Témoignages d'anciens combattants:
Reginald Richard “Reg” Dixon

Armée

  • Fantassins de Stromont, Dundas et Glengarry Highlanders à Gruchy en France le 9 juillet 1944.

    Crédits: Lieut. H. Gordon Aikman / Ministère de la Défense nationale canadien / Bibliothèque et Archives Canada / PA-162703 Restrictions d'utilisation: Néant. Droits d'auteur: expirés
  • Le capitaine G.B. Shellon, officier de renseignements de la 10ème brigade d'infanterie canadienne et le lieutenant R.C. McNairn du 1er peloton de pionniers, de l'Algonquin Regiment, discutant avec des civiles néerlandais prêt de la frontière entre les Pays-Bas et la Belgique le 16 october 1944.

    Crédits: Lieut. H. Gordon Aikman / Ministère de la Défense nationale canadien / Bibliothèque et Archives Canada / PA-144085 Restrictions d'utilisation: Néant. Droits d'auteur: expirés
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"J’ai été bombardé par erreur par nos propres mitrailleurs quand l’usure d’un canon a généré un tir trop rapproché ou après qu’une référence cartographique inexacte ait été donnée par un mitrailleur à notre propre poste de commande et ils ont éliminé le barrage régimentaire de ce fait. J’ai eu une peur bleue pendant plusieurs secondes quand un obus ennemi a traversé le bâtiment qui nous servait de poste de commande et a atterri dans le mur juste à côté de moi."

