Témoignages d'anciens combattants:
Harvey Douglas Burns

Marine

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"Parce que si vous ne racontez pas ces histoires, ils ne peuvent pas imaginer ce qu’on a réellement sacrifié, ce qu’on a fait."

Transcription

J’étais dans la marine marchande de 1940 à 1942. J’ai rejoint la navale en 1942 et j’y suis resté jusqu’en 1945. On m’avait envoyé sur une corvette, qui s’appelait le Port Arthur, le NCSM Port Arthur. Seulement sept jours après avoir rejoint la marine, j’étais à Halifax avec six corvettes toutes neuves. Et ils étaient environ un millier là-bas pour nous former. Ils avaient besoin d’équipages pour tous ces bateaux, alors je m’étais enrôlé là où j’avais un petit peu d’entraînement et d’expérience car j’avais déjà navigué. Ils n’avaient pas besoin de m’apprendre la moindre manœuvre ou quoi que ce soit. En revanche, j’avais fait une formation de sept jours sur le maniement des armes et puis j’avais pris du service et on s’était retrouvé en route pour l’Afrique du nord dans le bassin méditerranéen.

C’était vraiment différent de la marine marchande. Dans la marine marchande, on avait des cabines, deux hommes par cabine. Quand j’ai rejoint l’armée, on est monté à bord du bateau et j’ai demandé au membre d’équipage qui nous faisait faire le tour du bateau où était notre cabine. Et il a dit, tu vois les barres là-bas ? et j’ai répondu, oui. Et il a dit, c’est ça ta cabine, c’est là que tu accroches ton hamac. Donc, on n’avait pas de cabine. Le bateau était conçu pour accommoder un équipage de 85 personnes, et il y avait 105 personnes à bord de ce bateau. Alors c’était plutôt bondé, et après tout, toutes ces nouvelles technologies, les radars, et les armes supplémentaires, tout ces choses ça demandait des hommes en plus. Donc la corvette en comparaison, c’était plus bondé que la marine marchande.

Vous n’aviez aucune intimité. Les toilettes, on les appelaient les heads [toilettes], c’est comme ça qu’on appelait les toilettes. Et pendant l’hiver elles gelaient, elles se gonflaient de glace, et les chauffeurs prenaient leurs chalumeaux pour dégeler les tuyauteries, la glace engorgeait tout l’intérieur. Et pour finir les toilettes débordaient. C’est à propos des officiers, ils étaient en dessous dans le carré. Bon, ils avaient leurs propres toilettes et tout mais pas les marins, on était en haut et il y avait à peu près 60 personnes à utiliser ces toilettes. Il n’y avait que deux ou trois WC et trois lavabos. Alors vous deviez attendre votre tour pour vous laver ou aller aux WC. Et les repas, il y avait plus d’heures de repas que de réels repas. Quand il faisait mauvais dans l’Atlantique nord, ils nous donnaient seulement un pot de confiture de fraises et deux boites de sardines et c’est tout ce que vous aviez à manger.

La moitié de cet équipage avait le mal de mer. Et avec ça, ça ne sentait pas très bon, tous les hublots étaient fermés et toutes les portes étaient fermées, vous ne pouviez pas avoir de la lumière à l’extérieur, alors difficile d’avoir de l’air frais. On n’a jamais raconté la vie à bord d’une corvette. On devrait raconter ces histoires-là. L’Atlantique nord c’était le pire. On a fait ce trajet pendant un an et après on a été contents de retourner outre-mer pour préparer l’invasion de la Normandie. Alors quand on est allé là-bas, tous les ports étaient pleins de bateaux, de navires de débarquement et tout ça. Après trois jours, l’invasion de la Normandie, on protégeait les immenses quais de débarquement là-bas, des longs quais en ciment et ils coulaient le ciment à un quart de mille du bord et ils en faisaient des docks. Ils construisait des docks et ils coulaient les vieux bateaux pour faire une digue. Et un ou deux jours après l’invasion, ils avaient des bateaux américains arrimés à eux, qui débarquaient leurs chars et leurs troupes et allaient tout droit sur le rivage.

On était coincés à nos postes tout le temps. Après avoir quitté l’Angleterre, on a pris l’habitude de prendre le petit-déjeuner en Angleterre et le dîner en France. On était coincés à nos postes tout le temps. Il y avait de nombreux raids aériens au dessus de nos têtes, quelques uns de nos bateaux ont sombrés et à ce moment-là les allemands ont sorti une torpille aérienne. Les avions passaient tout simplement et ils larguaient les torpilles et la sonde du moteur, les pales de votre bateau, ils les détectaient et faisaient exploser l’arrière du bateau. Jusqu’à ce qu’ils y arrivent. Heureusement on avait un des rares bateaux qui étaient munis d’un circuit de démagnétisation.

Oui, je n’ai jamais parlé de tout ça. C’est seulement depuis quelques années comme je me fais plus vieux. Je pense qu’ils devraient savoir, les jeunes, ce que nous avons vraiment fait. Parce que si vous ne racontez pas ces histoires, ils ne peuvent pas imaginer ce qu’on a réellement sacrifié, ce qu’on a fait.

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