Témoignages d'anciens combattants:
Daniel Kendrick

Marine

  • Neil Goodwill et Daniel Kendrick à Sasebo au Japon en 1953.

    Daniel Kendrick
  • Le NCSM Huron en chemin vers Sasebo au Japon pour des réparations après s'être échoué sur l'île coréenne de Yang-do le 13 juillet 1953.

    Daniel Kendrick
  • Le NCSM Huron dans un rasoub pendant sa réparation à Sasebo au Japon après qu'il ait heurté Yang-do, une île coréenne, le 13 juillet 1953.

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  • Page du journal de bord de la salle d'accessoire du NCSM Huron. Sur le haut de la page droite il est écrit « Mercredi 8 juillet, en mer, deuxième patrouille. Nous allons faire exploser un train ce soir », le dessin illustre un « train de coco » [communistes] en touché par le Huron.

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  • Sur la gauche, une entrée du 13 juillet 1953, le jour où le NCSM Huron a heurté l'île. Au milieu de la page il est écrit « impact @ 0035. Bateau hors des rochers @ environ 0440 et avancement vers l'autre côté de l'île pour accoster ».

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  • Page du journal de bord du NSCM Huron (du 29 aveil 1953 à une date inconnue). La dernière entrée sur la page de gauche est « Heurt @ 00:38 moteur principal arrêté @ 00:39 le bateau se dégage de lui-même ». La page de droite décrit le voyage ralenti vers Sasebo au Japon pour les réparations. Il y est arrivé le 18 juillet 1953.

    Daniel Kendrick
  • Daniel Kendrick à Ottawa, Ontario, août 2012.

    Historica Canada
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"Et je me revois descendre là-dedans et regarder et tout ce que j’ai vu c’était de gros rochers noirs et de l’eau noire et un trou géant."

Transcription

J’étais le timonier du commodore aux chantiers navals, le commodore, la partie ingénierie, le Commodore Porteous. Et j’ai pensé que je n’étais pas fait pour travailler dans la maison de quelqu’un, j’étais fait pour la pleine mer alors j’ai demandé à ce qu’on me change. Alors ils m’ont envoyé sur le [NCSM] Huron. Et on se rendait en Corée, et on est allés en Corée et on a quitté Halifax [Nouvelle-Écosse] et ma femme était à nouveau enceinte, elle attendait notre deuxième enfant – et j’ai, juste un de ces trucs. Mais on est passés par le canal, le canal de Panama et on a remonté la côte et ensuite on a fait la traversée jusqu’à Hawaï.

Et on a commencé nos tours en Corée et on allait, on a commencé sur la côte ouest en premier en faisant des patrouilles de porte-avions. Et on surveillait deux choses avec les porte-avions; on veillait à ce que personne ne les attaque, et d’autre part si jamais l’un d’eux avait un accident, on s’occupait de récupérer les survivants ou autre, le cas échéant. Et ensuite, on retournait passer quelques jours à Sasebo [Japon], pas très longtemps, on faisait le plein de carburant et de nourriture et tout le reste. Et ensuite, on partait sur la côte est, et là-bas on sabotait les trains pour appuyer l’armée de terre. De nuit et dans le noir, et ils éteignaient tout à bord du navire et il avançait doucement en glissant le long de la côte coréenne et ils, le personnel, une grande partie du personnel, se tenait là-haut sur le pont et ils écoutaient pour voir s’ils entendaient un train ou un sifflet ou quoi que ce soit, et au cas où, et ça arrivait, ils tiraient une fusée éclairante dessus. La première fois que j’ai vu une fusée éclairante s’allumer, oh, bon sang, ça illumine tout autour, elle descend avec un parachute, elle descend en flottant dans les airs, mais ça illumine tout et dès qu’ils voient le train, ils commencent à tirer dessus en essayant de l’atteindre avant qu’il reparte dans un autre tunnel.

Et les trains transportaient des munitions et des véhicules et tout ce dont les Nord-coréens avaient besoin pour revenir se battre avec nos gars. Alors on voulait essayer pour la nourriture et les rations et autres. Et tout ce qu’on voulait c’était de les arrêter à tout prix. Et la lumière s’éteignait avant qu’on sache si on l’avait eu ou pas, ouais.

Et puis, la seule fois où on a remonté un des fleuves, je ne sais pas si c’était le Yang-Tsê, une des rivières de la Corée du Nord, pour appuyer l’armée de terre, l’armée américaine et l’armée canadienne, et on venait juste d’arriver là-haut quand le brouillard est tombé et on ne voyait plus où on allait, et bien sûr, le radar était assez nul à l’époque, on a essayé de quitter la rivière avant que quelqu’un commence à nous dynamiter. Et on y est arrivé et on s’en est sortis.

