Témoignages d'anciens combattants:
Alan Canavan

Armée

  • Alan Canavan posant sur sa motocyclette lors de l'exercice "Smashex I". Henfield, Angleterre, printemps 1943.

    Alan Canavan
  • Le certificat de libération de M. Canavan daté du 29 novembre 1945.

    Alan Canavan
  • Insigne de béret du 7th Reconnaissance Regiment (17th Duke of York's Royal Canadian Hussars).

    Alan Canavan
  • Les médailles de M. Canavan, de gauche à droite: Étoile 1939-1945; Étoile France-Allemagne; Médaille de la défense; Médaille canadienne du volontaire; Médaille de la guerre 1939-1945; Médaille du Jubilée d'argent.

    Alan Canavan
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"Il se trouvait que j’étais en train de fumer une cigarette à ce moment-là. Et on est sortis d’un bond, on s’est glissés dans la tranchée, et il y a une bombe qui est tombée tellement près que je ne voyais plus la lumière. Ça m’a enlevé la cigarette de la bouche. Et j’ai pensé, bon sang, c’est fini la guerre. "

Transcription

Avant le jour J [6 juin 1944], tous les régiments qui devaient participer au jour J ont été envoyés dans le sud de l’Angleterre. Et une de nos fonctions, à ce moment-là, c’était d’apporter les cartes nécessaires à ces autres régiments et aller dans les camps qui étaient complètement bouclés. C’était très facile d’y entrer, mais très difficile d’en sortir parce qu’ils ne voulaient pas que les gens, vous savez, s’en aillent et ne reviennent pas. Alors on nous a autorisés à entrer pour remettre ces cartes. Et tout ça dans le plus grand des secrets, et ils n’avaient pas le droit de les ouvrir jusqu’à ce qu’ils soient à bord de leurs vaisseaux. Et on a remis ce qu’on avait à donner et ensuite on est ressortis et on est retournés au camp.

Et quand le jour J est arrivé, on était stationnés, le régiment était stationné à Chichester [Angleterre]. Et la nuit précédant le jour J, on a entendu de nombreux avions et on se demandait ce qui se passait. Et on a réalisé tout à coup que c’était le commencement du jour J. Et ces, plus tard on a vu ces avions qui remorquaient, qu’est-ce que c’était, des planeurs. Ils remorquaient des planeurs. Et on avait une vue magnifique sur tout ce qui se passait. Et le jour J est arrivé.

Bon, on a passé tout le mois de juin et le début du mois de juillet à Chichester. Et ensuite, nous avons emmené tout le régiment en convoi à Londres, et à Londres, la police municipale nous a escortés jusqu’au port de Tilbury. Et là, on devait monter à bord de notre navire. Bon, le navire qu’on a vu avait la proue complètement enfoncée et on a pensé qu’il n’était pas bon pour prendre la mer. Donc on a repoussé le moment de monter à bord. Ils l’ont remplacé par un autre navire, et on est montés à bord de ce bateau. Il s’appelait le Fort Covington, qui était… Et le truc c’est qu’il avait été fabriqué au Canada, le navire, et tout l’équipement était entièrement canadien. On s’est sentis comme chez nous.

Alors on a commencé par descendre la Tamise. Et ça devait être dans la soirée du 12 juillet ou quelque chose comme ça. Et on est descendu jusqu’à l’embouchure de la Tamise et on a contourné Douvres et à ce moment-là il faisait nuit. Et on a traversé la Manche. Et dans la matinée, on avait atteint les côtes françaises, quelque part du côté de Courseulles-sur-Mer.

Et ils nous ont fait passer de notre navire à des bâtiments de débarquement. Et ils étaient tellement loin du rivage qu’il a fallu aller jusqu’à la plage en barbotant dans une soixantaine de centimètres d’eau. Et je me rappelle qu’en sortant de l’eau un gars du Génie anglais, quelqu’un du Génie royal, a dit : « Tu sais, si vous étiez arrivés deux semaines plus tard, vous auriez débarqué à pied sec. » Donc on avait deux semaines d’avance de son point de vue.

En tout cas, on a débarqué et on a enlevé l’étanchéité sur nos véhicules et ensuite on est partis pour Caen. Quand on est arrivés à Caen, on a rejoint notre position. C’était une vieille maison de caractère. Elle avait l’air d’être sur une petite butte. Et sur le terrain, on a remarqué qu’il y avait de nombreuses tranchées étroites et peu profondes, seulement une soixantaine de centimètres de profondeur. Et on s’est demandé pourquoi elles étaient toutes creusées de cette manière. Et pendant qu’on se posait la question, les Allemands savaient sûrement qu’on était arrivés parce qu’ils ont envoyé un barrage de mortiers et on a compris à quoi servaient ces petites tranchées. Et au fur et à mesure que le temps passait, on a compris qu’il nous fallait des tranchées beaucoup plus profondes que ces toutes petites-là.

