Témoignages d'anciens combattants:
Raymond Trevors

Armée

  • Le soldat Raymond Trevors, 2e Battalion, The Princess Patricia's Canadian Light Infantry. Années 1950.

    Raymond Trevors
  • Le soldat Raymond Trevors, 2PPCLI. Photo prise dans les barraques Currie, Calgary (Alberta). 1951.

    Raymond Trevors
  • Des soldats du PPCLI à l'entraînement avec la carabine Lee-Enfield. Années 1950.

    Raymond Trevors
  • Trois soldats du 2e Bataillon du PPCLI. Années 1950s.

    Raymond Trevors
  • Une scène de rue en Asie. Années 1950.

    Raymond Trevors
  • Des soldats du PPCLI en Corée vers 1951-1952.

    Raymond Trevors
  • Portrait de groupe de soldats canadiens appartenant à diverses unités. Corée, vers 1951-1952.

    Raymond Trevors
  • Un cimetière militaire turc en Corée vers 1951-1952.

    Raymond Trevors
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"Et le commandant de ma section, le Caporal [Norman] Woodstock, devait aller dans ma tranchée devant et il a été tué cette nuit-là [le 2 octobre 1951] dans une tranchée que j’avais creusée alors ça m’a profondément affecté."

Transcription

Je suis parti en août 1950. Je me suis enrôlé dans l’armée de terre en 1950. Là-bas, on a suivi l’entraînement à Fredericton [Nouveau-Brunswick] c’est à environ deux heures de voiture d’ici [Miramichi, Nouveau-Brunswick]. Pas notre entraînement, je devrais dire, et la visite médicale et ensuite on nous a expédiés à Petawawa en Ontario où nous avons passé deux semaines. Il y avait une grève de trains. Et à ce moment-là, ils avaient choisi les gens pour, principalement dans quel régiment ils allaient partir. La majorité des francophones sont allés dans le Van Doos, le Royal 22e [le Royal 22e Régiment]. C’était l’infanterie, ce dont je parle. Et les RCR [soldats du Royal Canadian Regiment], ils sont restés là-bas. Et il n’y avait pas assez de monde pour remplir les rangs du PPCLI [le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry] à Calgary [Alberta] alors ils m’ont envoyé à Calgary.

J’avais suivi l’entrainement de base à Calgary. Et ensuite de Calgary, ils nous ont envoyés à Fort Lewis, Washington. Et un peu plus d’entraînement là-bas. Il n’y avait pas de base au Canada à cette époque ayant la capacité de former une brigade et c’est pourquoi nous sommes allés à Fort Lewis, Washington. Et après, oh! Trois ou quatre mois d’entraînement là-bas et en mars 1951 on nous a tous envoyés en Corée à bord d’un navire de troupes américain.

C’était en mars 1951 quand je suis parti, mon régiment était déjà sur place. Ils étaient partis en décembre 1950 et je les ai rejoints là-bas, vers la fin du mois de mars, première quinzaine d’avril 1951.

On faisait des patrouilles de nuit et on participait à d’autres missions, une dont je me souviens en particulier, notre compagnie avait pour mission d’engager le combat contre l’ennemi, ça devait être au cours de l’été 1951. Nous avons participé à une bataille pour prendre une certaine colline. J’ai oublié le nombre de cette colline [pendant la guerre de Corée, on ne donnait pas de noms aux collines, mais des nombres en fonction de leur hauteur par rapport au niveau de la mer]. Et on est parti en reconnaissance deux ou trois nuits de suite, quelque chose comme ça. Donc finalement on a, un matin très tôt, notre compagnie, le peloton A, compagnie Charlie [compagnie C, 2e bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry] à laquelle j’appartenais. On a pris la colline moyennant un certain nombre de victimes des deux côtés.

Après avoir pris la colline cette nuit-là, c’était tôt le matin, cette nuit-là les Chinois ont contre-attaqué. Notre section, qui comprenait 11 hommes à peu près, on était en train de creuser sur un tertre à l’extrémité de la colline et moi j’étais à la mitrailleuse Bren [une mitrailleuse légère de fabrication anglais] avec un type de Campbellton [Nouveau-Brunswick] ici. Et on a creusé notre tranchée et cette nuit-là, quand les Chinois et les [Nord-] coréens ont contre-attaqué, le sergent de notre peloton a voulu faire l’échange de ma tranchée, et moi je devais aller de l’autre côté de la colline. Et le commandant de ma section, le Caporal [Norman] Woodstock, devait aller dans ma tranchée devant et il a été tué cette nuit-là [le 2 octobre 1951] dans une tranchée que j’avais creusée alors ça m’a profondément affecté. Je suppose qu’il prenait soin de moi, là-haut. Ils ont contre-attaqué cette nuit-là, et ça a été le seul, on a eu quelques blessés, mais cette nuit-là, le seul qui a été tué c’était le caporal, Caporal Woodstock. Je crois qu’il venait de Winnipeg, Manitoba. Et c’était d’une grande tristesse de le voir au sommet de la colline, sur la ligne d’horizon, mais il a fait partie de ceux-là, et on en a eu quelques autres, et les patrouilles de nuit étaient effrayantes.

