Témoignages d'anciens combattants:
Arthur James Gillan

Marine

  • Arthue Gillan à Kelowna, Colombie Britannique, octobre 2009.

    Historica Canada
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"J’étais responsable de la salle des machines évidemment, et ça comprenait aussi le travail sur le pont et le gréement et tout le reste. J’aimais bien ça parce que j’avais passé près de trois ans sur la côte ouest par intermittence. Et je connaissais la côte ouest comme ma poche."

Transcription

Je m’appelle Arthur James Gillian. Je suis né le 27 octobre 1911 à Victoria en Colombie Britannique. Je viens d’avoir 98 ans, il y a un ou deux jours. Peu après m’être présenté à Esquimalt, après avoir fait mon temps sur le William J. Stewart, j’ai été envoyé à Vancouver chez le constructeur de bateaux Fenner and Hood à Coal Harbour sur Vancouver en Colombie Britannique. Et j’y ai passé à peu près sept mois. Je suis arrivé sur le chantier juste après la mise en place de la quille et j’ai donc assisté à la construction toute entière du bateau. Une des raisons, et peut-être la seule raison pour laquelle on m’a envoyé là c’était parce que je savais interpréter et suivre un plan. Les constructeurs pouvaient faire tout ce qu’ils souhaitaient sur le bateau en ce qui concernait sa construction mais ils devaient recevoir mon approbation pour être sûr que le travail était fait et bien fait. Alors je devais comparer le travail effectué avec mes plans, jamais trouvé le moindre défaut quoiqu’il en soit. Tout ce que j’avais, c’est bon, c’est sur le plan, c’est fidèle au plan. C’est bon, finissez le travail, et ils le recouvraient, les fils et les tuyaux et tout ce genre de choses. Je suis resté sur ce bateau pendant tout le temps des essais et quand ils l’ont amené à Victoria, étant donné que j’étais dessus depuis le premier jour de sa construction, j’ai été détaché dessus. J’étais le chef, premier maître, sur le bateau et j’avais quatre matelots comme ils les appelaient. Ils étaient en quelque sortes des aides dans la salle des machines, des hommes vous savez, en fait on les appelait des chauffeurs à cette époque. Il n’y avait pas de feu à entretenir mais c’est comme ça qu’on les appelait. Et j’avais un équipage de quatre personnes. J’étais responsable de la salle des machines évidemment, et ça comprenait aussi le travail sur le pont et le gréement et tout le reste. J’aimais bien ça parce que j’avais passé près de trois ans sur la côte ouest par intermittence. Et je connaissais la côte ouest comme ma poche. Je faisais partie de la Réserve navale. Je n’étais pas dans la Réserve de volontaires. Seulement deux autres sur le bateau faisaient partie de la Réserve navale. Le capitaine en était. Il avait passé trois ans sur un bateau de pêche sur la côte ouest. Et en fait il a fêté son 21ème anniversaire à bord. Ce bateau avait été baptisé le QO67. C’est le bateau sur lequel j’étais. Et j’y ai passé onze mois environ. Comme j’étais un jeune officier je partageais une cabine avec le capitaine d’armes. Les trois commandants sur le bateau, ils avaient leurs quartiers à l’arrière du bateau et c’était un des pires endroits. C’était bruyant. On était au milieu du bateau et c’était plutôt calme. Pendant tout le temps que j’ai passé dans la marine, je devais avoir mon hamac partout avec moi mais je n’ai jamais dormi dedans, pas une seule fois. Les 18 membres d’équipage dormaient dans leurs hamacs, se balançaient au dessus des tables dans la, on pourrait appeler ça la salle à manger je suppose mais c’était seulement une grande cuisine. Ils sautaient hors de leur hamac sur la table et puis sur le sol. On était en patrouille, trois navires Fairmile en patrouille en même temps. Et on est allé au, juste au dessus du Cap Flattery, le bout de la péninsule là-bas. On était dans des eaux très agitées. Quand on était au Cap Flattery, ça donnait sur l’Atlantique, tout droit vers le Japon. Je ne me souviens pas du tout de son nom mais un gars est venu d’Ottawa pour faire une visite du bateau et il a choisi notre bateau, je ne sais pas pourquoi, mais il était là pendant tout le temps où on n’y était pas. Et il n’arrivait pas à croire les conditions météo qu’on avait eu. Les conditions étaient tellement mauvaises que les trois bateaux étaient équipés de ce qu’on appelle un appareil ASDIC [détection sous-marine par ultra sons d’objets submergés]. C’était un appareil pour contacter les sous-marins et ça ressemblait à une petite torpille. Et tous les navires Fairmile en avaient un attaché sous la coque. Il faisait à peu près 1 mètre 20 de long et il avait la forme d’une torpille. Le navire lui-même faisait 119 pieds de long et 18 pieds de large, un revêtement double en diagonale, des fixations en cuivre. Pas de clous dedans du tout, que des rivets en cuivre. Ils étaient particulièrement bien construits et aussi solides que faire se peut. Ils étaient fait pour durer toujours grâce au double revêtement en diagonale. Le bordage était orienté face à l’avant, de la proue à la poupe à un angle de 45°. Et le revêtement intérieur était pareil mais positionné à l’opposé. Il faisait face à la poupe. Toutes les fixations étaient en cuivre bien-sûr comme pour le bordage. Je ne me souviens pas trop de l’intérieur du bateau ni comment la structure était fixée rien de tout ça. Il y avait des poutres autoportantes. C’était tellement solide, vous ne pouviez pas les faire ployer ou casser. Ils étaient remarquablement bien construits. Ca coûtait une fortune à construire. J’avais hâte qu’il soit terminé parce que j’avais envie de reprendre le cours de ma vie. Je me suis marié en uniforme, vivait à Victoria, pendant que le bateau était à Esquimalt, qui fait partie de Victoria, c’est seulement, Esquimalt c’était seulement quelques pâtés de maisons. Je rentrais à la maison tous les soirs, du bateau à la maison, là où était ma femme. Et les autres évidemment devaient rester à bord du bateau. J’en ramenais souvent quelques uns à la maison, il y avait toujours du bon et du mauvais dans un équipage comme ça et certains d’entre eux, je n’en aurais pas voulu chez moi. Mais il y en avait aussi certains qui étaient très gentils et je les ramenais à la maison comme ça ils avaient un repas un peu différent de ceux de la marine. Je n’aurais jamais cru que la guerre dure aussi longtemps qu’elle a duré.
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