Témoignages d'anciens combattants:
Thomas Wood McLain

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"J’ai dû aller en patrouille le jour de mon anniversaire, et nous avons été pris sous un feu nourri. Nous avions toujours peur d’être pris en embuscade. "

Transcription

Je me suis enrôlé dans la première école militaire que j’ai croisée, et ça s’est avéré être une école de pharmacie. Ils m’ont envoyé à Fort Sam, à Houston au Texas, et, après trois mois, j’étais pharmacien. J’ai été réaffecté à l’Hôpital général Oliver [à Augusta, en Géorgie], et j’y ai passé deux ans en tant que pharmacien. J’ai complété mon service et j’ai été démobilisé le 25 août 1950. Et, bien sûr, c’est ce même jour qu’a éclaté la Guerre de Corée [le 25 juin 1950]. Ce que j’avais oublié en m’engageant dans l’armée était que j’acceptais également d’être un réserviste inactif pour une durée de cinq ans. En raison de la Guerre de Corée, ils m’ont rappelé en septembre 1950. J’étais revenu dans l’armée en tant que SPC [Soldat de première classe]. J’ai reçu l’ordre de prendre un train de transport de troupes du Camp Breckinridge, au Kentucky, jusqu’à Seattle, dans l’état de Washington, où j’ai rejoint un ami que j’avais connu lors de mon premier passage dans l’armée. Depuis ce jour, nous avons été inséparables. Il était technicien de laboratoire et j’étais un pharmacien, et nous avons été assignés dans la [USNS Private] Joseph [P.] Martinez* en route vers la Corée. À ce moment, nous étions tous deux dans le corps médical.

Lors du trajet, ils ont fait embarquer nous autres Américains, nous étions 500, à bord du navire seulement une journée avant de faire embarquer l’Infanterie légère de la Princesse Patricia**. Lorsqu’ils ont fait embarquer le groupe de Canadiens, ils nous ont laissés, nous autres Américains, sortir de la soute du navire, et nous pouvions regarder en bas et voir les Canadiens parader vers le navire, évidemment accompagnés de cornemuses qui jouaient, avec l’orchestre et les caméras de télévision, et aussi les parents et les petites amies des soldats. C’était excitant, mais tout ce que nous pouvions faire était de regarder. Nous sommes embarqués dans le navire à Seattle et au moment où nous sommes arrivés au port, ils avaient fini de jouer une chanson intitulée « “(I’d Like To Get You On A) Slow Boat to China »***. Puis, nous avons atteint la haute mer, une tempête s’est levée et tout le monde est devenu malade immédiatement.

La chose qui m’a marqué lors de ce voyage est que, de ce dont je me souviens, ç’a pris 18 jours, mais deux immenses tempêtes nous ont frappés. La première est arrivée juste après notre sortie de Seattle, et le navire a commencé à tanguer d’un côté à l’autre de manière très prononcée. En étant debout sur le pont, on pouvait voir l’eau en regardant en haut, et quand le navire tanguait de l’autre côté, on pouvait voir l’eau en regardant en bas. Avec tout le monde qui était malade, évidemment, il y avait eu une petite course vers les toilettes, et beaucoup de gars ne s’y sont pas rendus, et vomissaient sur place. Il y a donc eu tout un désordre, et c’était difficile de simplement marcher à bord du bateau.

Éventuellement, en raison de pertes d’hommes, Louis et moi avons été promus assistants artilleurs sur le mortier [M2] de 60mm**** dans des équipes différentes. Ce mortier, comme vous le savez probablement, est le plus petit que nous transportions. Nous avons ensuite encore perdu des hommes, et puis nous avons été… Louis et moi sommes devenus des artilleurs, et nous avons suivi un entraînement directement en travaillant. Plus tard, Louis a été promu sergent de section, et moi aussi. C’était un sergent avec deux bandes. Non, désolé, un sergent avec une seule bande. Deux, ce serait le sergent d’État-Major. J’ai été ensuite promu une nouvelle fois, et je suis devenu sergent première classe. C’était à la fin des combats. Ça devait être en octobre 1951. Pendant ce temps, nous avons participé à des batailles dans le cadre de, voyons voir, ils l’appelaient l’Opération Killer^. Puis, c’était Bolldy Ridge^^. Il y a eu Heartbreak Ridge^^^, et puis je suis revenu à la maison juste après Heartbreak Ridge. Louis a fait la même chose, mais sur un navire différent. Nous étions sur la ligne de front du 17 février au 28 octobre. Enfin, j’ai quitté la compagnie. Louis était parti lui aussi. Louis venait de Boston, au Massachusetts, et ma maison se trouvait à Roxana, en Illinois. Après la guerre, nous avons continué à nous visiter l’un l’autre plusieurs fois, jusqu’à ce que le temps fasse que nous ne nous voyions plus. Louis, bien sûr, est mort depuis.

