Témoignages d'anciens combattants:
Edgar Doiron

Armée

  • Le soldat Edgar Doiron, The North Shore Regiment. Photo prise en août 1944 près de Calais, France.

    Edgar Doiron
  • M. Edgar Doiron.

    Edgar Doiron
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"Ils ont trouvé 11 soldats, puis ils ont donné l’ordre de ne pas prendre de prisonniers. Ça a duré à peu près 10 secondes. On a tué les prisonniers allemands. Ils ont arrêté ça tout de suite parce que ce n’était pas normal de tuer des prisonniers. Eux, ils le faisaient, mais on n’était pas obligé de le faire. Mais quand tu prenais des prisonniers, tu étais tellement fatigué que… tu étais nerveux."

Transcription

Puis, on a toujours avancé, toujours. Trois ou quatre jours après, on a pu changer de linge. On avait toujours nos habits trempés. Puis, on a continué, ça a été les villages. Après ça, la plus grosse ville, c’était Caen (Normandie). Caen, là c’était... Puis, après ça, à Caen, là, ça s’est divisé. Il y a un groupe qui a été vers Carpiquet, le champ d’aviation. Et puis, moi, j’ai été à Falaise. À Falaise, ça a duré cinq jours et cinq nuits. Puis, après que ça a été fini, on a été à Carpiquet. Ça a duré deux semaines puis là, on a été à Carpiquet. Ce n’était plus Carpiquet, on a appelé ça « l’enfer de Carpiquet ». Carpiquet c’était un… c’est comme Falaise. Falaise, les Allemands voulaient le garder parce que ça communiquait direct. Il y avait une route qui était directe vers Allemagne. Elle passait à travers la Belgique et à travers la Hollande. À Carpiquet, il y avait un petit champ d’aviation. Puis, les Allemands, c’était là où les communications se faisaient avec les petits avions et pour payer les soldats. Là, ils voulaient garder Carpiquet. Carpiquet, ça a pris deux semaines avant que… il y a eu beaucoup de blessés et beaucoup de morts. Tous mes camarades que je disais… C’était là qu’ils s’étaient fait tuer. C’était terrible, terrible, Carpiquet c’était terrible. On a été en 2004, avec l’Armée canadienne en France. On a été là, à Carpiquet. Ça a été une grosse, grosse fête. La ville, ça ne paraît plus après 60 ans… Après Carpiquet, on a continué. Juste passé Caen, il y avait trois villages. Il y avait le village Saint-André (Saint-André-sur-Orne), il y avait le village May (May-sur-Orne), puis il y avait le village Sainte-Monique, je pense. Puis les Allemands, les premiers n’avaient pas dit que les Allemands avaient fait un tunnel entre le village de May puis Saint-André. Puis, on est arrivé là, un matin, à 4 heures. Eux, ils étaient tous… Les soldats qui étaient là avant… Il n’y avait pas de soldats. Ils ne savaient pas qu’il y avait un tunnel. Après qu’ils sont sortis, peut-être une demi-heure avant qu’on arrive, les Allemands ont eu le temps de tout ranger et ils ont pris les « machine guns » (mitrailleuses). On ne pouvait pas… La minute… Je pense qu’il y avait à peu près 15 balles dans mes choses d’en arrière, les « mess kits » (gamelles) pour manger… Et puis, il y en avait une qui m’avait passé… qui m’avait bien brûlé le sourcil, mais la balle n’était pas passée à travers mon chapeau de fer. Puis, mon chapeau de fer était sur le point de m’étouffer par l’élastique en dessous. Puis, c’était dans un champ de blé. Après, ça s’est calmé. Il y a eu beaucoup de morts. Là, on a pu reculer, reculer et on a été en arrière. Puis, ils avaient pris beaucoup de prisonniers. Puis là, ils ont dit : « On va s’essayer de nouveau demain matin. » Mais là, on a dit : « Non, c’est tout de suite. Ce sont des prisonniers. Il faut les attraper avant qu’ils ne se rendent en Allemagne. » Puis, c’est ça qu’on a fait. Puis, on a continué. Après ça, ça a été Carpiquet. À Carpiquet, on a continué. Puis, on les a tous eus au village où il y a un port de mer… Calais. Ils étaient tous là, mais déjà ça faisait à peu près trois semaines. Ils étaient tous pâles. Ils avaient manqué de nourriture. Mais il y en avait des blessés là-dedans. Quand on voyait les prisonniers allemands, les premiers en Normandie étaient terribles. Ils étaient des Hitler Youth (membres des jeunesses hitlériennes) puis des SS (membres des Schutzstaffel, organisation paramilitaire sous le régime nazi). Une fois, ils ont tué quatre soldats. Ils les avaient fait monter. Ils ont dit qu’ils iraient voir un jardin, mais ils les avaient tués avec des balles en arrière de la tête. Puis, juste en dehors de Caen, il y avait le terrain qui était comme défait un petit peu. Quand le tank est passé dessus, en tournant, on a vu qu’il y avait un soldat attaché… Ils ont trouvé 11 soldats, puis ils ont donné l’ordre de ne pas prendre de prisonniers. Ça a duré à peu près 10 secondes. On a tué les prisonniers allemands. Ils ont arrêté ça tout de suite parce que ce n’était pas normal de tuer des prisonniers. Eux, ils le faisaient, mais on n’était pas obligé de le faire. Mais quand tu prenais des prisonniers, tu étais tellement fatigué que… tu étais nerveux. À