Témoignages d'anciens combattants:
James Eagle

Armée

  • James Eagle (troisième à gauche de la rangée du haut) pendant ses classes en décembre 1953.

    James Eagle
  • James Eagle dans son uniforme du maintien de la paix vers 1971.

    James Eagle
  • Médaille d'Ambassadeur de la paix de James Eagle. Elle lui a été décernée par le gouvernement de la Corée du Sud.

    James Eagle
  • Certificat accompagnant la médaille d'Ambassadeur de la paix remise à Gordon Harrison.

    James Eagle
  • James Eagle à Ottawa, Ontario, août 2012.

    Historica Canada
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"Tout à coup j’entends un grincement – « Eh ! On bouge. » Alors je me suis monté sur le pont, en me dépêchant. J’ai regardé d’où on venait. Il y avait un petit point noir au loin, c’était Seattle. Et il y a de l’eau tout autour de moi. J’ai dit : « Dans quoi t’es-tu encore fourré ? » "

Transcription

Alors, en tout cas, en février 1954, en pleine nuit, dans les trains, tout droit jusqu’à Seattle [Washington]. Et je suppose qu’au Camp Ipperwash, et Forest et Thedford [Ontario], tout à coup ce camp était vide. Il n’y avait personne, parce qu’on était parti en pleine nuit. Ouais, c’est ce qu’on faisait, on se déplaçait en pleine nuit. Et, en tout cas, finalement quand on est arrivés à Seattle à peu près cinq à sept jours plus tard, peu importe le temps que ça avait pris, on a embarqué sur le bateau et on s’est installés. On était dans des cabines et il n’y avait que des couchettes. Je me suis allongé un moment et j’ai fait une petite sieste. Tout à coup j’entends un grincement – « Eh ! On bouge. » Alors je me suis monté sur le pont, en me dépêchant. J’ai regardé d’où on venait. Il y avait un petit point noir au loin, c’était Seattle. Et il y a de l’eau tout autour de moi. J’ai dit : « Dans quoi t’es-tu encore fourré ? »

L’armée de la République de Corée était juste derrière nous, les régiments sud-coréens, tout près de nous. De fait, on avait un centre de loisirs, ils venaient régulièrement voir nos films, et il y avait un village tout près de nous, et on les aidait à faire des trucs. Je crois que, et j’en suis presque sûr, notre unité a construit une école là-bas. On a construit une école. On faisait des choses avec eux, mais il y avait aussi des gens qui faisaient des descentes parfois – c’était des Sud-Coréens, ou peut-être des Nord-Coréens, comme, et ils déboulaient dans notre secteur, de temps à autres. Je crois que deux personnes ont été capturées, ils étaient du RCR [The Royal Canadian Regiment]. Il y a eu un compte rendu là dessus, et il y avait – comme vous l’avez dit – il y a eu quelques altercations, mais rien de très sérieux. Remarquez la menace était toujours présente. Alors on était toujours sur le qui-vive.

Mais, la vie de tous les jours, là-bas, il fallait toujours être prêts. On s’entrainait beaucoup, beaucoup d’exercices, pour être sûrs. On avait ces – on appelait ça des évacuations d’urgence et quand il y avait une menace, et qu’il fallait qu’on se déplace aussi vite qu’on pouvait jusqu’à nos positions avancées, ce genre de choses. C’était toujours présent. Et, l’autre chose, qui nous est arrivée, c’était la saison des pluies et c’était vraiment long… parce qu’on était dans une vallée, et il y avait la crainte des inondations, ce genre de choses.

On a perdu quelques gars là-bas. Un de mes amis est là-bas. Il s’est fait écrasé par un véhicule. Il a été le premier à être tué par accident. Il s’appelait Norman Ferland* il était de Duck Bay au Manitoba. Et, ce soir-là, juste avant, tout un groupe, il y avait des gens du camp à l’extérieur ce jour-là, ils sont venus près de nos lignes et ils sont venus me demander si j’allais sortir. J’ai répondu : « Non, je reste ici. Je ne vais pas à la cantine. » Alors Norman demande : « Tu as des sous ? » Je réponds : « J’ai deux dollars, » j’ai dit, « je peux t’en donner la moitié. » - c’est à dire un dollar – « Oui, oui, d’accord. » Le lendemain matin, après m’être levé, je regarde autour de moi et à l’entrée de notre camp, l’intersection de notre camp, on pouvait voir une sorte de – quelque chose qui brulait, comme ça et des gens qui s’affairent. On dirait qu’ils font la route, ou autre. Alors j’ai demandé à Dolphus Fleman, qui était à la mitrailleuse, juste – la tente à côté de la nôtre. Je lui ai demandé : « Qu’est-ce qui se passe là-bas ? » J’ai dit « Regarde là-bas. Qu’est-ce qui se passe là-bas ? » Et il répond : « Norman, il s’est fait tuer hier soir. » Je dis : « Il quoi ? » « Il s’est fait tuer. » « Qu’est-ce qui s’est passé ? » « Et bien, » dit-il « quand le camion s’est arrêté et il a sauté du camion et les gens : « C’est bon, tu peux reculer », comme ça – il est tombé et en reculant le camion lui a roulé sur la tête. Et voilà. Alors quand j’y suis allé – j’ai tourné la page. Quand j’y suis allé en 2008 et que j’ai été sur sa tombe [en Corée]. Ça m’a permis de tourner la page.

Et puis quand il a été temps de rentrer au pays – c’était en avril [1955] – c’était bien aussi, bien que, qu’on rentre chez nous, et on est rentrés à bord d’un plus grand navire, le USS General W.A. Mann. Quand on est partis là-bas, on a fait le voyage à bord du [USNS] Marine Lynx, un navire plus petit, c’est pour ça que ça avait pris si longtemps. Je crois que ça n’a pris que, le retour, 10 à 11 jours. À l’aller on avait mis une vingtaine de jour, ou quelque chose comme ça.

* Fusilier Norman Ferland, tué le 31 mars 1954.

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