Témoignages d'anciens combattants:
Alexander Levin

Armée

  • Page-couverture des mémoires de guerre de M. Alexander Levin.

    Alexander Levin
  • Alexander Levin avec l'un de ses libérateurs russes, janvier 1944.

    Alexander Levin
  • Le garçon soldat Alexander Levin en Ukraine, février 1944.

    Alexander Levin
  • En Pologne, juillet 1944.

    Alexander Levin
  • En Allemagne, avril 1945.

    Alexander Levin
  • Le capitaine Levin de l'armée soviétique dans l'après-guerre.

    Alexander Levin
  • M. Alexander Levin, mars 2012.

    Le Projet Mémoire
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"Ces deux personnes nous ont cachés dans un placard et la police est venue, par chance ils n’ont pas fouiller la maison mais ils leur ont demandé, est-ce que vous avez un fugitif juif ici, ils ne nous ont pas dénoncés, et par chance la police n’a pas fouillé la maison. "

Transcription

[Échapper aux nazis en Europe de l’Est pendant la guerre]

On a continué à se demander jusqu’à ce qu’on arrive à Netreba [un village détruit à l’est de la Pologne] et finalement on est arrivés dans le village d’Okopy [à l’ouest de l’Ukraine]. Aux abords d’Okopy il y avait une maison, on s’est approchés de la maison et on a frappé à la porte, comme on avait frappé à la porte un homme est venu, il portait un col blanc alors on a compris qu’il s’agissait d’un prêtre polonais. Il nous a fait entrer dans la maison ; et il y avait une dame dans la maison. Il se trouvait que cette dame était, un peu plus tard on a appris que cette dame polonaise était enseignante. Quand nous sommes allés dans la maison, juste avant on avait vu une affiche dans le village, écrite en ukrainien et en allemand, qui disait que quiconque dénonçait un fugitif juif recevrait en échange 1 kg de sel.

Ces deux personnes nous ont cachés dans un placard ; et la police est venue, par chance ils n’ont pas fouiller la maison mais ils leur ont demandé, est-ce que vous avez un fugitif juif ici, ils ne nous ont pas dénoncés, et par chance la police n’a pas fouillé la maison, et quand ils sont partis on est sortis, ils nous ont donner à manger, des vêtements et ils nous ont montré le chemin pour retrouver d’autres personnes en fuite comme nous dans la fôrêt.

[La guerre sur le front Est en 1944]

Dès ce moment-là, dans nos esprits, pendant de nombreuses années, c’était là, ces gens nous ont sauvés. Ça a été un épisode très court, un bref épisode mais ils nous ont sauvés, et comme ils nous ont sauvés on se souvient pour toujours de ce moment de notre vie. Ça n’a pas duré longtemps, quand on écoutait, on entendait parler de bombardements, et quand on est arrivés dans un village, les habitants ont été plus généreux avec nous. Ils ont appris que les nazis battaient en retraite. Avec ce renseignement, ils nous ont aussi appris que notre ville avait été libérée par les Russes. Maintenant il nous faut prendre une décision, parce que la forêt nous a sauvé, notre cachette mais il faut qu’on découvre ce qui est arrivé à nos parents, ce qui est arrivé à notre communauté et on a marché les 20 km qui nous séparaient de notre ville.

Quand on est arrivés dans notre ville, on s’est souvenus d’une famille polonaise, les Wrublevski, qui étaient amis avec nos parents, pendant les fêtes de Noël ils nous appelaient pour venir chercher des bonbons, et je me souviens même de leur nom de famille. Quand on était là-bas on a passé la nuit chez eux, ils nous ont donné à manger, quand on est revenus on a trouvé un libérateur russe ; lui il a vu deux garçons, et il m’a offert de m’emmener chez son supérieur et à mon frère d’aller dans une unité différente. Mon frère est parti dans une autre unité ; ils l’ont accepté comme volontaire et il m’a emmené voir son supérieur.

C’était l’hôpital de campagne n° 2084 [13e armée soviétique, 1er front ukrainien] juste après le front, vous voyez l’hôpital, ils m’ont accepté, ils m’ont laissé prendre une douche, ils m’ont donné un uniforme militaire qui n’était pas pour un jeune garçon, c’était un uniforme de soldat [M. Levin avait 12 ans au début de l’année 1944]. J’avais des chaussures qui étaient assez larges pour mettre les deux pieds dans la même, et l’uniforme était pendu là, mais en deux jours ils l’avaient mis à ma taille, j’étais déjà habillé comme un homme, et je suis devenu un garçon estafette, un soldat dans l’hôpital militaire de campagne.

