael Sloski jusqu’à la fin de sa série de vols opérationnels. L’équipage a reproduit la DFM de Gordon Ritchie sur le nez de l’appareil.

  • Le mitrailleur de queue Gordon Ritchie (première rangée, à d.) et l’équipage de W.B. Anderson du 429e Escadron des Bisons, à Yorkshire, en janvier 1944. En juin, Anderson a succombé à ses blessures et deux des membres de son équipage sont disparus au combat après une évacuation en vol.

  • Gordon Ritchie entre le légendaire colonel d’aviation Sir Douglas Bader et son épouse Lady Bader, au Stampede de Calgary de 1974. Qualifié d’« as cul-de-jatte » de la Deuxième Guerre mondiale, Douglas Bader est célèbre pour avoir abattu 22 avions allemands. Il était cette année-là « Grand Marshal » de la Stampede Parade.

  • Gordon Ritchie (à d.), le mitrailleur dorsal John Mangione (à g.) et le mécanicien de bord Gilbert Steer (à g.), tous du 429e Escadron des Bisons de l’ARC, ont héroïquement survécu à des tirs antiaériens dans le ciel français du 7 au 8 juin 1944. Gordon Ritchie s’est vu remettre la Médaille du service distingué dans l’Aviation (DFM).

  • Le sous-lieutenant d’aviation Gordon J. Ritchie, DFM.

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"Nous avons administré de la morphine à notre pilote et l’avons transporté de peine et de misère jusqu’à la trappe de secours de l’arrière, où nous avons fixé l’anneau d’arrimage de son parachute à la sangle d’ouverture automatique de l’appareil."

Transcription

Je m’appelle Gordon Ritchie et je suis né à Montréal, même si je vis aujourd’hui en Colombie-Britannique. J’ai servi dans la force de bombardement de la Deuxième Guerre mondiale en tant que mitrailleur de queue du 429e Escadron des Bisons de l’Aviation royale canadienne.

Nous volions dans des bombardiers Halifax et ma série de vols opérationnels a totalisé 34 missions. La plupart de nos cibles de pénétration à longue distance se trouvaient en Allemagne. À Leipzig, par exemple, nous avons perdu dès mon premier vol 78 appareils en une seule nuit. Puis nous en avons perdu 73 autres au-dessus de Berlin. Je suis allé deux fois à Stuttgart, puis à Frankfort, Essen, Düsseldorf, Hambourg, et ainsi de suite, toujours en mission de pénétration à longue distance. Puis à l’approche du Jour J, nous avons réorienté nos opérations de bombardement sur les chemins de fer et les gares de triage. Dans la nuit du 7 au 8 juin 1944, on nous a ordonné d’attaquer une gare de triage d’Achères, en France. Nous survolions la côte française au-dessus de Dieppe quand un tir antiaérien nous a frappés. Mortellement blessé, notre pilote a donné à notre équipe l’ordre d’évacuer en vol pendant que l’appareil piquait du nez. Ce pilote, c’était le commandant d’aviation W.B. Anderson, Croix du service distingué dans l’aviation et originaire de Winnipeg.

Le navigateur, le viseur de lance-bombes et le télégraphiste à terre ont tous trois sauté au-dessus de la France. Notre mécanicien de bord, le sergent Gilbert Steer, a réussi à dégager notre pilote de son siège et à redresser l’avion. Le mitrailleur dorsal et moi-même, qui était mitrailleur de queue, nous sommes avancés pour voir ce que nous pouvions faire. Nous avons administré de la morphine à notre pilote et l’avons transporté de peine et de misère jusqu’à la trappe de secours de l’arrière, où nous avons fixé l’anneau d’arrimage de son parachute à la sangle d’ouverture automatique de l’appareil, qui faisait une douzaine de mètres de longueur. Nous l’avons tiré jusqu’au fond… puis évacué par la sortie arrière. Et son parachute s’est ouvert une fois la sangle entièrement déroulée. Mais il a par la suite succombé à ses blessures.

Après cette évacuation de notre pilote, le reste de l’équipage a sauté sans encombre. J’ai pour ma part atterri dans un champ de mines du Oxfordshire. Et sur mes trois camarades qui ont sauté au-dessus de la France, deux ont été capturés et sont restés prisonniers de guerre du 8 juin 1944 au mois de mai 1945. Notre navigateur, le troisième, s’est fait aider par la Résistance française et est rentré en Angleterre six semaines après avoir sauté en parachute.

Quelques semaines après cette opération, on nous a appris que notre mécanicien de bord, le sergent Gilbert Steer, avait reçu la Médaille pour actes insignes de bravoure et que notre mitrailleur dorsal, John Mangione, qui était originaire d’Ottawa, et moi-même recevions la Médaille du service distingué dans l’aviation.

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