Transcription

Dixon, Reginald Unknown 31D 1 Dixon and 31D 1 Dixon 2 Transcription : Tanya Halley Agent de Recherches et de Collections: Carl Pepin Dixon, Reg. Je m’appelle Reg Dixon. DIXON. Je suis né juste au nord de Manchester en Angleterre le 18 décembre 1913. J’ai été mobilisé en avril 1941 et on m’a affecté aux Stormont, Dundas & Glengarry Highlanders le 29 novembre [1941]. Peu de temps après, après être passé par Brockville et […] et ainsi de suite, j’étais rattaché au City of London Regiment, les Fusiliers [les Canadian Fusiliers (City of London Regiment)]. C’était l’Ontario. Et on nous a envoyés au plus vite sur la côte ouest, car c’était au moment où les Japonais bombardaient Estevan Point [le 20 juin 1942]. Alors, j’ai rempli ce rôle même si je n’avais pas suivi de formation dans les renseignements ou autres choses. Je me suis juste fait une idée de ce que c’était. Et puis je ne suis resté là que quelques mois et ensuite j’ai été envoyé outre-mer en septembre 1942. Je suis allé à Aldershot [Angleterre] où nous sommes tous allés et ensuite j’ai été affecté au Glen et je les ai rattrapés. J’étais commandant de peloton et j’ai fait tout les exercices et l’entraînement et je les ai suivis partout jusqu’à ce que j’aille aussi au GHQ [Quartier général principal] Battle School, à Barnet Castle. Et puis, en mars 1943, le [Lieutenant] colonel [G.H.] Christiansen à cette époque, il m’a nommé au poste d’officier de renseignements de son bataillon. Et on a débarqué ensemble en Normandie le 6 juin 1944. Et ce que je vais faire maintenant, c’est donner un petit aperçu du lieu, de l’atmosphère et de ce qu’on était, où cela se passait au bataillon. Donc, tout ceci s’est produit dans la crasse, la vase et la terreur de la guerre. En tant qu’officier de renseignements du bataillon, j’ai vu et subi bon nombre de ces choses, notamment la sensation d’être transpercé par des milliers d’aiguilles quand un obus ou une bombe à eau tombait trop près. J’ai vu les têtes et les entrailles des chevaux placardés sur des murs. J’ai vu les corps mutilés des nôtres et des soldats ennemis. J’ai vu ces officiers SS de la Jeunesse hitlérienne fanatiques et je me demandais comment je pourrais bien les arrêter s’ils arrivaient trop près de ma tranchée. Dans l’exercice de mes fonctions, j’ai vu des villes et des communes en ruine et foulées aux pieds pendant des semaines, du verre et des débris, la destruction. Je ne pouvais pas laisser de tels scènes, ruine et événements m’influencer ou me diminuer. Par conséquent, ce que j’ai écrit et raconté depuis est basé sur les événements et non sur l’aspect émotionnel ou humain, mais j’ai vu tout ça et je me souviens de tout. J’ai aussi vécu 56 jours entre le jour J et le moment où j’ai eu trois jours de congé, qui ont servi à préparer la bataille suivante, la fermeture de la poche de Falaise [la bataille de la poche de Falaise, du 12 au 21 août 1944]. J’ai vu l’aviation engager le combat avec l’ennemi et souffert des bombes de nos propres avions qui, par inadvertance, manquèrent leurs cibles à deux reprises. J’ai été bombardé par erreur par nos propres mitrailleurs quand l’usure d’un canon a généré un tir trop rapproché ou après qu’une référence cartographique inexacte ait été donnée par un mitrailleur à notre propre poste de commande et ils ont éliminé le barrage régimentaire de ce fait. J’ai eu une peur bleue pendant plusieurs secondes quand un obus ennemi a traversé le bâtiment qui nous servait de poste de commande et a atterri dans le mur juste à côté de moi. Il s’agissait d’un boulet plein autrement, je ne serais pas ici aujourd’hui. Moi aussi, j’ai pris mes repas à n’importe quel moment du jour ou de la nuit, débordant de la gamelle, et j’étais reconnaissant envers ceux qui me les apportaient. Le commandant et moi-même avons tous les deux eu nos véhicules qui ont pris feu. J’ai aussi travaillé des jours et des nuits sous la pluie, ou entouré d’épais nuages de poussière suffocants et je regardais des cartes en me demandant combien de temps ça allait prendre pour aller jusqu’à Berlin à ce train-là. Maintenant ce que je voudrais faire c’est dire quelque chose au sujet de nos communications. Le commandant, comme je l’ai mentionné, avait l’habitude de se déplacer dans sa chenillette porte Bren [la chenillette universelle, un véhicule blindé léger anglais] et il avait une jeep, avec des chauffeurs dans les deux, et il avait aussi une estafette en moto à notre poste de commande et puis il y avait moi et mon véhicule blindé semi-chenillé. Ça s’appelait un véhicule de reconnaissance sur roues blanc. Il n’était pas blanc, mais kaki et je travaillais à l’arrière de ce véhicule. Il y avait deux radios dedans. Un poste n° 19 [émetteur-récepteur portable anglais] qui était en contact avec la brigade et les unités de flanc. Et un n° 18 [radio sans fil n° 18] dont je me servais pour parler au commandant qui lui aussi avait un n° 18 et un 19. On avait ça. On utilisait les radios portatives seulement quand on se déplaçait ou quand les lignes téléphoniques avaient sauté. Sur le côté de mon véhicule, il y avait un énorme cylindre de câble et dès qu’on était positionnés et qu’on cessait d’utiliser les radios sans fil, le signaleur venait et attrapait le fil et se dépêchait de le dérouler et de le brancher sur le central téléphonique qui était aussi dans le véhicule. Et donc très rapidement, on était en contact avec toutes les compagnies et selon moi, bon avec les postes d’observation. Et alors, ça ne prenait pas longtemps avant que les postes d’observation soient opérationnels – les PO de la compagnie. Or il y avait quatre compagnies qui allaient être déployées et on déployait une défense tout autour. C’est-à-dire, il fallait qu’on soit capable de se défendre contre des attaques provenant de n’importe quelle direction. Alors généralement, le commandant de la compagnie se trouvait près du PO [poste d’observation], le PO de sa compagnie. Et on leur donnait à chacun un nom, on les appelait Susie Un, Susie Deux, Susie Trois, Quatre et PO du bataillon. Et il fallait les localiser sur la carte de manière extrêmement précise. On utilisait des nombres à cinq, quatre, huit chiffres pour les références cartographiques. Alors, une fois que c’était fait, ça allait assez vite, pendant que tous les soldats creusaient et ainsi de suite, en très peu de temps on avait les renseignements qui nous revenaient à propos de l’ennemi ce que j’inscrivais, comme je l’ai mentionné, sur la carte et ainsi de suite. Bon, et puis il y avait d’autres PO dans le coin. En général, on avait un OOA, officier observateur avancé, de l’artillerie avec nous. Et il installait son PO et alors on était en contact avec lui. Très vite, on avait des yeux et des oreilles partout et on savait ce qui se passait autour de nous. Le peloton de mortiers avait son PO et le peloton de chenillettes, le peloton antichar, pas autant que ça. Bon, ça explique un peu les PO quand on était stationnaires. Je vais maintenant parler du moment où on se déployait pour se mettre en position statique, pas en contact avancé ou quand on se déplaçait. Différents systèmes sont utilisés. Nous sommes désormais déployés et les postes d’observation ont été mis en place. Donc, j’ai déjà mentionné que ces PO étaient très précisément reportés sur la carte. J’avais un rapporteur avec un fil dessus et quand les PO disaient : « Susie Deux, cap à untel degré, trois ennemis se déplacent, 1000 mètres environ. » Vous pouviez placer le rapporteur sur la position du PO, mettre le fil sur le degré en question, et vous saviez que c’était quelque part le long de cette ligne, à environ 1000 mètres. Quelquefois, vous receviez un autre rapport immédiatement, ils avaient vu la même chose et vous pouviez comparer les données. Ensuite, vous contactiez l’OOA : « On voudrait que celle-là soit nettoyée. » Ou alors le commandant pouvait demander aux mortiers ou autres de leur tirer dessus. Et de cette manière, on gardait l’ennemi en alerte et on apprenait très vite comment faire pour se protéger. Or, en plus de ces postes d’observation, une autre source de renseignements importante venait des patrouilles. Or, les OI assistaient le commandant en planifiant des patrouilles et en donnant les renseignements qu’on avait ou ce dont on avait besoin et, bien sûr, c’était aussi important pour lui que n’importe qui d’autre à savoir où l’ennemi se trouvait. Alors disposer des détails pour le briefing du commandant de patrouille était aussi une tâche importante. Le commandant avisait le commandant de compagnie que c’était à son tour d’envoyer une patrouille et puis le commandant et l’officier désigné comme commandant de patrouille venaient et je le briefais avec tous les renseignements qu’on avait. Je me servais d’une carte, j’utilisais des photos aériennes. Et on pouvait – à partir des photos aériennes – on pouvait voir une grande quantité de détails, particulièrement quand on avait utilisé un stéréoscope. Comme ça, quand les photos aériennes étaient superposées, on pouvait ainsi voir l’image. Ça bougeait comme une image vivante. Entrevue avec le Major Reginald Dixon Projet d`histoire orale du AMCG MCG 20020121-016 Collection d’archives George Metcalf © Musée canadien de la guerre
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