Témoignages d'anciens combattants:
Harold William Curley

Armée

  • Le lance-bombardier Harold W. Curley, 81st Field Regiment, Artillerie royale canadienne. Corée, vers 1953-1954.

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  • Le navire de transport américain James O'Hars qui transporta les hommes du 81st Field Regiment pendant la Guerre de Corée.

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  • Canon de 25 livres du 81st Field Regiment, Artillerie royale canadienne. Corée, vers 1953-1954.

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  • Harold Curley posant près du bunker situé derrière le canon no. 2, troupe Fox, batterie "C", 81st Field Regiment. Corée, 1953.

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  • Le canon no. 3 de la troupe D, 81st Field Regiment, mis hors service en raison de l'explosion d'un obus à l'intérieur du tube.

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  • Le canon de Harold Curley. Photo prise après l'armistice. 1953.

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  • L'équipe d'artilleurs de Harold Curley. De gauche à droite: les cannoniers Surette, Nisbett, Penny, Doucette et Coady.

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  • M. Harold Curley. Novembre 2012.

    Le Projet Mémoire
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"Et alors, plus tard dans la soirée, le RCR a décidé de demander à notre artillerie de leur tirer dessus. Ils ont dit qu’ils allaient tous aller dans les bunkers. Et il y avait des soldats chinois partout. Et on a commencé à faire feu avec des munitions qui explosaient en l’air au-dessus d’eux."

Transcription

La première nuit, on est restés au poste de commandement régimentaire. Et on s’est levé le lendemain matin et le fameux Sergent major Lloyd, il nous a dit de tuer tous les rats qu’on pouvait parce qu’ils étaient porteurs de la fièvre hémorragique virale. Et ne vous approchez pas de ces filles parce qu’elles sont toutes malades.

Et on nous a répartis là-bas pour – ils ont décidé dans quelle troupe de canons dans laquelle ils allaient nous mettre. Et alors, moi je suis allé dans la troupe Fox [Troupe F], de la batterie Charlie [Batterie C], la 1re d’artillerie à cheval [4e régiment, Artillerie à cheval de l’armée canadienne].

Il y avait pas mal de neige. Et il faisait horriblement froid. Et pas beaucoup de place où se mettre. Mais les bunkers où on était, les poêles étaient fabriqués en partie avec – on faisait des poêles à partir des caissons à munitions. Et on utilisait des douilles pour faire les tuyaux et des trucs comme ça. Et un jerrycan de 19 litres. On brûlait de l’essence parce que l’essence chauffait plus que le diesel. Si on avait utilisé du diesel dans un truc comme ça, on serait morts de froid. Et on a brûlé toute l’essence quand on était dans ce bunker.

Les endroits de la vallée que l’ennemi avait l’habitude de fréquenter, on restait sur place avec le canon toute la nuit. Et il y avait une pièce en aluminium – ou c’était peut-être du plastique, sur le canon comme ça là, et vous pouviez déterminer la portée et l’angle pour cette – et les quatre canons présents sur cette colline avaient la même chose. Et il y avait quatre canons derrière nous sur la colline derrière nous. Ils avaient la même chose.

Alors, s’il se passait quoi que ce soit dans ce secteur, ils nous téléphonaient du poste de commandement et disaient, entrez ce nombre dans votre canon. Et tirez. Et ça veut dire qu’on entrait en action et qu’on tirait jusqu’à ce qu’ils nous disent d’arrêter.

Le 2 mai 1953 [pendant la bataille de la colline 187, les 2 et 3 mai 1953], les Chinois ont écrasé les soldats du RCR [Royal Canadian Regiment]. Et on tirait au-dessus du RCR, pas seulement notre canon, et notre canon est devenu tellement chaud qu’on pouvait sentir la peinture. Alors on a téléphoné au poste de commandement, pour leur dire qu’il fallait qu’on arrête de tirer avec notre canon pour le laisser refroidir.

Mais derrière le canon, il y avait deux ou trois barils d’eau, des barils de 170 litres. Et on avait de l’eau et des couvertures. Vous mettez une cartouche vide dans le canon, fermez la culasse, ensuite vous prenez des seaux. Vous relevez un petit peu le canon. Vous vous placez à l’avant et vous commencez à verser de l’eau dans le canon. Et il faut faire vraiment très attention pour les deux ou trois premiers seaux parce que ça bouillonnait à la sortie. C’était de la vapeur qui sortait de là. Mais après trois seaux, vous pouviez sans peine remplir le canon d’eau. Et bien sûr, elle s’évaporait très vite. Et vous ajoutiez de l’eau dans le canon. Puis vous mettiez les couvertures et enveloppiez le canon avec des couvertures mouillées. Et les couvertures ne mettaient pas longtemps à sécher.

Alors vous en rajoutiez. Ça prenait un moment pour faire refroidir le canon. Plus de couvertures mouillées, et vous continuez jusqu’à ce que vous soyez sûr que le canon est complètement refroidi pour pouvoir recommencer à tirer. Et quand le canon était froid, on téléphonait au poste de commandement pour leur dire que le canon n° 2 était prêt à reprendre l’action.

Et alors, plus tard dans la soirée, le RCR a décidé de demander à notre artillerie de leur tirer dessus. Ils ont dit qu’ils allaient tous aller dans les bunkers. Et il y avait des soldats chinois partout. Et on a commencé à faire feu avec des munitions qui explosaient en l’air au-dessus d’eux. Et on avait quelques obus de l’artillerie là-bas, pas beaucoup, mais on en avait quelques-uns, qui étaient des fusées de proximité. Et c’est long comme ça à peu près. Et c’était en plastique. Et c’était plutôt […].

Et vous pouviez voir les ressorts et vous pouviez voir une cartouche de 22 et tout ce qu’il y avait dedans. Et ce sont celles qu’on a utilisées en premier quand on a commencé à tirer sur le RCR. Et cet obus explosait à six mètres au-dessus du sol, six mètres. Alors on les a toutes utilisées. Et après il a fallu qu’on commence à régler nos propres fusées.

Vous avez une fusée ordinaire sans aucun nombre, rien du tout. Et puis vous avez la fusée où vous pouvez régler le temps. Mais il y a un outil spécial pour ça et vous réglez le temps. Je crois que cette nuit-là c’était 32 secondes. C’est le temps entre le moment où on tire l’obus et le moment où il explose, 32 secondes au-dessus du RCR.

C’était très clair. Ils nous ont parlé dans les haut-parleurs pour nous dire qu’on allait tirer sur le RCR.

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