Et alors on a cherché les plus profondes qu’on pouvait trouver. Et ce qui était intéressant, on est descendu dans une tranchée qui faisait environ 1,80 mètre de profondeur et les moustiques étaient vraiment mauvais et ils faisaient le même bruit qu’un avion, alors il fallait faire très attention.

Bon, j’ai servi dans la section renseignements du régiment [7e Régiment de reconnaissance (17th Duke of York’s Royal Canadian Hussars), l’unité de reconnaissance de la 3e Division d’infanterie canadienne], et la section des renseignements c’était un tout petit groupe. Elle comptait un officier, un sergent, et six soldats. On, je crois qu’on n’a jamais réussi à avoir les six soldats en même temps, car il y en avait toujours un qui était soit malade ou ailleurs, ou quelque chose comme ça. Et notre travail consistait à – on travaillait séparément et l’un de nous – si je m’occupais de l’escadron C, il y en avait deux autres pour les escadrons A et B. Et notre principal rôle c’était d’aller dans ces escadrons pour récupérer un compte-rendu de situation et le rapporter à l’unité et le reporter sur une très grande carte au mur.

Et dans les opérations du jour, une des choses qu’on devait faire c’était d’aller au quartier général divisionnaire et de récupérer un compte-rendu de situation là-bas et de le rapporter comme ça tous nos officiers savaient ce qui se passait dans la région tout entière.

Et on faisait ça. Nous, on était soit de simples soldats ou des soldats de première classe. Et le truc c’est que toutes les autres unités envoyaient des gens pour les comptes-rendus de situation et les autres étaient tous des lieutenants, des caporaux ou des majors, alors que nous on était de simples soldats. Vous savez, c’était très inhabituel, et pourtant on était très bien acceptés, au même titre que n’importe qui d’autre, et on faisait notre boulot. Ce n’était pas vraiment le travail qu’on aurait dû faire. Ça aurait dû être le boulot des officiers.

Mais ce qui se passait c’est qu’on faisait une compilation de ces comptes-rendus de situation qu’on rapportait, et ensuite l’un d’entre nous rapportait tout ça dans le journal de guerre. Et j’en conviens, notre journal de guerre était vraiment très aride, un truc ennuyeux à lire parce qu’on nous avait mis en garde et il ne fallait pas révéler où on se trouvait, ni ce qu’on faisait réellement. Il y avait très peu de choses qu’on avait le droit de mentionner. Et seulement après la guerre on a découvert que dans d’autres unités, les gens des renseignements avaient écrit une histoire à propos de tout cela qui était agréable à lire, mais la nôtre était vraiment pauvre.

Bon sang, il y avait du danger, évidemment, et je pense qu’il m’est arrivé deux fois d’avoir vraiment peur, et l’une d’elles c’est le jour où on a été bombardés par la Royal Air Force. Ils avaient nommé ce raid : raid post appui aérien, et ça devait durer deux heures. Et on avait pris position à l’extérieur d’un petit endroit qui s’appelait […] qui était connu à cause d’une carrière importante. Et au-dessus de la carrière, la 1re Division blindée polonaise avait des troupes, et on était stationnés dans un champ voisin, au sud du leur. On avait un poste de commandement régimentaire technique installé là. Et j’étais dans un véhicule semi-chenillé avec un opérateur radio et mon travail consistait à… j’avais une grande carte avec les plans pour les bombardements dessinés sur cette carte.

Donc, à deux heures, le raid a commencé. On a entendu les bombardiers arriver. Et quelques minutes plus tard, on a entendu les bombes exploser, mais elles étaient loin derrière nous.

Et ces bombes sont en train de tomber en plein à l’intérieur de nos lignes. Et comme les bombardements se rapprochaient, on a réalisé qu’on se trouvait dans une position très dangereuse. Alors j’ai dit à l’opérateur radio, je lui ai demandé s’il avait un câble d’appoint qu’il pouvait mettre sur sa radio pour qu’on puisse tous les deux sortir de là et se réfugier dans une tranchée. Il se trouvait que j’étais en train de fumer une cigarette à ce moment-là. Et on est sortis d’un bond, on s’est glissés dans la tranchée, et il y a une bombe qui est tombée tellement près que je ne voyais plus la lumière. Ça m’a enlevé la cigarette de la bouche. Et j’ai pensé, bon sang, c’est fini la guerre. Cependant, on a survécu, mais notre véhicule avait reçu un éclat d’obus dans le moteur et tout le glycol est sorti par ce trou. Notre filet de camouflage avait pris feu. Alors on a éteint le feu et ils nous ont donné l’ordre de nous retirer. Alors on s’est tous regroupés, c’était un petit groupe, et on est parti sur la route, et on a fait l’appel et on avait un homme de trop et il s’est avéré qu’il appartenait à l’artillerie. Et il était endormi quand le raid avait commencé et il s’est réveillé et il nous a vus courir jusqu’à nos véhicules, alors il a couru lui aussi jusqu’à un de nos véhicules, et il s’est avéré qu’il faisait partie de l’artillerie. Et on l’a ramené dans son unité et on a continué à partir de là.

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