Témoignages d'anciens combattants:
Michael Krewiak

Armée

  • Photo de recrutement prise après avoir joint les rangs des Forces canadiennes en 1940.

    Michael Krewiak
  • Photo de compagnie prise peu avant le départ pour la Normandie. The Lake Superior Regiment (Motor), Angleterre, printemps 1944. Michael Krewiak est au milieu.

    Michael Krewiak
  • La ferme en Hollande où Michael Krewiak et ses camarades furent blessés tel qu'il le raconte dans son entrevue, en octobre 1944. Son véhicule était stationné à la droite du bâtiment au moment où s'abattit un intense tir de mortiers.

    Michael Krewiak Jr.
  • Membre à vie de l'Association des vétérans canadiens de l'Armée, de la Marine et de la Force aérienne. 30 décembre 1987.

    Michael Krewiak
  • Certificat de service distingué auprès de l'Association des amputés de guerre. 7 novembre 2003.

    Michael Krewiak
  • Membre à vie de la Légion royal canadienne. 2005.

    Michael Krewiak
  • M. Michael Krewiak.

    Michael Krewiak Jr.
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Écoutez ce témoignage

"Et j’étais en train de préparer le thé et j’entendais ce truc qui sifflait dans les airs. Et un obus de mortier, quand il arrive juste au-dessus de vous, il fait le même sifflement qu’une oie sauvage en vol. Et j’ai dit aux gars, je leur ai dit : "Faites-vous le plus petit possible.""

Transcription

On a traversé le canal Albert [Belgique] à un endroit qui s’appelait […], ce n’était pas très loin de Bergen op Zoom [Pays-Bas].

Et le Rhin où j’étais – on est arrivés près d’un fossé antichar et il fallait qu’on attende jusqu’à ce que le […] arrive et remplisse les camions pour qu’on puisse avancer. Et notre infanterie a traversé et ils étaient devant. Et dès qu’on a franchi ce passage, on a reçu – on avait l’infanterie et qui arrosait le champ avec des balles de mitrailleuses, pour que les Allemands gardent la tête baissée.

Et je me suis arrêté dans ce secteur et deux gars de la compagnie C – j’étais dans la Baker [compagnie B]. Il y avait deux gars de la compagnie C qui m’ont demandé si je pouvais faire du thé. Et j’ai répondu : « Oui, je vais prendre mon réchaud » et j’ai ajouté : « Il faudra que vous remplaciez tout ce que je vous donne les gars. »

Et j’étais en train de préparer le thé et j’entendais ce truc qui sifflait dans les airs. Et un obus de mortier, quand il arrive juste au-dessus de vous, il fait le même sifflement qu’une oie sauvage en vol. Et j’ai dit aux gars, je leur ai dit : « Faites-vous le plus petit possible parce que ça arrive pile au-dessus de nous. » Et ça a fait boum, boum. Deux d’entre eux ont atterri l’un après l’autre.

Et j’ai pris mon paquetage. J’étais grièvement blessé. Mon compagnon, celui de la compagnie C que je connaissais, il a eu les deux pieds arrachés juste au-dessus de la cheville. L’autre gars s’est pris juste un éclat d’obus. Et le quatrième gars a reçu un éclat d’obus dans le cou. Il allait bien.

Le gars des premiers secours a pris soin d’eux. Il m’a fait des pansements, et à mon compagnon aussi. Il nous a emmenés au poste de secours régimentaire. Le docteur nous a vus. Il a fait partir mon compagnon en premier et moi après. Et il m’a dit : « Je ne vois pas de “M” sur ton front, Mike. » Et j’ai répondu : « Non, je ne veux plus de morphine. Je me sens bien. »

Et il m’a envoyé à l’hôpital à Anvers [Belgique] et on m’a monté en salle d’opération. Et je parlais avec le docteur et tout. Il a dit qu’il ferait mieux de m’anesthésier, qu’il avait du boulot avec moi. Et j’ai demandé au docteur d’attendre. J’ai demandé si ce gars était arrivé. J’ai dit que mon compagnon avait été blessé en même temps que moi. Et alors ils l’ont mis à côté de moi sur le brancard. Et des docteurs sont arrivés pour s’occuper de lui. Et c’est la dernière fois que je l’ai vu, il est décédé.

