Témoignages d'anciens combattants:
James Stickles

Forces aériennes

  • James Stickles, le troisième à gauche et ses amis fêtant Noël en décembre 1944.

    James Stickles
  • Ecusson de la 39e escadre de reconnaissance. James Stickles était un électricien de l'air avec la 6e escadre de reconnaissance photographique.

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  • James Stickles et "Yvonne" un exemple de peinture sur un nez d'avion.

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  • Photo aérienne de Eindhoven aux Pays-Bas, le 7 octobre 1944. On y constate de nombreux impacts d'obus. L'unité de James Stickles était basée prêt de Eindhoven entre fin 1944 et début 1945.

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  • Photo aérienne d'une ville allemande inconnue, prise par l'unité de James Stickles, l'escadre de reconnaissance photographique no 6, le 15 juin 1945.

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  • Brassard de la Jeunesse hitlérienne.

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  • Photo d'un Messerschmitt Bf-109 allemand.

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  • James Stickles (tout à gauche) et ses amis.

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  • James Stickles à Waterloo en Ontario en août 2012 portant ses médailles de guerre. De gauche à droite: Etoile de 1939-1945, Etoile France-Allemagne, Médaille de la défense, Médaille canadienne du volontaire. Médaille de la guerre de 1939-1945, Décoration des forces canadiennes.

    Historica Canada
  • Une tour d'observation au camp de concentration de Bergen-Belsen au printemps 1945.

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  • Un corps emmené d'un camion vers une fausse commune du camp de concentration de Bergen-Belsen au printemps 1945.

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  • Transport d'un corps vers une fausse commune (à droite) au camp de Bergen-Belsen au printemps 1945.

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  • Une des nombreuses fausses communes du camp de concentration de Bergen-Belsen au printemps 1945.

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  • Une des nombreuses fausses communes du camp de concentration de Bergen-Belsen au printemps 1945.

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  • Gros plan d'une fausse commune du camp de concentration de Bergen-Belsen au printemps 1945.

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  • Gros plan d'une fausse commune du camp de concentration de Bergen-Belsen au printemps 1945.

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  • Le corps d'une femme dans une fausse commune de Bergen-Belsen au printemps 1945.

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Écoutez ce témoignage

"Plus tard ils ont confirmé qu’il avait été tué et qu’il avait été descendu au-dessus d’Eindhoven en Hollande. Et par le plus grand des hasards, j’étais stationné là-bas."

Transcription

[Veuillez prendre note qu’il y a certaines photos de cet ancien combattant dont le contenu pourrait être de nature à choquer les plus jeunes.]

Je me suis engagé juste après avoir eu 18 ans. Et je suis allé à Montréal pour m’engager dans la marine et avec un autre gars on a découvert que la marine ne recrutait pas à ce moment-là. Et juste un peu plus loin, à Montréal, l’armée de l’air recrutait. J’ai alors pensé qu’on pourrait y faire un saut et voir s’il était possible de devenir pilote un jour. Et je n’avais pas encore tout à fait l’âge, alors ils m’ont suggéré de revenir à mes 18 ans, que là ils m’enrôleraient, et c’est ce que j’ai fait. Alors j’y suis retourné et je me suis engagé et on m’a envoyé à Toronto à la réserve de personnel où j’ai passé plusieurs mois dans la bergerie.* J’ai suivi la formation de base là-bas et après cette formation de base, on m’a envoyé sur un terrain d’aviation pour attendre mon affectation dans une école professionnelle. Et je suis parti à St Thomas en Ontario pour suivre une formation d’électricien d’aéronef.

Je travaillais sur les Spitfire [Supermarine] à part quand j’ai débarqué en France. J’ai débarqué avec une unité britannique et ils pilotaient des [Hawker] Typhoon et ça bouillonnait pas mal parce qu’on était tellement près. On était à une vingtaine de kilomètres de Caen** et ils [les Allemands] ont continué à nous tirer dessus comme si on était responsables de ce conflit. Ils nous bombardaient avec des explosifs déflagrants et à ce moment-là les grands navires de guerre continuaient à bombarder Caen et on entendait les obus passer, leur grondement, mais les Typhoon allaient là-bas dans la matinée, les armuriers les remplissaient de cordite et mettaient la bombe au bout de… cette bombe ressemblait à une torpille. Et ils volaient toute la journée. Ils faisaient la navette. Ils s’en prenaient particulièrement aux trains et aux camions et tout ce qui était sur les routes plutôt qu’à l’armée elle-même. Et ils faisaient du bon boulot. Mais le pire c’est qu’ils volaient toute la journée et ils mettaient les Allemands en condition, et ils rentraient en Angleterre pour la nuit et les Allemands nous bombardaient toute la nuit, ils nous mettaient sur le dos tous les problèmes qu’ils rencontraient dans la journée.

Et mon boulot quand je travaillais avec le 7e MFPS*** c’était de travailler avec le – pour les fourgonnettes qui contenaient le matériel pour le développement des photos et on nous appelait les « yeux de l’armée ». Notre appareil décollait chaque jour pour photographier tout ce qui se produisait et ce qui se profilait à l’horizon et ensuite elles étaient développées et renvoyées à l’armée.

