Témoignages d'anciens combattants:
Aimé Adam

Marine

  • Aimé Adam (à droite avec un pistolet-mitrailleur Sten) et Wallis McBurnie Burden gardant des prisonniers coréens. Burden fut plus tard tué lorsque le NCSM Iroquois fut frappé par un obus tiré d'une batterie côtière ennemie en octobre 1952.

    Aimé Adam
  • Une équipe d'artilleurs du NCSM Iroquois faisant feu en plein jour contre les côtes ennemies. Les artilleurs manient deux canons de 4 pouces et chaque obus pesait 80 lbs. Corée, 1952.

    Aimé Adam
  • Photo montrant le NCSM Iroquois livrant bataille contre des batteries côtières ennemies. Corée, 1952.

    Aimé Adam
  • Un aperçu des dommages causés au NCSM Iroquois lorsqu'un obus tiré d'une batterie côtière ennemie frappa le pont du navire. Trois marins furent tués et 10 furent blessés lors de cet incident survenu le 2 octobre 1952. Il s'agit des seules pertes liées au combat subies par la Marine royale canadienne lors de la Guerre de Corée.

    Aimé Adam
  • Photo prise à l'intérieur de la cabine du capitaine William Landymore, l'officier commandant le NCSM Iroquois en octobre 1952. Aimé Adam (à gauche) est assis avec Waldo Berggreen (à droite, les doigts blessés) qui tient une douille d'obus endommagée. Comme le mentionne Aimé Adam: "L'obus ennemi frappa le pont où se trouvait le canon B, ce qui entraîna l'explosion de l'un de nos obus à travers le plancher d'acier du mess des sous-officiers. D'où je me trouvais en action, des pièces d'acier me frappèrent à la jambe."

    Aimé Adam
  • Blessé, le marin Alphonse Gaudet est transporté vers un hôpital à Sasebo au Japon. Octobre 1952.

    Aimé Adam
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"En arrière, dans les premiers venus, là ils ont emporté le gars qui avait les deux jambes coupées. Il est mort vers 10 heures du soir. Moi, j’ai été chanceux. (...) le lendemain, moi je passais à la table d’opération vers 10 heures du matin."

Transcription

Quand on allait en Corée même, c’était plutôt pour l’armée américaine afin d’escorter les porte-avions, les gros « battleships » (cuirassés) ou les croiseurs, et quatre à cinq « destroyers » (contre-torpilleurs). Ça nous prenait environ quatre jours. Ensuite, on rentrait dans le territoire tranquillement. On servait d’escorte ou l'on allait bombarder les côtes. Les camions et les trains… c’était tout en côte, en montagne. Les trains (ennemis) passaient à l’arrière d’une montagne, revenaient sur le bord de l’eau, par en avant, puis retournaient en arrière dans une autre montagne. C’était le chemin qui les conduisait d’une ville à l’autre.

C’est quand ils sortaient d’en arrière de la montagne, nous autres, qu’on les pinçait. Voir un train coupé en deux, ça faisait drôle à voir à coup de canon. Les avions, eux autres, ils « pognaient » (attaquaient) les « trucks » (camions) de l’armée, eux autres aussi. Alors, c’est comme ça qu’on leur faisait du dommage pour les empêcher de passer. Ça durait à peu près… on allait là entre 38 et, le plus longtemps, 48 jours… À partir de 40 jours, la routine devient plus sévère par le capitaine parce que les gars sont sur les nerfs un peu. Ça fait longtemps qu’on n’a pas débarqué, la nourriture commence à manquer, on est obligés de changer des fameuses recettes. Là, on revenait à Sasebo (Japon) pour prendre des provisions, faire des réparations, mais… il arrivait des petits pépins aussi. Ça faisait changement comme on pourrait dire. On est partis au mois d’octobre 1951 en Corée puis on est revenus au mois de janvier 1952. Alors, ça faisait une bonne visite, comme on peut dire.

J’ai eu 40 jours de vacances, ensuite je suis resté pour le deuxième voyage. Le premier voyage, c’est au mois d’octobre que je me suis fait pincer, que le bateau s’est fait « pogner » (attaqué). On a été comme bombardés, les montagnes, comme on pourrait dire. C’est l’armée qui était supposée d’être là. Puis, dans les montagnes, on ne voit rien, mais il y avait des canons qu’ils cachaient, eux autres, dans des cavernes, des choses comme ça. Comme on ne se doutait pas. Habituellement, on restait à deux miles des côtes quand on tirait. Mais là, ils sont entrés à un mile et demi pour donner une chance à l’autre destroyer en arrière de nous couvrir s’ils commençaient à tirer sur nous autres. Puis, sans se douter, vers 2 heures de l’après-midi, tranquillement… Bang! Ils ont « pogné » juste en arrière du… on a deux canons de quatre pouces en bas, deux canons de quatre pouces au deuxième pont. Ils ont « pogné » juste en arrière du deuxième canon. C'est passé à travers du plancher. Il y a trois hommes qui se sont fait blesser en haut, ou tuer comme on peut dire. Il y en a un qui s’est fait couper les deux jambes. Il est tombé dans un trou à travers du plancher. Puis moi, j’étais là. C’est là que je passais de la munition pour la boîte en haut du deuxième canon.