Et on m’a mis, après m’avoir opéré, et avoir nettoyé mes plaies et tout le reste, j’étais dans la chambre et je parlais avec l’infirmière et je lui ai dit : « Vous êtes anglaise? » Elle a répondu oui. J’ai dit que j’avais l’impression que tout le monde parlait anglais. Et elle a dit : « Oui vous êtes dans un hôpital britannique. » Et j’ai dit : « Mais je suis Canadien. » Et elle a dit : « On prend tous les blessés ici aujourd’hui. Demain, ce sera le tour de l’hôpital américain. Le jour suivant, ce sera le Français. Et le jour d’après, le Canadien. » Ils alternaient comme ça.

J’ai dit oh! Et puis le docteur a dit : « D’ici trois jours, vous allez partir parce qu’il faut qu’on vous envoie faire de la chirurgie plastique pour votre visage. Un éclat m’avait cassé toutes les dents et fendu les lèvres et les joues et tout.

Mais ma température est montée et ils ont dit qu’ils ne pouvaient pas me transporter en avion. Alors j’ai attendu pendant six jours. Et puis ma température a fini par baisser jusqu’à 99 [degrés Fahrenheit], ce qui n’était pas trop mal parce la température normale, c’est 98.

Et je suis parti en Angleterre en avion. On a atterri dans le nord de l’Angleterre. Et puis le lendemain, je me suis retrouvé à l’hôpital général n° 24, juste en dehors de Londres.

J’y étais toujours l’année suivante, cette année-là, et puis la suivante. Et on a entendu parler des négociations en cours et tout. Et puis le 10 mai, on nous a avertis et, bingo! On est parti de l’hôpital général n° 24. Et en ambulance, on nous a emmenés à la gare, les trains-hôpitaux attendaient. On est montés dans les trains, les trains-hôpitaux, et on est allés à Liverpool et on a embarqué sur un navire-hôpital canadien, le [SS] Letitia. Et de là, on a traversé l’Atlantique et on est arrivés au Canada à Halifax, Quai 21.

Et le plus drôle, quand on était en Angleterre, on était Canadiens, on nous appelait des Canadiens. On rentre chez nous et on nous dit : “Non, vous n’êtes pas Canadiens”. Vous êtes Ukrainien. Vous êtes Polonais. Vous êtes juif ou d’une autre nationalité, peu importe. On a répondu d’accord ça nous est égal pourvu qu’on soit de retour chez nous au Canada.

Et on est montés dans les trains et on a traversé, et on arrive à la gare de St John au Nouveau-Brunswick, et les dames qui aidaient montent à bord et demandent : “Y a-t-il quelqu’un du Lake Superior’s [membre du Lake Superior Regiment (Motor)]”. Je réponds : “Oui, moi, je suis là.” Oh! D’accord, et elles m’ont donné tout un tas de bonnes choses, et tout. Et le gars dit : “Comment ça se fait que tu reçoives tous ces trucs?” Et j’ai répondu que c’était parce que j’étais à une bonne unité.

Et je me suis retrouvé à l’hôpital Deer Lodge [Winnipeg, Manitoba]. Et j’ai fait de nombreux séjours à l’hôpital. Et finalement, le 21 décembre [1945], quatre jours avant Noël; ils m’ont amené au bloc et amputé la jambe droite parce que c’était celle qui avait le plus souffert. Quand j’ai été blessé en France, ou en Hollande.

Et alors j’ai passé Noël au Deer Lodge, et au printemps je suis sorti de mon lit, j’ai commencé à marcher et repris des forces petit à petit. J’ai dit que j’aimerais sortir de l’hôpital pendant quelque temps. Et ils ont dit d’accord, mais à la condition que je revienne immédiatement si que si quelque chose se produisait. Et s’il se passe quelque chose, il faudra tout simplement appeler une ambulance et elle viendra vous chercher.

Je suis rentré chez moi et différents gars, des copains, qui étaient plus jeunes, mais étaient restés là. Et ils avaient des voitures, alors ils venaient me chercher pour faire un tour, ils m’emmenaient partout. Et bien sûr, à ce moment-là j’avais rencontré ma femme et on se promenait ensemble. Et puis je lui ai demandé sa main, je lui ai donné une bague de fiançailles. Et on a fait les préparatifs pour le mariage. On s’est mariés. Et j’ai trois beaux enfants, deux garçons et une fille.

Et ils se portent tous très bien et travaillent. Et moi je vis dans cette maison de retraite qu’ils appellent “Easy living and pleasure”. Voilà! C’est ma vie.

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