Témoignages d'anciens combattants:
Donald Murchie

Forces aériennes

  • Donald Murchie devant un missile V-2 qui fut abattu aux Pays-Bas e 1944 ou 1945.

    Donald Murchie
  • Carnet de vol de Donald Murchie datant de la fin mars 1944, il couvre la période durant laquelle il protégeait le tête du pont du Rhin.

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  • Donald Murchie
  • Donald Murchie pilotant un Canadair Tutor en 1966.

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  • Donald Murchie à Edmonton en Alberta en mai 2012.

    Historica Canada
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"On faisait ce qu’on appelait des sweeps et les escadrons, entre quatre et douze appareils, s’envolaient et on survolait une zone en particulier en espérant trouver des avions allemands, ce qui se produisait parfois, et ça se terminait par un combat tournoyant."

Transcription

Les opérations étaient variées. On faisait ce qu’on appelait des sweeps et les escadrons, entre quatre et douze appareils, s’envolaient et on survolait une zone en particulier en espérant trouver des avions allemands, ce qui se produisait parfois, et ça se terminait par un combat tournoyant. Et assez souvent, on n’en trouvait pas, comme le montre mon carnet de vol. Mais il est arrivé de nombreuses fois qu’on se retrouve dans un combat tournoyant. On escortait ces Forteresses volantes les B17 [Boeing]. On faisait la couverture aérienne, ce n’était pas rien. Si vous regardiez en bas vous pouviez voir les tirs de DCA [tirs antiaériens]. C’était sans danger pour nous, car ça n’explosait pas à l’altitude où on se trouvait, ce qui est terrible à dire, mais c’était aussi un terrible spectacle. C’était des tirs de [canons de] 88 mm en général. On faisait des bombardements en piqué. On faisait des bombardements en piqué sur les sites de V1 [bombes volantes] et puis sur les ponts et les gares de chemin de fer et tout ce qu’on pouvait atteindre. On faisait ce qu’on appelait des disputes sur le terrain, c’est à dire des vols à très basse altitude. En général, on partait à deux et on attaquait tout ce que passait à notre portée, et rien de sûr, mais tout ce qui était au-delà c’était bon, derrière ce qu’ils appelaient la ligne de bombardement, c’est là que se trouvait l’ennemi. Il nous arrivait de faire ce qu’ils appelaient un cabrank et c’était… parfois, notre artillerie avait un poste d’observation et on devait faire des aller-retour et s’ils repéraient quelque chose, leur observateur repérait quelque chose de l’autre côté et il vous donnait des coordonnées en quelque sorte ou des instructions et vous descendiez pour mitrailler. On frappait tout ce qui était sur les routes vers la fin de la guerre. Ils voulaient empêcher tous les déplacements alors tout ce qui se trouvait sur les routes c’était bon on pouvait mitrailler, alors on mitraillait. Les motos, les voitures, les camions, les trains. Quelques surprises au passage. Quelquefois les trains, les côtés se rabattaient et ils avaient des canons antiaériens dedans et ils vous faisaient passer un mauvais quart d’heure. Il m’est arrivé un incident quand j’étais avec mon ailier et on a été touchés par des tirs antiaériens. Et j’ai vu du glycol de refroidissement qui sortait de son avion. Et je lui ai dit de sauter, et il a fini par le faire. Je voyais de la fumée qui s’échappait et il est sorti de là. C’était bon. Sur ces entrefaites, quand je suis rentré à la base, j’avais deux trous dans l’aile que je n’avais même pas remarqués. J’attaquais les trains. C’était très excitant. On vous encourageait à attaquer les trains si vous pouviez et une fois avec mon partenaire on a tiré sur un train et il a déraillé et il a causé pas mal de dégâts dans la ville qu’il traversait. Excitant, mais épouvantable en fait. Certains wagons sont demeurés sur les rails et d’autres sont sortis des rails. Celui-là reste gravé dans ma mémoire. Pendant la Bataille des Ardennes [16 décembre 1944 au 16 janvier 1945, importante offensive allemande dans la région des Ardennes en Belgique], on a participé à cela et il y a eu beaucoup de blessés. Américains et Britanniques avançaient et ensuite reculaient et il fallait faire attention à ne pas tirer sur les vôtres et c’est arrivé dans certains cas et on nous a critiqués pour ça, ce n’était pas du tout intentionnel évidemment. On en a perdu quatre en une journée, une catastrophe. Il s’est avéré qu’ils ont tous été faits prisonniers. Aucun d’entre eux n’a été tué. Je crois que pendant le temps que j’ai passé dans l’escadron on a perdu une dizaine, une douzaine de gars. Ça fait bizarre quand le gars qui dort dans le lit à côté ne rentre pas. C’est arrivé deux fois. Il y a un gars que tout le monde aimait bien, Bill Colin. Il était originaire de Lethbridge [Alberta]. Il était dans une section différente de la mienne, je ne me souviens plus. Mais je l’ai entendu dans la radio quand il s’est fait descendre par les tirs de DCA et il disait : « Bon, je vais sauter. » Et le pauvre gars est sorti et il a heurté la queue de l’avion et il a été tué, c’était vraiment triste. La dernière opération à laquelle j’ai participé, je crois que c’était le – la guerre s’est terminée le 8 mai [1945] je crois et on a fait une patrouille de nuit, je crois que c’était la nuit précédente. Et on a eu tout un tas de – on volait à basse altitude. On était à un endroit qui s’appelait Fassberg [Allemagne] – au lac de Steinhude. On est remontés sur Fassberg, et de là on allait à Hambourg [Allemagne] en tout cas. Et sur le chemin du retour, on volait vraiment bas. Je crois qu’on était quatre et ça a complètement dégénéré. Toute la lumière, et les feux des tirs antiaériens. On était à la hauteur de la cime des arbres – à environ 30 mètres et ces tirs, ont commencé à monter sur nous. Ça nous a un peu surpris parce qu’on n’avait rien vu jusque-là. On n’avait vu aucun avion ennemi et je pense vraiment qu’il n’y en avait pas. Et la seule chose c’était qu’il y avait un grand feu à… non je me trompe. C’est une autre histoire. J’allais raconter qu’ils avaient bombardé notre dépôt de carburant. C’était une histoire. C’était un peu avant. Mais on a été surpris. Donc, ils ont continué à combattre jusqu’au dernier des – en tout cas en ce qui me concerne personnellement. C’était un sacré choc, une grosse surprise, je devrais dire. Le jour de la Victoire en Europe c’était le 8 mai [1945] et il y a eu une fête d’enfer au mess cette nuit-là. Hermann Göring était le patron de la Luftwaffe et il était connu pour avoir piqué beaucoup d’alcool, d’objets d’art et autres dans les pays conquis. Et il avait volé une grande quantité de champagne, de l’année 1923, c’était un grand millésime, et il avait l’avait planqué dans des caves à Munster [Allemagne] là où on était. Et quelques-uns des plus entreprenants d’entre nous savaient où il se trouvait. Ils n’ont pas eu le moindre scrupule à y aller et à se servir. Il y avait des tonnes de ce champagne et je ne suis pas un connaisseur ou quoi que ce soit, je n’en bois pas. Cette nuit-là – je l’ai appris après coup, 1923 était un grand millésime. C’est pour cela qu’il l’avait pris et il y avait des bouchons de champagne qui sautaient de tous les côtés.
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