Quand le coup de canon frappe, quand l’obus frappe, c’est tout en acier… l’acier vient rouge comme des éclairs. Ça se passe en 30 secondes. Bang! Ça te passe aux côtés de la tête, partout. Moi, j’en avais reçu dans les jambes, dans une jambe surtout. Mais je ne m’en apercevais pas. C’est quand les gars d’en bas… ce sont tous des « hatchs » (écoutilles), comme on pourrait dire. C’est fermé avec de gros couverts en fer. Ils ont ouvert la « hatch » pour voir ce qui se passait, ils me demandaient, mais je ne répondais pas tellement fort! Alors ils ont vu les dommages. Puis, le pire c’est qu’on avait mis six obus — ça pèse 80 livres — couchés sur le plancher, la tête sur des coussins, pour tâcher de gagner du temps, pour les pousser en haut au canon B. Alors là, les gars ont aidé un peu pour les repousser en bas, retourner ça au magasin.

D’un département à l’autre, on ne sait pas tellement ce qui se passe parce qu’on est enfermé dans le magasin. Les (marins responsables des) munitions, en bas, nous criaient : « Où est-ce qu’on va passer ça? Qu’est-ce qui se passe? Qu’est-ce qui se passe? On s’est fait frapper! » Mais… ils ne pouvaient pas réaliser ça, eux autres non plus. Alors, ils ont accepté de reprendre les obus, les remettre dans leurs choses (étuis). Là, ils m’ont descendu dans le premier plancher (pont). Dans les premiers venus, ils avaient traité les autres temporairement avec de la morphine, puis des pansements. Celui qui avait les jambes coupées, c’est le docteur qui s’en est occupé. Ils m’ont amené en arrière, puis comme les deux gars me portaient, ils m’ont levé par les deux bras. On voyait tomber les obus à peu près à 50 ou 75 pieds dans le bateau. J’ai des portraits de ça. Ça faisait drôle. Tu vois que c’est des obus, mais tu ne réalises pas le dommage qu’ils auraient pu faire s’ils étaient 50 pieds plus loin seulement. Ils nous auraient coupés en deux. Parce que, nous autres, la munition, on en a pour les torpilles, on en a pour les charges profondes pour les sous-marins. Puis, dans les cales, c’est chargé de munitions pour les canons, pour les mitrailleuses. Alors, ça en fait, on n’aurait pas duré longtemps. En tout cas.

En arrière, dans les premiers venus, là ils ont emporté le gars qui avait les deux jambes coupées. Il est mort vers 10 heures du soir. Moi, j’ai été chanceux. L’officier qui s’occupait du manger (nourriture), il avait une cabine, naturellement. Ils m’ont transféré dans sa cabine. Il m’a prêté son lit pour la nuit. Alors, j’ai trouvé que c’était vraiment gentil. Puis le lendemain, moi je passais à la table d’opération vers 10 heures du matin. Là, ils transféraient les morts et les blessés dans un bateau de transport qui était dans la région. Moi, ils m’ont demandé : « Veux-tu rester? Si tu restes, tu vas pouvoir continuer avec l’Iroquois (le NCSM Iroquois, un contre-torpilleur de la classe Tribal). Si tu t’en vas, ils vont te garder à l’hôpital de Sasebo, ensuite tu retournes au Canada. » Alors moi, je suis resté. Un gars qui avait… au canon B, il y a une « fuse » (fusée), la fuse du… « shell », de l’obus. Il s’est arraché de près sur la peau quand ça a frappé, puis elle roulait dessus le plancher. Il l’a « pogné » avec ses doigts, puis il l’a lancé par-dessus (bord). C’était tout en étincelles ça. Il s’est fait couper les deux bouts de doigt d’une main. Alors lui, il est resté. Un « steward » (intendant) qui pesait à peu près 160 livres, on le trouvait gros, il s’est fait arracher un morceau de fesse. Ça faisait drôle, mais ce n’était pas tellement « jojo » comme on pourrait dire. Lui, il pleurait tout le temps. Au bout de deux semaines, ils l’ont transféré pour l’envoyer au Canada parce que ce n’était pas bon de le garder.

Follow us