Et puis, certains d’entre eux dont je ne me souviens pas, on montait. Notre premier rappel de la guerre et si je m’éloigne un peu maintenant, c’est quand on était en train de rejoindre la ligne de front quand on est arrivé là-bas, on a vu six cadavres de soldats américains. Et on n’était pas encore, on n’avait pas encore participé au combat à ce moment-là, ils étaient entièrement déshabillés et ils avaient les pieds attachés ensemble. Et c’était vraiment effrayant. C’était l’hiver. Et c’était pour ainsi dire la première fois qu’on voyait quelque chose comme ça.

Et les gens qui étaient blessés, c’était dur de regarder, au début. Vous savez, un jeune type qui débarque de son petit village ou peu importe, ça n’avait pas d’importance je suppose l’endroit d’où ils venaient, c’était tout nouveau pour eux. J’ai été moi-même, blessé à l’œil droit à un moment. Oh! Juste un œil au beurre noir et un peu de sang sur le moment. Mais maintenant, j’ai perdu cet œil suite à ce traumatisme. C’était horrible. J’ai une prothèse oculaire là-dedans, du côté droit.

Nous, on s’occupait surtout d’installer des barbelés. À l’extérieur sur le devant, on utilisait du fil de fer barbelé en rouleaux, et puis sur la ligne intérieure, on plantait ces poteaux en fer dans le sol et on faisait courir le barbelé de là. J’étais un peu plus petit à l’époque et il y avait un grand gaillard et je montais toujours sur ses épaules et je plantais les barres au marteau dans le sol. Alors il fallait que je tende ce fil.

Il fallait qu’on s’occupe de nos petites affaires nous-mêmes. Les sanitaires se trouvaient en général sur le revers de la colline, alors on descendait. S’il y avait un ruisseau là-bas, on se rasait. Si on avait la possibilité de se raser tous les deux jours, on le faisait, vous savez, et changer de vêtements c’était dur parce qu’il vous arrivait d’être là-haut. On ne prenait que très peu de choses avec nous, deux paires de chaussettes et je me souviens qu’en hiver, tout ce qu’on portait en sous-vêtements c’était comme des pyjamas en coton. Et on ne retournait là-bas que toutes les deux ou trois semaines pour prendre une douche. Ils ramenaient un groupe d’entre nous lors d’une accalmie et si on était dans la réserve, il arrivait qu’on soit dans la réserve pendant deux ou trois semaines. Et quelqu’un d’autre occupait votre position. Vous retourniez là-bas et puis vous pouviez dormir dans une tente pour deux personnes à même le sol. Vous savez, il n’y avait rien là-bas. Autrement, dans les collines, vous creusiez votre tranchée, et à l’extrémité vous aviez votre bunker, tout-en-un. Et tout l’alignement dans votre bunker se faisait avec ces couvertures grises. C’était tout ce qu’on avait.

On n’avait pas le droit de porter les capuches de nos parkas parce qu’il avait découvert, notre colonel avait découvert qu’il y avait beaucoup d’Américains qui se faisaient tués dans leurs sacs de couchage. Et ils ont dit qu’on n’allait pas, vous savez, vous n’allez pas faire ça. Alors si vous aviez l’occasion de dormir, vous faisiez comme ça. Et on n’était pas chaussés correctement, des trucs comme ça, et là-bas on était les seuls soldats à avoir des armes à verrou. Vous savez, comme les anciens combattants de la Deuxième Guerre mondiale et de la Première. Et on essayait de, on avait des armes américaines de calibre 30 et des armes de calibre 50 [mitrailleuses] et on avait aussi leurs mortiers et les armes antichars sont passées de la 17 livres à la 75 [mm], sans recul comme ils les appelaient, on tirait à l’épaule pour les antichars. Et puis il a fallu supprimer les mitrailleuses [anglaises] Vickers parce qu’ils ne pouvaient pas transporter de l’eau jusqu’en haut de la colline là-bas. L’eau refroidissait. Alors on partait avec nos mitrailleuses Bren et les armes de calibre 30. Celles de calibre 50 étaient plus ou moins, si vous preniez une position et que vous deviez tenir cette position, les armes de calibre 50 étaient installées à une certaine position, comme ceci; peut-être comme cela et ça se retrouvait au milieu. Et elles avaient ce qu’ils appelaient une position fixe. Les calibres 30, elles, vous pouviez les emporter partout avec vous et les mortiers. Des trucs comme ça.

Follow us