Falaise, on en avait pris 25 000 (prisonniers), je pense. On était nerveux puis… On les envoyait en arrière. Puis là, à Falaise, c’est là qu’il y avait un jeune. On les avait tous fouillés, mais il y avait un jeune de 16 ans qui avait une petite grenade dans les mains. Il passait à côté d’un tank, la porte était ouverte, puis il envoyait la grenade dans le tank. Il y avait deux morts. Puis là, il s’est sauvé et on lui a prié d’arrêter, mais il ne voulait pas arrêter. Alors l’officier en nommait trois, puis il disait : « Give him a burst », en anglais. Puis, j’avais un Sten Gun (pistolet-mitrailleur britannique Sten) puis j’étais un des trois. Je ne sais pas qui l’a tué entre nous trois, mais… Dans le mois d’octobre (1944), on était avancés en Hollande. Puis, la première bataille c’était dans le bout de Nijmegen (Nimègue). C’était aux lignes allemandes. Le fameux pont de Nijmegen. Il y avait la rivière Rhin qui passait là. Puis, le pont n’a pas été bâti carré. Il suivait trois quarts ou la moitié de la rivière, le pont était long. Il était défait, mais quand les ingénieurs essayaient de le rebâtir dans le jour, il y avait des choses allemandes, des tanks allemands ou des canons dans le champ. Ils ne pouvaient pas faire… En Hollande, on a été obligés de se battre la nuit, pas le jour parce qu’on était trop vus, on n’avait rien pour se cacher, les autres nous voyaient. Puis, on faisait ça la nuit. Puis, il y avait un détecteur de mines en avant de nous. On marchait sur le ventre. Au mois d’octobre, novembre et décembre, on était là aussi. Puis, neuf jours après, on a détruit… les choses allemandes. Puis, neuf jours après, ils ont commencé à bâtir le pont. Les tanks ont pu traverser après. On n’avait aucune aide. Le jour de Noël… On ne savait pas que c’était le jour de Noël. L’officier nous avait dit : « C’est le jour de Noël! » On ne savait pas que c’était le jour de Noël. On était sur le ventre puis, il a dit : « Tournez-vous sur le dos et choisissez-vous une étoile. » Le North Shore (Regiment) était diminué, mais il y avait des nouveaux dans le North Shore. Puis, il y en a qui se sont fait tuer en Hollande pas mal aussi dans les cimetières, tu peux voir beaucoup de (tombes) North Shore. On en a vu quand on a été, en 2005 à Holten (Pays-Bas), on a vu des North Shore. Puis, il y en avait une à Holten… Mon épouse était avec moi. On a été plusieurs assis comme dans un cimetière. Mais un hélicoptère est passé, puis il a envoyé des coquelicots au-dessus de nous pour nous saluer. Puis, ma femme a dit : « Il y a une femme plus loin, elle nous regarde beaucoup. » Mais j’étais dans le cimetière et j’étais avec un groupe du Nouveau-Brunswick puis, j’ai dit : « Lui, j’avais vu son nom : Doucet… » Il était avec moi dans mon régiment au Nouveau-Brunswick quand j’étais au Canada. Lui, sa femme était enceinte. Il n’avait pas traversé en même temps. Je lui ai fait signe de venir, à la madame. Je lui demande : « Est-ce que c’est une connaissance? Est-ce que c’est ton frère? - Non, c’est mon père. » Elle n’a pas connu son père parce que lorsqu’il avait traversé, je pense qu’elle avait juste trois ou quatre mois, qu’elle m’avait dit. Puis, c’était son père. Il venait de Caraquet au Nouveau-Brunswick. Un matin, on est allés enterrer des morts aussi. C’était en Hollande lorsque la Croix-Rouge ne pouvait pas répondre à la demande. Une journée, ils nous demandent. On était quatre, il y avait un homme de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick. Puis, on était quatre. L’un dit : « Vous allez aller les aider. » Ils nous donnent chacun un couteau avec un manche de bois. J’ai dit : « C’est pourquoi, ça? » Il dit : « C’est au cas où vous en auriez besoin. Vous n’en aurez pas besoin. » Certain, mais… On arrive là puis, la Croix-Rouge nous dit ce qu’on avait à faire. Puis, on a été là. Il y avait tellement de bulldozers pour creuser et les enterrer. Parce que leur cercueil c’était des couvertes grises qu’on attache au cou et aux pieds. Puis, ils nous donnent ça. « Non, il faut que vous trouviez et ôtiez toutes les bagues et les montres. » Mais la bague était prise, le doigt était enflé. On prenait du temps, on ne pouvait pas se décider à couper le bras d’un homme, bien qu’il était mort. On n’était pas médecin ni rien. Puis, il y en avait un, un sergent, il avait envoyé… Mais on avait été trois ou quatre jours qu’on ne pouvait pas manger. Quatre fois qu’on avait été comme ça. Il fallait couper le doigt pour ôter la bague, tout ôter, tout. Il fallait chercher, quand il manquait la tête ou quelque chose, il fallait chercher la tête pour voir si c’était bien lui. Le corps, s’il était blanc ou noir. On avait un collier (plaques d’identification) avec notre nom dessus et notre numéro (de matricule). Ça allait à sa femme s’il était marié, ou à ses parents, sa mère. Ça leur revenait et c’était redonné. Ce n’était pas humain ça.
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