Je peux vous décrire ce qu’est la guerre, ce que j’ai vu dans ces soldats blessés, j’aidais le pharmacien, une fois, un Messerschmitt [avion militaire allemand] est arrivé et a bombardé l’hôpital, un coin, et on était à l’autre endroit en train d’essayer d’apporter quelques médicaments dans cette unité, et l’explosion nous a projeté contre le mur. On a perdu connaissance, deux minutes, on est revenus à nous, on n’était pas blessés, mais on avait perdu connaissance et puis on a repris connaissance, et on est allés à l’endroit où l’on avait déjà vu des soldats blessés, l’odeur des blessures je peux encore la sentir aujourd’hui.

[Avancée du front jusqu’en Allemagne]

On a commencé à se déplacer de Rokitno jusqu’à Sarna et puis Rovna [municipalités polonaises], d’un endroit à l’autre, cet endroit ; je suivais le front au fur et à mesure qu’il avançait. Je n’oublierai jamais quand on poussait en Pologne, oui, à [Jeschuv] en Pologne, j’ai retrouvé mon autre frère, il était dans l’autre unité. De temps en temps, on avait la chance de se voir. On avançait quand on a traversé la rivière Wisla [La Vistule], je n’oublierai jamais les Allemands tués, les Russes tués qui étaient allongés dans l’eau. J’ai vu ça avec mes yeux de jeune garçon. Aujourd’hui je ne me souviens même pas de ce que j’ai fait hier, mais ça je m’en souviens très bien. On a traversé la rivière Oder [Allemagne], je n’oublierai jamais, j’ai vu les atrocités perpétrées par les Russes à l’encontre des Allemands quand ils sont arrivés en Allemagne. Je décris tout ça dans mon livre. J’ai vu tout cela en train de se passer sous mes yeux.

Je raconte ça aux enfants quand je leur parle de ce qu’est la guerre, et au cours d’une guerre il y a de nombreuses situations inattendues qui se présentent. Je dis aux enfants qu’il faut qu’ils comprennent ce qu’est vraiment la guerre. Ils ne peuvent pas comprendre complètement parce qu’ils ne sont pas passés par là, ils n’ont pas respiré la puanteur, ils n’ont pas vu la réalité, mais ils faut qu’ils soient préparé, et prêts à se battre, pour défendre la communauté, le pays.

C’est pendant qu’on avance d’une ville à l’autre, et finalement on était arrivé à… Je suis passé par des villes comme Zarow, [Strotow, Grybów] [municipalités polonaises] je me souviens du nom des rues, des endroits où on se trouvait, et finalement on est arrivés dans le ville de Torgau, c’est à une centaine de kilomètres de Berlin et cette fois il y avait une ordonnance de Staline au sujet des orphelins, et je veux dire aux Canadiens, parce que dans l’armée canadienne, pendant la Deuxième Guerre mondiale et dans l’armée américaine, vous n’aviez pas d’orphelins, des enfants de 12,13,14, 15, 16, 17 ans pour certains, comme s’ils en avaient 19, mais ils ne se sont pas trouvés dans cette situation et l’armée russe, il y avait de nombreux enfants qui ont été adoptés par les unités de l’armée et différentes unités, ils s’enfuyaient des orphelinats et sont partis à la guerre.

[La fin de la guerre]

Staline a donné l’ordre de ramener tous les orphelins en Russie, et on m’a renvoyé là-bas avec une infirmière qui était enceinte. Elle est venue avec moi à Moscou, mais avant d’aller à Moscou, on est passés par la Biélorussie où elle était née et elle avait un frère, elle avait sa famille. Je veux souligner ce moment, ce que la guerre est, ce que la guerre fait aux communautés, aux gens.

En Biélorussie, quand on est allés voir sa famille, elle avait un frère, et moi je suis déjà soldat, et un fils, qui a trouvé des explosifs avec le cordeau, et le cordeau est assez long pour donner le temps de s’éloigner, et il coupe le cordeau pour en récupérer une partie car il veut pêcher des poissons, et je portais des bottes et ils étaient pieds nus, et je leur ai dit de ne pas faire ça ou alors de m’attendre, et j’ai fait le tour et le temps d’arriver, l’explosion s’était déjà produite et il a été tué et un autre a été blessé. Je n’oublierai jamais tout ce que j’ai pris, tous les trucs dans l’estomac, je les ai remis dedans, avec sa sœur on l’a enterré et on est repartis.

La raison pour laquelle je veux raconter cette petite histoire c’est qu’elle montre que même quand la guerre s’est éloignée, des gens continuent à se faire tuer à cause de la guerre. Quand j’ai pris ma retraite j’ai commencé à parler dans les écoles, et c’est ma mission de partager mon histoire avec tous les enfants. J’ai de jolies lettres écrites par les enfants, certains comprennent, d’autres, je l’espère, comprendront plus tard, mais ce sera ma mission jusqu’à ce que mon cerveau ne réponde plus.

Merci.

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