J’ai passé l’hiver 1945 à Eindhoven en Hollande, pendant ce qu’ils appelaient la Bataille des Ardennes.+ Notre terrain d’aviation était coincé là-bas. On ne pouvait pas se procurer de munitions. On ne pouvait rien faire passer par… les Allemands nous avaient bloqués là et on a passé tout l’hiver à court de vivres et en espérant que la bataille des Ardennes allait se terminer très bientôt. Mais par le jeu du hasard, un de mes amis – en fait, il s’agissait de mon chef de troupe du temps où j’étais scout – s’était engagé dans l’armée de l’air et il s’est avéré qu’il était – il faisait partie des équipages et il appartenait aux  Pathfinders.++ Ils arrivaient à destination avant les bombardiers et larguaient des paillettes d’aluminium pour fausser les radars des Allemands. Et on recevait régulièrement une lettre de chez nous, de l’usine de pâtes et papiers de la ville où j’habitais et dans une de ces lettres j’ai appris que Floyd Luxford, qui était le gars qui était en vol quand les canons antiaériens ont frappé son appareil, avait été tué. Et environ six mois plus tard, ils ont retrouvé – en fait au début ils disaient qu’il avait été porté disparu au combat et plus tard ils ont confirmé qu’il avait été tué et qu’il avait été descendu au-dessus d’Eindhoven en Hollande. Et par le plus grand des hasards, j’étais stationné là-bas. Et j’ai vu un monsieur âgé alors je lui ai demandé s’il y avait eu un avion qui avait été descendu au-dessus d’Eindhoven. Il a répondu : « Oui, juste un. » Et il a demandé : « Pourquoi? » Et je lui ai expliqué et il m’a emmené sur les lieux et l’endroit était – bon, ça s’était passé un an auparavant ou un petit peu moins peut-être. Cet endroit était encore tout carbonisé, pas d’herbe ni quoi que ce soit d’autre avait poussé là et il m’a montré où l’équipage de l’appareil avait été enterré. Et il m’a emmené et m’a montré et il y avait bien cet ami à moi et ils avaient fait une tombe pour lui et son équipage. Et les Hollandais entretenaient la tombe, des fleurs et tout. J’ai fait une photo et je l’ai envoyé à sa mère.

Je crois que tous les jours sans exception, à part en cas d’intempéries, il y avait un avion de reconnaissance allemand qui venait, il volait en rase-motte et prenait des photos de tout ce qu’il y avait dans les alentours et on préparait simplement les bombardiers, mais il volait tellement vite et tellement bas qu’ils ne l’ont jamais vraiment dérangé. Ils le laissaient partir.

On était tous très proches et chaque Noël on faisait une grande fête. Tous les parents envoyaient des gâteaux et des chocolats ou quelque chose d’autre et on mettait tout en commun, et on organisait une grande fête de Noël tous ensemble et on avait du bon temps.

Le camp de concentration de [Bergsen-]Belsen^ à ma connaissance c’était peu connu des – c’était dans la section britannique – elle n’était pas très connue. Il semblerait que les Britanniques soient tombés dessus par hasard et il y avait des milliers de gens là-dedans. Et notre aérodrome n’était qu’à une dizaine de kilomètres de là à peu près, alors on nous a conviés – on nous a simplement fait monter dans des camions et on s’est rendus là-bas pour voir les gens et parmi eux il y avait des jeunes filles de 15, 16, 17 ans, mais quand on regardait dans l’enceinte, il y avait toujours quelqu’un en train de tomber. Et on ne savait jamais si la personne allait réussir à se relever ou non. Et ils ont commencé à creuser des tranchées et ils ont capturé quelques soldats SS^^  là-bas et ils se sont servis d’eux pour transporter les morts, ce n’étaient plus que de simples squelettes à ce moment-là. C’est le typhus qui était responsable de la mort de tant de personnes à Belsen. Et ils les chargeaient sur des camions, les jetant comme des billes de bois et les emmenaient dans des fosses à ciel ouvert, les jetaient dedans et mettaient une couche de sable par dessus, une couche de terre, de la chaux, et ensuite une autre couche de cadavres, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’ils en aient au moins 5000 dans chaque fosse. La première fois que j’y suis allé, il n’y avait qu’une seule butte. La deuxième fois, j’étais là-bas deux ou trois semaines plus tard, il y avait cinq buttes et ils continuaient à entasser des gens là-dedans.

*Les dortoirs de la réserve de personnel se trouvaient dans les enclos pour les animaux à Exhibition Place, le parc des expositions de Toronto

**Une ville à une quinzaine de kilomètres des plages du débarquement, les Alliés avaient l’intention de capturer cette ville le 6 juin 1944, mais elle a finalement été libérée au début du mois d’août

***Mobile Field Photographic Section

+Du 16 décembre 1944 au 25 janvier 1945, offensive très importante des Allemands dans la région des Ardennes en Belgique

++Le n° 8 (Pathfinder Force) Group, escadron de la Royal Air Force qui marquait les objectifs avant les bombardements

^Libéré le 15 avril 1945

^^Organisation paramilitaire allemande, responsable d’un grand nombre des crimes de guerre nazis

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