Témoignages d'anciens combattants:
Ron Lewis “Sparks; Red; Rhino” Rhine

Marine

  • Portrait de M. Rhine en uniforme à Calgary, Alberta, à Noel en 1945.

    Ron Lewis Rhine
  • Portrait du groupe avec lequel M. Rhine s'est entrainé à St Hyacinthe, Québec, en 1944.

    Ron Lewis Rhine
  • Chapeau formel pour un marin.

    Ron Lewis Rhine
  • Document d'autorisation pour former les 19e et 65e flotilles canadiennes MTB.

    Ron Lewis Rhine
  • Ron Rhine å Kelowna, octobre 2009.

    Projet Mémoire
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"Et ça leur causait des problèmes aux allemands parce qu’ils ne savaient pas par où nous tirer dessus. S’ils nous rataient ils risquaient d’abattre leurs propres bateaux et leurs propres hommes."

Transcription

Je pense que tout le monde connaît la bataille de l’Atlantique, qui allait de l’Amérique du nord à Liverpool. Mais ils ne connaissent pas ce que j’appelle la seconde bataille de l’Atlantique, qui est celle de ces convois qui en passant par le Groenland et l’Islande traversaient ensuite au nord de l’Ecosse et redescendaient le long de la côte est des îles britanniques. Ces convois ont été sévèrement endommagés par les bateaux allemands.

Quand la guerre a commencé, le ministre de la marine [premier lord de l’Amirauté], Winston Churchill, avait donné l’ordre à la flotte de bloquer tous les ports d’où les navires de guerre allemands pouvaient sortir. Et pendant six ans, ils ont fait ça, nuit et jour. Les allemands ne se hasardaient pas à sortir les gros navires. L’amiral Dönitz et Hitler ont eu l’idée qu’il leur fallait arrêter ces convois qui descendaient le long de la côte est de la Grande-Bretagne, parce que s’il parvenaient à faire ça, ils pourraient affamer Londres dont la subsistance dépendait entièrement de ce que transportaient ces convois et en plus, ils recevaient des chars et des avions et des aviateurs et toutes sortes de métaux et tout ce qui s’en suit comme marchandises. Mais c’était la nourriture qui était d’une importance capitale pour eux.

Dönitz s’est rendu compte que s’il parvenait à affamer Londres, alors les britanniques se rendraient et ils gagneraient la guerre. De manière à affecter les convois, il décida de fabriquer des torpilleurs avec des moteurs en acier et des canonnières à moteur, et fournit des moteurs diesel et de l’armement lourd ainsi que des torpilles. Et leur fonction était de détruire les convois. Quand ils ont commencé à confronter ses torpilleurs [Schnellboots] et dragueurs de mines [Raumboots] aux convois, la côte est de la Grande-Bretagne s’est transformée en cimetière à cargos et bateaux escorte.

Churchill a décidé, quand il a vu ce qui se passait, d’envoyer des plans de torpilleurs et de canonnières à tous les petits constructeurs de bateaux d’Angleterre et dans pratiquement tous les endroits à proximité de rivières et autres il y avait des gens qui construisaient des bateaux en bois. Churchill n’avait pas l’acier mais il avait accès à du contreplaqué d’acajou. Alors ils allaient utiliser ce contreplaqué pour construire les bateaux. Et ils n’avaient pas de moteurs diesels, parce que vous saviez qu’il fallait qu’ils soient très rapides. Il les avait fait équiper de moteurs d’avion Rolls Royce 12 cylindres qui avaient un système de refroidissement à eau. Et les petits bateaux, des vedettes rapides, 72 pieds de long, avaient trois de ces moteurs super puissants. Au lieu de 1250 CV ils avaient une puissance de 1500 CV. Et les plus gros bateaux qui avaient plus d’armement à bord et quatre torpilles au lieu de deux, il avait mis quatre super moteurs marins dessus. Ils faisaient du 60 milles à l’heure en gros, je parle en anglais moderne. Bon, maintenant ce n’est plus tout à fait aussi moderne, n’est-ce pas ?

Ils les ont fabriqués très rapidement et leur tâche c’était d’empêcher les Schnellboots et les Raumboots allemands de s’attaquer aux convois. Et s’ils ne parvenaient pas à les arrêter, au moins les endommager sérieusement quand ils essayaient de s’échapper. Et c’est ce qu’ils ont fait.

