Témoignages d'anciens combattants:
Orville Franklin Marshall

Armée

  • Le soldat Orville Franklin Marshall du Hastings and Prince Edward Regiment.

    Orville F. Marshall
  • Orville Marshal et sa mère Annie. 1941.

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  • Le certificat de libération d'Orville Marshall daté du 30 novembre 1945.

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  • Les états de services d'Orville Marshall datés du 7 juin 1962.

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  • Les médailles d'Orville Marshall, de gauche à droite: Médaille canadienne du volontaire, Étoile 1939-1945, Étoile d'Italie, Médaille de guerre 1939-1945.

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  • M. Orville Franklin Marshall. Octobre 2012.

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"Il était escorté par les deux hommes de la police militaire. Ils l’ont attaché à un poteau, et il leur a dit que ce n’était pas nécessaire. Il acceptait son châtiment. Mais ils ont insisté pour l’attacher. Et ils lui ont mis un sac noir sur la tête avec la cible dessinée dessus... le sergent major a donné l’ordre de tirer."

Transcription

J’ai rejoint le Hastings and Prince Edward [Regiment], au mois de novembre [1940]. Et juste avant d’aller à Ortona [la bataille d’Ortona, qui eut lieu du 20 au 28 décembre 1943]. Et c’était la plus mauvaise période de l’année en Italie, pluvieuse et boueuse. La boue était épouvantable là-bas. Marcher dans cette boue, ça remontait au-dessus de la cheville.

Mais on faisait avec. On ne dormait pas beaucoup là-dedans. Mais on a fait avec.

Et les Allemands avaient décidé de ne pas nous laisser prendre Ortona parce qu’au-delà d’Ortona il y avait la route qui conduisait à Rome. Et Dieu nous en garde, qu’ils nous laissent entrer dans Rome, jamais de la vie.

Alors ils se sont férocement battus à Ortona et un peu plus au nord une fois après avoir dépassé Ortona. Mais ensuite, ça s’est plus ou moins stabilisé jusqu’à la fin de l’hiver. Bon, non, je ne devrais pas dire jusqu’à la fin de l’hiver. Dès que le temps l’a permis vers la mi-janvier [1944] on a recommencé à attaquer. Et c’est là que j’ai été blessé.

Et comme je l’ai déjà dit j’ai fait des allers-retours à l’hôpital du mois de janvier jusqu’au mois de mai et ensuite on m’a affecté à cette unité de premier échelon.

J’ai été touché deux fois le même jour. On se livrait à une attaque à travers un champ à découvert. Ma compagnie c’était la Baker, la compagnie B, avec le Hastings and Prince Edward, et il y avait deux compagnies, la compagnie B et la compagnie C.

Si je me souviens bien, il y avait 116 soldats dans la compagnie lors de l’attaque. Et plus tard j’ai entendu dire qu’il y en avait que 34 qui avaient survécu et s’en étaient sortis indemnes.

On a attaqué deux jours de suite, le 30 et le 31 janvier. On a été repoussés lors de la première attaque et on s’est retrouvés dans un ruisseau à sec et on est resté dans le fossé, un petit ruisseau à l’arrière de la ligne de front. Et on a passé la nuit là, on a été bombardé toute la nuit avec des mortiers et de l’artillerie lourde et ainsi de suite. Ça a été une nuit difficile.

Puis l’après-midi suivant, on a essayé d’attaquer à nouveau à travers le champ à découvert. Et on a été repoussés une nouvelle fois. C’est là que j’ai été blessé.

La première fois, j’ai reçu un petit éclat d’obus dans l’œil gauche. Il est entré droit dans mon œil gauche et s’est arrêté dans mon nez, sur le côté. Ils l’ont fait ressortir avec un aimant. Mais tout ce sang m’aveuglait. Je n’y voyais rien.

Et puis je m’agrippais à mon fusil, je me souviens. Je me tenais sur les genoux et je m’accrochais à mon fusil. Et il y a eu une autre explosion épouvantable. Et je ne sentais plus mes mains. Mon dos me faisait mal, et mon fusil, je ne sais pas ce qu’il lui est arrivé. Il m’a juste échappé des mains.

Le gars des premiers secours est enfin arrivé près de moi. Je pense que j’ai dû rester allongé là pendant deux heures avant qu’il arrive parce qu’il commençait à faire nuit. Et il s’est finalement occupé de moi et m’a nettoyé le visage. Et je pouvais voir avec mon œil droit. J’ai vu mon fusil par terre. Il avait dû recevoir un gros éclat d’obus, une pierre, ou autre chose, et le canon était plié en deux, il était complètement replié.

Et j’ai compris que j’étais passé à deux doigts de la mort. Mais en tout cas, je me souviens d’avoir vu mon fusil.

Et j’aurais aimé rapporter mon fusil à la maison. Mais sur le moment tout ce qui me préoccupait, c’était de partir de là le plus vite possible. Alors je suis reparti et je suis resté dans le fossé derrière l’endroit où on avait passé la nuit précédente. Je suis resté là. Et il y avait un sacré paquet d’entre nous là-dedans.

Et puis une fois la nuit tombée les jeeps ont commencé à arriver avec des brancardiers et ils nous ont tous emmenés. Ils nous ont tous emmenés à un poste de secours qui se trouvait à environ trois ou quatre kilomètres de là. Et ils ont pansé nos blessures à nouveau. Et les ambulances nous ont ramenés à un endroit qui s’appelait Asto à une soixantaine de kilomètres de là. Il y avait un hôpital anglais installé là-bas et on nous a soignés. J’ai passé la plus grande partie de la semaine là-bas. Ils ont essayé d’enlever l’éclat d’obus que j’avais dans le dos et ils n’y sont pas arrivés. Il est toujours là.

