Témoignages d'anciens combattants:
Clair Edward Adams

Armée

  • Le soldat H. Hackett de la 18ème ambulance de campagne, Corps de santé royal canadien, offre une boisson au sapeur K.J. Pratt. Bourgtheroulde en France le 26 août 1944.

    Crédits: Ken Bell / Ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-137293 Restrictions d'utilisation: Néant. Droits d'auteur: expirés
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"Une sentinelle allemande s’est placée en travers de la route et a dit : « Halte! » Alors cela va sans dire, j’étais tout secoué et je sais que lui aussi. Il s’est arrêté pour mettre ses mains en l’air, mais pas moi. J’étais au milieu de la route et j’ai juste saisi le guidon de ma bécane et je l’ai soulevé pour qu’il soit en face de la sentinelle allemande et j’ai relâché l’embrayage, je me suis dirigé sur lui et j’ai tourné en même temps. Il a tiré et m’a manqué."

Transcription

Je travaillais à la coupe du bois, sur place dans notre ferme, et en 1939, quand mon frère s’est engagé dans les forces armées, je n’ai pas pu attendre plus longtemps pour rentrer dans l’armée. Je n’avais que seize ans à l’époque, alors j’ai coupé du bois à pâte dans la ferme familiale et me suis fait assez d’argent pour payer le voyage jusqu’à Montréal où je me suis engagé dans les Forces armées. Je pensais que j’allais rejoindre l’artillerie, mais après avoir passé un test de conduite, et je n’avais jamais conduit auparavant, rue Craig à Montréal, le sergent qui me faisait passer le test m’a donné l’ordre de m’arrêter immédiatement. Et on m’a fait savoir quelques jours plus tard que j’avais réussi mon permis et j’ai été affecté au Corps royal de l’intendance de l’Armée canadienne et rattaché à la 11e Ambulance de campagne de Guelph.

Alors, en tout cas, quelques semaines plus tard on était tout près de la poche de Falaise* et les Américains montaient d’un côté et on nous arrivait par l’autre côté. Et les Allemands ont commencé à battre en retraite et se dirigeaient vers le nord. Et on s’est déplacés vers le nord. On n’était pas très loin de la forêt de la Londe quand un matin j’ai été réveillé par mon commandant, le Capitaine Martin. Et il a dit : « Sergent, un véhicule a été touché par un mortier la nuit dernière. » Et j’avais pour mission, entre autres, de déterminer si les véhicules étaient récupérables ou non. Alors il a dit : « Je veux que tu ailles voir ça. » Donc, j’ai enfourché ma bécane et j’ai pris au nord en direction de la forêt de la Londe et en traversant nos lignes – si je me souviens bien, il s’agissait du Royal Hamilton Light Infantry, qui faisait partie de la 4e Brigade [d’infanterie canadienne] – ils étaient là et me faisaient de grands signes pour que je m’arrête. Mais je n’ai pas fait attention à eux. J’ai continué à rouler en direction de la forêt de la Londe.

Or la forêt de la Londe était traversée par une très jolie petite route. Elle était très étroite. Et alors que j’avançais, et à un kilomètre et demi dans la forêt de la Londe, à peu près, il y a un couple français qui était là et ils me faisaient des signes pour que je m’arrête. Alors j’ai pensé qu’il y avait quelque chose qui clochait. Et j’ai fait demi-tour. J’ai fait huit cents mètres à peu près et j’ai croisé un gars du Toronto Scottish [Regiment] en moto. Et il a dit qu’il pensait que sa compagnie était au bout de cette route. Et j’ai pensé : « Bon, je ne suis peut-être pas allé assez loin. » Alors je suis reparti dans l’autre sens avec lui – on ne s’est pas présentés – et on a continué à rouler. On a croisé un passage à niveau, monté une pente abrupte avec un virage à droite très serré. Et, en arrivant en haut de cette pente raide, le gars du Toronto Scottish me précédait de quelques mètres, deux ou trois mètres, une sentinelle allemande s’est placée en travers de la route et a dit : « Halte! » Alors cela va sans dire, j’étais tout secoué et je sais que lui aussi. Il s’est arrêté pour mettre ses mains en l’air, mais pas moi. J’étais au milieu de la route et j’ai juste saisi le guidon de ma bécane et je l’ai soulevé pour qu’il soit en face de la sentinelle allemande et j’ai relâché l’embrayage, je me suis dirigé sur lui et j’ai tourné en même temps. Il a tiré et m’a manqué. Mais ses camarades de l’autre côté de la route n’ont pas manqué leur coup. L’un d’entre eux m’a atteint sous le bras. Juste une éraflure en fait. Et l’autre m’a eu à la cheville; c’était comme si un marteau me martelait la cheville.

Pendant que je roulais, j’ai continué en traversant la forêt et suis repassé de l’autre côté de nos lignes, et là il y avait une demi-douzaine de soldats qui sont sortis avec leurs baïonnettes pour m’arrêter – les baïonnettes sur leurs fusils. Alors, je me suis allé m’asseoir sur le trottoir dans un petit village. Il y avait un fermier français qui s’est approché et il a dit : « Voulez-vous un petit peu de Calvados**? » Et j’ai répondu : « Oh, oui monsieur. » Alors, il avait une bouteille de Calvados et il m’a donné un verre rempli à ras bord de Calva et ce n’est pas de la binette. C’est de l’alcool distillé à la ferme. La morphine que le docteur m’a donnée quand il est venu m’examiner, je n’en avais vraiment pas besoin.

*La Bataille de la poche de Falaise, du 12 au 21 août 1944, bataille décisive dans la Bataille de Normandie

**alcool de pomme fabriqué en Normandie

Entrevue avec le Colonel Clair Adams Projet d`histoire orale du AMCG

MCG 20020121-001

Collection d’archives George Metcalf

© Musée canadien de la guerre

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