Témoignages d'anciens combattants:
Ronald Whyte

Marine

  • Le canon de 4 pouces à l’avant du NCSM Iroquois tirant sur un train de ravitaillement circulant le long de la côte coréenne.

    Ronald Whyte
  • L’équipage du NCSM Iroquois inspectant des navires côtiers, pour empêcher l’ennemi de se ravitailler par voie navale.

    Ronald Whyte
  • Arrivée d’une rafale tirée par une batterie côtière communiste sur le NCSM Iroquois, à bâbord, lors du combat du 2 octobre 1952 au cours duquel un officier et deux hommes étaient tués par un tir ennemi tombé directement sur la plage du canon « B ». Les canons ennemis ouvrirent le feu juste après que le destroyer ait terminé de bombarder une ligne de chemin de fer et ont pratiquement éliminé le navire dès la première salve. Les explosions sur la ligne côtière proviennent des obus tirés par l’Iroquois en réponse à cette action.

    Photographie de la Défense nationale (IR-164)
  • Une foule de gens qui attendent l’arrivée du NCSM Iroquois à Halifax à son retour de Corée en 1953.

    Ronald Whyte
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"Qu’on ne s’est même pas aperçus tout de suite qu’on avait été touchés parce que c’était tellement loin à l’avant. Et la première chose qu’on a vue, évidemment, on était à l’arrière juste à côté de l’infirmerie et on a commencé à voir des blessés entrer et sortir."

Transcription

Bon, l’essentiel de ce que faisaient les destroyers canadiens là-bas c’était d’appuyer de nombreuses actions identiques qui se passaient à terre. La destruction des trains en est un exemple. Naviguer le long de la côte en essayant de repérer les trains de marchandises qui apportaient le ravitaillement des armées communistes et les bombarder depuis le large était l’un de nos principaux objectifs. Couvrir les débarquements de troupes qui arrivaient par mer, et il y en a eu beaucoup, on les couvrait en bombardant depuis les navires en mer. Et les navires étaient organisés en escadrons, comme on faisait partie des Nations Unies, il y avait les navires canadiens, les navires américains, les navires australiens et néo-zélandais.

Tout le monde avait un poste de combat. Et mon poste à moi se trouvait à l’arrière et ça consistait à alimenter en munitions le canon bitube de 3,5 pouces qui était placé à l’arrière.

Bon, il s’agissait simplement d’un modèle plus récent. Les canons placés à l’avant étaient des canons de 4 pouces et c’étaient des canons normaux qui étaient sur le navire depuis qu’ils avaient servi pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ce canon bitube de 3,5 pouces était un modèle américain équipé avec vision radar et son concept de base, en même temps que le bombardement du rivage, c’était de pister les avions à réaction qui tentaient d’attaquer le navire.

On a utilisé ce canon de nombreuses fois, mais seulement pour les bombardements, on n’a jamais été attaqués par des avions.

On avait avancé plus près de la côte. En général, on se trouvait à quatre milles de la côte. Mais on s’était un peu rapprochés pour appuyer les troupes américaines et ce qu’ils [les batteries côtières ennemies] ont fait c’était un « tir d’échelle ». Ils ont largué un obus sur un côté du navire, un obus sur l’autre côté du navire et ensuite un en plein milieu.

Bon, pour être tout à fait honnête avec vous, on était tellement affairés à faire passer les munitions dans l’affût du canon de 3,5 pouces où je me trouvais, qu’on ne s’est même pas aperçus tout de suite qu’on avait été touchés parce que c’était tellement loin à l’avant. Et la première chose qu’on a vue, évidemment, on était à l’arrière juste à côté de l’infirmerie et on a commencé à voir des blessés entrer et sortir.

Alors à partir de là, on a compris que les choses étaient en train de devenir plus sérieuses que prévu. Avant cela il s’agissait strictement, vous savez, on naviguait le long de la côte, et on tirait avec les canons et c’était tout. Mais quand il vous est arrivé d’être en pleine action, après ça, ça vous renvoyait à un paquet de souvenirs étranges. On avait un médecin à bord. On avait une infirmerie et, bien sûr, elle était petite et n’avait que peu d’équipements. Alors ce qu’on faisait, on rafistolait les gens tant bien que mal. Et après, on prenait contact avec d’autres navires américains plus grands et qui avaient une infirmerie mieux adaptée et on transférait nos blessés sur leurs navires.

Ensuite, ils les emmenaient dans les hôpitaux à terre. C’était dur, mais ce qui comptait c’était d’essayer de garder le moral. Vous faisiez ce que vous aviez à faire sans vous attarder sur le mauvais côté des choses. Un grand nombre de gars étaient, il y avait des gars qui étaient criblés de petits éclats d’obus, et ils pensaient que ce n’était pas si terrible parce qu’ils avaient le droit de prendre des bains chauds dans la section des officiers pour pouvoir retirer les éclats.

Alors de ce point de vue là, vous preniez tous ces trucs plutôt graves à la plaisanterie et toutes sortes d’autres idées pour vous débarrasser du côté négatif. Mais la nuit a été longue, celle que nous avons passée au chevet de l’un de nos blessés avant qu’il meure.

Une fois qu’on a réussi à être hors de portée des canons de la batterie côtière qui nous tirait dessus, on a repris la route de Sasebo, qui était notre port d’attache au Japon, on a rejoint un navire de ravitaillement américain et on a transféré nos morts et nos blessés à son bord. Et on est rentrés au port où on a fait le plein de carburant et de munitions et on a fait demi-tour et on est retournés exactement là où on s’était fait bombarder et on a tiré tous les obus qu’on avait à bord sur ce coin-là. Inutile de dire qu’on n’a plus jamais entendu parler de canons dans ce coin.

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