Mais ils m’ont envoyé dans un hôpital canadien, qui était dans une localité du nom de Caserta. Et j’y étais par intermittence. Je faisais la navette entre l’hôpital et la rééducation. J’ai fait la navette jusqu’au mois de mai. Ensuite les médecins ont pensé que j’avais assez récupéré pour pouvoir conduire un camion et c’est ce que j’ai fait.

La fin de la guerre, à peu près trois mois avant la fin de la guerre, un brigadier a rendu visite à notre groupe. On ne savait pas pourquoi il était venu ou quoi que ce soit. Et puis après le 7 mai [1945], le jour où la guerre s’est terminée, la moitié de notre groupe est partie en Angleterre, le 17 mai. Je pensais que j’allais partir en Angleterre, mais ils avaient d’autres projets pour moi.

Il restait 17 militaires de rang, et cinq ou six officiers y compris ce brigadier. Alors je suis devenu le chauffeur du brigadier. Le gars qui conduisait sa voiture était reparti en Angleterre. Et on m’a affecté au poste de chauffeur du brigadier. Je n’avais pas la moindre idée de ce qui se passait à ce moment-là. Ça a duré du 17 mai au 4 juillet.

Le brigadier et moi-même – il voulait passer toutes les fins de semaine à Rome. Alors je l’emmenais à Rome. Il me disait : « Bon Marshall revient me chercher mardi matin. » C’était le vendredi après-midi. J’allais le chercher au Grand Hôtel à Rome. Et il y avait un endroit spécial pour les autres soldats là-bas, les Anglais ou des gens comme moi qui étaient venus en voiture et devaient passer la nuit ou quelques jours.

Le 4 juillet, le brigadier a dit : « Bon Marshall, je ne vais pas avoir besoin de tes services pendant quelque temps. Présente-toi à ton sergent. » Je suis allé me présenter à mon sergent et il m’a dit qu’on allait se rendre au poste de garde.

On est allés au poste de garde et il y avait cinq ou six autres gars dans le coin. C’était des commis. Il y avait un cuisinier là-bas, et moi. Et l’ordonnance du brigadier et nous on était tous par là. Et le sergent nous a dit qu’on allait passer la nuit là.

Et seulement quelques minutes après ça une camionnette anglaise est arrivée avec quatre agents de la police militaire dedans, non, trois policiers et un chauffeur. Et il y avait un gars avec eux, un Canadien, que j’ai reconnu. Il appartenait au Hastings and Prince Edward Regiment.

Il est descendu de la camionnette et il était menotté et enchaîné. Et ils l’ont emmené dans le poste de garde. Et deux d’entre nous, bon, ce n’était pas mon tour, mais il y en avait deux qui ont été affectés à la porte, pour surveiller cet homme. Ne lui parlez pas. Vous n’avez rien à faire avec lui.

Et puis j’ai pris mon tour de garde de deux à quatre heures du matin. Et j’ai fait mon quart. Le sergent me dit vers cinq heures du matin : « Tu ferais mieux d’aller chercher le brigadier là-bas. » C’était à environ un kilomètre et demi de là.

Alors je suis allé là-bas en voiture. Il attendait sur le pas de la porte. Il est monté dans la voiture et je l’ai ramené. Je suis arrivé vers six heures moins dix. Il est entré dans la salle de rapport et s’assied.

Et puis les deux personnes de la police militaire qui étaient avec nous, ils sont entrés dans le poste de garde, ont amené le gars. Il s’appelait Harold [Joseph] Pringle. Et ils l’ont escorté jusque dans la salle de rapport. Et je suis resté en faction d’un côté la porte. L’ordonnance du brigadier se tenait de l’autre côté.

Les deux policiers militaires partageaient ses menottes. Et le brigadier a lu sa sentence à haute voix. Il sera exécuté à 8 heures du matin par le peloton d’exécution [le 5 juillet 1945].

Il s’est simplement renversé en arrière et a demandé : « Pourquoi ne m’avez-vous pas dit ça hier soir ? J’aurais pu écrire une lettre à ma mère. » Aussi courageux que possible.

Ce qui s’est passé c’est qu’il avait déserté le Hastings and Prince Edward [après la bataille de la ligne Hitler en mai 1944]. Il s’était retrouvé dans un gang qui faisait du marché noir à Rome [connu sous le nom de Sailor Gang]. Et l’un des membres du gang auquel il appartenait a été blessé au court d’une altercation avec la police. Et il était grièvement blessé.

Évidemment ils ne pouvaient pas l’emmener à l’hôpital, et trahir la bande, alors ils l’ont juste déposé sur le bord de la route au sud de Rome et Harold Pringle était censé l’avoir descendu, tué.

L’adjoint du chef de la prévôté qui s’occupait de l’entraînement des huit personnes qui devaient l’exécuter les emmenait à Montecarvo tous les après-midis parce qu’il y avait une grande colline derrière la ville qui était entièrement boisée. Et il les emmenait là-bas pour s’entraîner à tirer.

Mais par contre, l’exécution elle-même a eu lieu à Avellino [dans la Campanie dans le sud de l’Italie]. C’était à peu près, je dirais, à 150 mètres du poste de garde où sa sentence avait été prononcée. Il était escorté par les deux hommes de la police militaire. Ils l’ont attaché à un poteau, et il leur a dit que ce n’était pas nécessaire. Il acceptait son châtiment.

Mais ils ont insisté pour l’attacher. Et ils lui ont mis un sac noir sur la tête avec la cible dessinée dessus. Et le sergent major a donné l’ordre de tirer.

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