Témoignages d'anciens combattants:
Frank Wood

Armée

  • Les rubans de médaille de Frank Wood, de gauche à droite: Médaille du service des Nations Unies (Corée), Médaille canadienne de service volontaire pour la Corée, Médaille de Corée.

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  • Insigne de parachutiste de Frank Wood.

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  • Série de photos d’un raid aérien sur la Colline 166.

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  • Frappe aérienne sur la Colline 166.

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  • Frappe aérienne sur la Colline 166.

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  • Frappe aérienne sur la Colline 166.

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  • Frappe aérienne sur la Colline 166.

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  • Brevet d’aptitude militaire de Frank Wood attestant qu’il a les compétences requises pour un poste de sous-officier.

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  • Le recto d’un tract largué par l’ennemi en 1952.

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  • Le verso d’un tract largué par l’ennemi en 1952.

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Écoutez ce témoignage

"Quand ils ont commencé à apparaître, je ne sais pas. C’est impossible à décrire. C’était comme un gigantesque troupeau de bétail ou de poulets, une masse impressionnante de gens. Et la vallée à ce moment-là était recouverte de Chinois."

Transcription

On a atterri à Pusan [Corée] et on est montés dans des camions. Et on nous a amenés à un endroit qui s’appelait le camp Britannia. Et on est descendus des camions et on s’est mis en rangs et le PPCLI [1er bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry], évidemment toutes les unités étaient réparties suivant leur spécialité, par exemple les renforts. Et nous sommes allés au camp Britannia, le PPCLI, et pendant l’appel, ils voulaient être sûrs que tout le monde était là. Et qui est-ce qui faisait l’appel? C’était mon frère.

Au début, je ne l’ai même pas reconnu. Il portait une moustache et son béret lui tombait sur les yeux, plus ou moins, et il a commencé l’appel et il est descendu de A à B, à C, et rien, toujours pas, vous savez, ça n’a pas fait tilt. On était, bon, on nous répétait sans arrêt, vous ne devez pas parler, pas bouger, et ainsi de suite, à l’armée. Et alors, en tout cas j’attendais, et on est arrivé au W et il a appelé Wood, F.D. Et il s’est arrêté et il a levé la tête, et, comme, j’ai répondu et, bon… Alors ensuite ils se sont occupés du cantonnement, et puis on a soupé ensemble avec mon frère. Bon, il a fallu qu’il demande la permission au commandant, évidemment. Il était sergent, au fait. Le commandant lui a donné la permission alors on a pu manger dans le mess des sergents et partager un repas parce que je devais partir pour les lignes de front.

Ce qui était prévu c’est que dès qu’on avait fini de manger, on devait monter dans les camions et aller à, rejoindre les lignes dans nos compagnies respectives, les lignes de front. Alors avec mon frère on a mangé. On a appris que les camions étaient partis alors il a fallu encore aller demander la permission au commandant pour qu’il puisse m’emmener au front avec la jeep de l’officier. Alors on s’est rendus là-bas et il m’a présenté au sergent là-bas, c’était un sergent de compagnie, celui qui allait me prendre sous ses ordres, et il nous a présentés et on a un peu papoté et on s’est dit au revoir et je ne l’ai pas revu jusqu’à notre retour au Canada.

Il y a eu une attaque sur la colline 355 [23 octobre 1952], c’était la colline 355, occupée par le [1er bataillon du] Royal Canadian Regiment, le RCR. Nous, c’était le PPCLI et on était sur ce qu’ils appelaient le Crochet [ligne de crête longue de 3 km qui a fait l’objet de nombreux combats entre les Chinois et les soldats du Commonwealth]. Et le Crochet était composé du Big Norrie et du Small Norrie, l’armée les appelait comme ça. J’étais sur le Big Norrie sur le Crochet et on a affronté les Chinois dans la vallée de la Sami-chon [la vallée d’un affluent sans nom de la rivière Sami-chon qui divisait les forces opposées dans le Crochet].

Bon, c’était le matin de bonne heure et tout ce qu’on entendait c’était le son des clairons et tambours ou je ne sais quoi, ça faisait des bruits de casseroles, de marmites et de lessiveuses. Mais ça faisait un potin du diable dans le, au début on ne voyait rien à cause d’un léger brouillard. Pas très épais, mais assez léger, qui arrivait de loin et allait jusque sur le versant de la vallée de la Sami-chon où se tenaient les Chinois, et mon Dieu, quand ils ont commencé à apparaître, je ne sais pas. C’est impossible à décrire. C’était comme un gigantesque troupeau de bétail ou de poulets, une masse impressionnante de gens. Et la vallée à ce moment-là était recouverte de Chinois. Et ils se dirigeaient vers la colline 355 qu’ils ont fini par envahir par un côté avant de redescendre par-derrière et apparaître à nouveau de l’autre côté. Et puis ils ont disparu.

Et pour nous il n’y a pas eu de, pas un instant de relâche. On s’est battus, on a fait feu, et on a fini pratiquement épuisés. Mais ils ont disparu comme ça, pas tout à fait sur un claquement de doigts, mais ils ont disparu presque aussi vite qu’ils étaient apparus. Vous savez, il y a eu de très lourdes pertes des deux côtés.

Mon bunker a été frappé de plein fouet, bon, un obus de mortier, je pense, et ça l’a fait partir en morceaux. J’ai été soufflé sur quelques mètres, je ne sais pas, deux ou trois mètres et quand j’étais par terre dans les pommes, j’avais une commotion cérébrale, et du sang qui sortait de mes trous de nez, mes oreilles et ma bouche, alors je suis allé dans la salle de soins et ils ont nettoyé mes plaies et m’ont donné de l’aspirine. Ça ne ressemblait pas du tout à ce qu’on voit dans MASH [feuilleton télévisé qui portraie une antenne chirurgicale américaine mobile en Corée]. Mais ils vous donnaient, ils m’ont donné quelques comprimés de 220 ou quelque chose comme ça. Et ils m’en ont donné quatre ou cinq dans la main. Ils m’en ont fait prendre deux. Et ils m’ont dit de revenir si j’avais d’autres troubles. Et c’est tout ce que j’ai eu comme traitement.

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