Oui, j’avais une petite pièce pour la radio qui faisait à peu près 1, 50 par 1,80 mètres. Et 1,80 mètres de haut. Et j’étais tout seul. Et ça, ce n’est pas une situation que je recommanderais à qui que ce soit. Parce que vous êtes tout seul et c’est, je ne sais pas, c’est sympa d’avoir de la compagnie quand vous êtes au combat. Et il y avait des échanges de tirs presque toutes les nuits jusqu’à peu de temps avant la fin de la guerre. On n’utilisait jamais les vrais noms ou les grades parce les quelques gars qui faisaient des courses de bateau avec les allemands avant la guerre, s’ils savaient qui étaient sur les bateaux en train de les combattre, ils auraient pu prévoir leurs tactiques. Alors à côté de ça, quand vous voyiez un bateau ennemi, vous ne vouliez pas dire, Capitaine de corvette Kirkpatrick, à 30° du port, il y a un ennemi. C’était beaucoup plus simple de dire, Kirk, 30° du port, bateaux ennemis. Et vous deviez faire passer le message à toute vitesse.

Quand Enigma [ la machine d’encodage allemande] se mettait en marche, quand le capitaine était sur Enigma, ils pouvaient lire les transmissions allemandes. Et on nous envoyait quelque part disons un endroit sur la carte, ça pouvait être RS16, et on y allait et on arrêtait la radio, le radar et le sonar. Et cinq ou six gars avec un officier restaient en service, et le reste pouvait se reposer, dormir, boire du café, fumer, jouer aux cartes ou autre chose, jusqu’à ce que l’ennemi approche. Et puis on les rappelait et quand ils arrivaient tout près, ils remettaient les moteurs en marche soudainement et on arrivait à toute allure au milieu de leurs bateaux, juste à leurs côtés, quelquefois à six ou sept mètres d’eux. Et ça leur causait des problèmes aux allemands parce qu’ils ne savaient pas par où nous tirer dessus. S’ils nous rataient ils risquaient d’abattre leurs propres bateaux et leurs propres hommes.

Alors on avait l’avantage de la surprise et quand on approchait ils lançaient des grenades sous-marines sous la poupe ou le côté ou devant la proue des bateaux ennemis. Et ils faisaient plus de dégâts avec ces grenades qu’on en a jamais fait avec des torpilles. C’était très efficace. Il y avait 493 gars dans nos deux flottilles et notre pourcentage de victimes était de 38%. Quarante deux gars tués, dix-sept disparus dans le combat et 126 qui étaient tellement gravement blessés, mentalement ou physiquement, qu’ils ne pouvaient pas continuer sur un torpilleur, et beaucoup d’entre eux ont dû être renvoyés au Canada pour être hospitalisés. Quelques uns étaient rafistolés et retournaient dans les convois sur l’Atlantique, ce qu’ils n’auraient pas dû faire parce qu’ils n’allaient pas bien, ils avaient des séquelles au niveau mental. C’était ridicule de faire ça mais ils les ont remis sur les bateaux.

En tant que télégraphiste du bateau leader, je devais aller à terre et emmener les personnes blessées à l’hôpital et au 5-11 [hôpital de campagne en Belgique] et ramener tous ceux qui étaient réparés et pouvaient reprendre du service. Et puis je devais aller voir les autorités portuaires et prendre les messages à transmettre la nuit suivante, et puis un certain nombre d’autres choses. De toute façon, je suis allé à terre et on avait une jeep qu’on avait ressuscitée. Et avant d’arriver jusqu’à elle, une porte s’est ouverte et un gars m’a attrapé et m’a tiré à l’intérieur et j’ai bu un verre de cognac et il a dit, la guerre est finie. Et je ne savais pas ça. Et je suis parti et je suis allé, je n’avais pas fait cinquante pas qu’une autre porte s’est ouverte et j’ai bu un autre cognac, je me souviens de ça mais je ne me souviens de rien de ce qui s’est passé pendant les trois jours suivants. J’étais complètement parti. C’est une des rares fois où j’ai été ivre mort.

Alors nos bateaux ont été désarmés le 16 mai et très vite, on nous a mis sur des trains en partance pour Greenock en Ecosse, et au dépôt des effectifs sur le NCSM Niobe et je crois qu’on a passé deux jours là et on était censés marcher au pas jusqu’au, le quai à Greenock, qui était à deux kilomètres de là à peu près. C’était tout sauf une marche disciplinée. Les gars étaient partout. Les petites amies étaient là et ils chahutaient et ainsi de suite. Ils rentraient au pays. C’était une de ces pagailles. Mais pendant qu’on passait les portes du dock, un groupe a entonné « The Maple Leaf For Ever » et c’était comme si on avait fait claquer un fouet. Les gars se sont mis en rangs, ont avancé au pas en passant la porte. Vous n’auriez pas pu vous sentir plus fiers de quoi que ce soit si vous aviez payé pour ça.

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