La nuit de mars [13 juillet 1953] quand on s’est échoués, on était en train de faire sauter les trains et puis on est partis et ensuite on nous a demandé de revenir et d’assurer la protection, l’île de Yang-Do, et beaucoup d’entre nous étaient assoupis, mais il y avait des gens qui faisaient leur quart. Mais j’ai entendu toutes sortes d’histoires au sujet de ce qui s’est passé. Et le capitaine avait, et d’après ce qu’on a entendu, il avait fini par dire, bon, il croyait que ce serait plutôt facile à partir de là, car on devait juste aller patrouiller autour de cette île. Et il est parti se coucher. Et le jeune officier a pris le relai, deux d’entre eux, je le sais parce que je connais l’un des gars et il habite ici à Ottawa [Ontario], c’était sur le radar et que, et ils lui avaient dit qu’on se dirigeait vers le rivage. Et il a ignoré l’avertissement et dit : « Non, vos indications sont erronées. » Et on n’avançait pas à plein régime à cause du brouillard, on avait un peu ralenti l’allure, mais la sentinelle avait vu la terre droit devant, et cette île qui était sous notre protection, on est rentré en plein dedans. Et comme tous les autres, on a commencé à remonter sur le pont supérieur en courant pour voir ce qui se passait. Et l’officier ingénieur m’a trouvé, Capitaine de corvette Minogue m’a rejoint et m’a demandé d’aller voir en bas dans la cale avant à l’emplacement de l’avarie. Et je me revois descendre là-dedans et regarder et tout ce que j’ai vu c’était de gros rochers noirs et de l’eau noire et un trou géant.

Et là bon sang! Quoi qu’il en soit, je suis remonté pour lui dire ce qu’il y avait et qu’il allait falloir qu’on fasse un peu d’étayage pour empêcher les plaques de s’écarter davantage. Et ensuite, je suis allé dans la salle des machines et j’ai jeté un coup d’œil à l’évaporateur parce que je m’y connaissais là-dedans et ils ont pris le gars le plus expérimenté, je suppose, et il fallait, c’est avec ça qu’on faisait l’eau potable. Alors j’ai, il était tout ébranlé par le choc. Et j’étais, dans la salle des machines, j’ai regardé ce qui se passait avec les moteurs, et l’officier ingénieur, l’ingénieur artificier et le quartier-maître chauffeur on était, ils étaient tous là-dedans. Et on a attendu que la marée monte et quand elle nous a soulevés suffisamment haut, on a démarré en arrière toutes pour essayer de nous dégager des rochers et ça ne marchait pas.

Alors ce qu’ils ont fait, ils ont éteint un moteur et mis l’autre en marche pour effectuer une traction de ce côté-ci et ensuite ils ont arrêté et tiré de l’autre côté. Alors on s’est dégagés des rochers petit à petit, par à-coups. Et ensuite, on a pivoté vers le côté de l’île qui était éloigné des batteries côtières. Et on est remontés et on a consolidé les dégâts dans le poste d’équipage et à l’avant.

Et je crois que c’était une des plus étranges sensations en un sens, penser : « Bon sang! Il y a tous ces navires et tous ces avions, là dehors, et un fer à cheval derrière nous et si la batterie côtière avait ouvert le feu, elle les aurait rétamés, les aurait fait sauter juste à la sortie de… »

Alors après avoir consolidé le navire on a essayé de continuer. Mais comme les plaques du gaillard d’avant avaient subi une poussée et que l’eau les poussait toujours et en arrachait toujours davantage, ils ont tout arrêté, on a stoppé et un remorqueur américain a essayé de détruire la coupole [du sonar] qui s’était affaissée, ils ont essayé de la faire sauter avec de la dynamite et ça n’a pas marché, mais à bord on a eu drôlement peur parce que ça nous a bien secoués. Ensuite, ils ont pris un gros câble et l’ont enroulé autour d’elle et accroché l’autre extrémité sur le remorqueur et ils ont tiré violemment dessus pour essayer de l’arracher. Ils ont arraché l’avant et on a eu peur à nouveau, et là ils ont dit : « Ça suffit. » Ils sont partis chercher un bâtiment d’appontage en mer. C’était la première fois que j’en voyais un. C’est un énorme navire dont l’arrière est ouvert et ils l’enfoncent presque entièrement avec, le pont est très haut dessus, mais ils l’enfoncent dans l’eau et puis ils ont essayé de nous faire monter dedans pour voir s’ils pouvaient faire quelques réparations ou ce qu’ils pouvaient faire là. Et à cause du dôme affaissé, on ne pouvait pas aller dedans alors on n’a pas pu faire ça.

Et ensuite, il y avait deux remorqueurs, des remorqueurs américains. L’un d’eux nous a remorqués et on a fait tout le trajet à reculons de la Corée jusqu’à Sasebo au Japon. Et on est arrivés aux portes de Sasebo et le capitaine, c’était un gars bien. On l’aimait vraiment bien. Il était pour les hommes et, on s’est arrêtés et il ne les a pas laissés nous remorquer dans le port. Alors on a fait un demi-tour et on est rentré tout seul dans le port de Sasebo.

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