Je pense que la météo avait beaucoup à voir avec la façon dont nous vivions. Lorsque nous étions sur la ligne de front, nous étions souvent arrêtés, et nous tenions simplement la ligne, et nous vivions dans des trous de tirailleurs ou dans des abris, ou sous des petites tentes. Nous allions très souvent en patrouille, si la ligne de front ne bougeait pas vers l’avant ou vers l’arrière. Je me souviens très bien de ces patrouilles, car c’était lors de l’une d’elles que je me suis perdu, et j’ai fini par me retrouver tout seul de l’autre côté de la ligne de front. J’ai passé plusieurs heures sur le front, complètement perdu, à ne pas savoir dans quelle direction aller.

Ce qui est arrivé est que, très tôt un matin, j’ai été choisi avec Louis pour aller en patrouille avec12 ou 15 hommes. Il pleuvait, il faisait froid et c’était nuageux. On ne pouvait pas voir le soleil. C’était simplement une journée misérable et, quand nous sommes partis, très tôt ce matin-là, nous ne faisions que suivre les pas l’un de l’autre et nous n’avions aucune idée d’où nous allions.  Après une heure et demie ou deux de cette patrouille, nous avons appelé une pause, et je me suis accoté sur un arbre et me suis endormi. Quand je me suis réveillé, la patrouille était partie. J’ai couru en haut et en bas de la crête en beuglant : « Hé ! Les gars ! Hé ! Les gars ! » Personne ne m’a répondu. Je n’avais aucune idée de quelle position nous avions débuté la patrouille et dans quelle direction était partie la patrouille. J’ai simplement erré sur les collines pendant un long moment, mais je me suis souvenu que, la journée d’avant, lorsque nous avons changé de position, nous avions traversé une rivière. Eh bien, il y avait un ruisseau qui descendait la crête, et j’ai décidé de le suivre, et il y avait un très petit village, oh, d’environ cinq maisons, qui se trouvait en bas de la crête.  J’ai pensé que ce pouvait être là où la patrouille devait aller et faire de la reconnaissance. Mais ce n’était pas là. Je suis revenue en passant par ce petit village. Il n’y avait personne. J’ai suivi le petit ruisseau et il se déversait dans la rivière et, finalement, j’ai reconnu l’endroit où nous avions traversé, la journée précédente. J’ai donc pataugé de l’autre côté.

La journée d’avant, lorsque nous avions traversé la rivière, nous avions été rencontrés par des Sud-Coréens qui nous ont menés à travers un champ de mines, leur champ de mines, puis nous avons gravi la colline et pris congé des Sud-Coréens. C’était la veille. Mais je n’avais plus de Sud-Coréens pour me guider, et je savais qu’il y avait un champ de mines en avant de moi. J’ai donc commencé à courir à travers le champ de mines et, évidemment, je l’ai traversé. J’ai rejoint le commandant de ma compagnie et je lui ai dit ce qui s’était passé. Il a simplement ri, et quelques heures plus tard, la patrouille est revenue. J’ai sauté sur mon ami Louis et j’ai dit « Louis, avez-vous seulement remarqué que je n’étais pas là, au moins ? » Ils ne l’avaient pas remarqué. J’étais complètement perdu, tout seul, et personne ne le savait, sauf moi. C’est donc une patrouille dont je me souviens très bien.

J’ai dû aller en patrouille le jour de mon anniversaire, et nous avons été pris sous un feu nourri. Nous avions toujours peur d’être pris en embuscade. Habituellement, les patrouilles partaient pour découvrir où nous étions et, une fois de temps en temps, nous et les ennemis nous rencontrions. Mais à part la patrouille et ce genre de vie sur la ligne de front, nous devions à tour de rôle aller en patrouille. Si nous n’étions pas en patrouille, nous étions probablement assis dans un trou de tirailleur à nous conter des histoires à tour de rôle, parlant du genre de voiture nous allions acheter quand nous allions rentrer à la maison. En fait, un des gars avait écrit à ses parents et leur avait demandé de lui envoyer une photo d’une Ford Victoria 1950, parce qu’il allait acheter cette voiture quand il rentrerait à la maison. Malheureusement, il a été tué plus tard, lors de la Bataille de Bloody Ridge. Il n’a jamais eu sa voiture, mais j’ai eu la mienne.

Nous avons passé beaucoup de temps dans ce qu’ils appelaient des réserves. Nous étions renvoyés de la ligne de front, et on pouvait avoir des repas chauds, prendre une douche, et ils envoyaient d’autres hommes. Parfois, ils nous faisaient même marcher en formation. Parfois, nous devions faire un entraînement de nuit et, très souvent, ils nous disaient que nous serions loin de la ligne de front pendant deux semaines, mais ils nous rappelaient le lendemain et nous envoyaient sur la ligne de front. On ne pouvait jamais le savoir d’avance. Nous étions sur la ligne de front, puis retirés, dans les réserves, puis renvoyés, pendant tout le temps que j’étais là-bas. Les mois d’hivers étaient brutaux. Les mois d’été étaient plus longs, mais ils pouvaient être aussi être misérables. Je ne me souviens pas d’avoir été dérangé par les moustiques ou les mouches, ou par des animaux sauvages ou des serpents, mais c’est sûrement arrivé – mais c’était un problème mineur.

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