Témoignages d'anciens combattants:
John James “Jack” Charlwood

Armée

  • Ketih Acorn et John Charlwood (à droite) en Allemagne, en 1945.

    John Charlwood
  • John Charlwood faisant sa lessive, Allemagne, 1945.

    John Charlwood
  • Article de presse relatant l'enrôlement de John Charlwood (au centre) et de ses camarades.

    John Charlwood
  • Certificat de décharge de John Charlwood.

    John Charlwood
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"Les temps de malheur, ça s’oublie, mais les bons moments, ça reste. Il y aura toujours des vétérans pour raconter ceux qu’ils ont vécus et tout ça."

Transcription

Ça s’en venait au point où beaucoup de jeunes gens s’enrôlaient. Et parmi eux il y avait nous, cinq gars, des copains, qui allions à l’école ensemble, pour certains d’entre nous. Nous avons tout bonnement décidé un jour que nous irions nous enrôler. Alors, un beau lundi matin, nous avons sauté dans la vieille voiture de l’un d’entre nous, et nous nous sommes rendus au Horse Palace, à l’exposition [nationale canadienne]. C’est là que nous sommes tous entrés dans l’armée. Nous voulions nous enrôler dans la 30e batterie de Connie Smythe [30e batterie légère antiaérienne dirigée par Conn Smythe, alors propriétaire des Maple Leafs de Toronto], si je me souviens bien, mais trop de recrues voulaient aller là, alors nous avons été placés dans le Corps royal [Corps royal d'intendance de l'Armée canadienne]. Nous n’y sommes pas restés très longtemps, car ils nous ont transférés dans une unité d’infanterie, Le Lorne Scots. Nous avons été envoyés outre-mer avec Le Lorne Scots, pour former deux quartiers généraux de corps d’armée. Mais avec deux quartiers généraux de corps, l’Île-du-Prince-Édouard n’avait pas de représentant outre-mer. Et ils en voulaient. Alors ce qu’ils ont fait, c’est qu’ils ont dissous les deux corps du Lorne Scots et les ont augmentés d’autant de personnes qu’ils ont pu trouver sur l’Île du Prince Édouard. Il y en avait trois ou quatre d’entre nous, je pense, à qui on a demandé de rester; moi, comme j'étais conducteur d'estafette, j’ai été un de ceux qui sont restés dans le Prince Edward Island Light Horse. Ensuite, nous avons été affectés à diverses unités de dépôt, et nous nous sommes retrouvés dans un endroit appelé Three Bridges, en Angleterre. À partir de là, à l’approche du second front, nous étions au courant qu’ils nous enverraient autour de Calais, dans un endroit appelé Ramsgate. Et je pense que c’était seulement pour refouler les Allemands, en prévision que ce serait là où aurait lieu le débarquement. Ensuite, ils nous ont tous renvoyés d’où nous étions débarqués, à la plage de Juno. Là, si je me rappelle bien, la première fois que j’ai débarqué de la barge en France, il y avait un sergent britannique qui se promenait sur la plage. À notre débarquement, nous avions tous reçu une boîte de biscuits de mer, une conserve de bœuf salé et un pain. J’en avais assez du pain, et je l’ai jeté au sol. L’officier britannique m’a alors dit : « Mon ami, dans quelques jours, tu vas en rêver de ce que tu viens de jeter là. » Et j’ai su ce qu’il voulait dire, parce qu’à partir de là, nous avons eu seulement des biscuits de mer pendant un bon bout de temps. Une des premières missions que nous avons eues là-bas, c’était de garder des prisonniers allemands. Ce soir-là, nous étions de garde de nuit. Quelques avions allemands sont apparus et se sont mis à nous mitrailler en rase-mottes, sur le long de la route où nous étions. Heureusement, personne n’a été blessé. Une autre chose qu’on nous a demandé de faire la première fois que nous étions en France, c’était de creuser des tranchées abris [tranchées étroites et peu profondes] pour dormir, en cas de tirs d’obus. Je pense que j’étais paresseux, comme un de mes compagnons avec qui j’étais. Tout ce que nous avions, c’était une couverture chacun et un tapis de sol, et nous n’avons même pas creusé de tranchée. Nous avons simplement dormi sur le sol. Et nous avons dormi ensemble, parce qu’il a commencé à faire vraiment froid, la nuit, et qu’une couverture, ça n’était pas assez. Mais les obus ont commencé à tomber, et là, ça nous a pas pris de temps pour nous décider d’en creuser une, tranchée. Mais, paresseux comme nous l’étions, c’en est resté là [rires]. Une autre fois, je roulais en moto, et je me suis retrouvé à la queue d’un convoi de chars d’assaut. C’était sur un chemin de terre, et le talus d’un côté était plus haut que de l’autre. Il y avait des voies d’accès, comme creusées au travers, pour que les fermiers puissent sortir sur la route. Je roulais derrière les chars d’assaut et il y avait beaucoup de chaleur et de poussière qui en sortait. J’ai pensé : « Bon, il faut que je dépasse ce convoi. » J’ai essayé, et arrivé à une de ces voies d’accès, je me suis dit : « OK, si je prends mon élan ici et que je pars en flèche, je double toute la ligne. » J’ai foncé, mais j’ai glissé dans une ornière et je suis tombé juste devant un char. Heureusement, le conducteur m’a vu, et il a tourné pour m’éviter. Je me suis fait dire : « Remonte sur ta moto tout de suite, parce que, si tu restes là, tu vivras pas vieux. » Alors j’ai pas traîné. Très souvent, nous faisions du travail de convoi. Par exemple, pour nos déplacements, il y avait toute la flotte de camions et un ou deux d’entre nous qui devions aller à un carrefour stopper la circulation. Nous en faisions aussi en France. Et un peu aussi en Angleterre. C’était à tour de rôle, le gars qui était resté derrière se rendait ensuite au prochain arrêt. Parfois, il s’agissait seulement de livrer une dépêche quelque part, mais, en gros, ça consistait à prendre le contrôle du convoi et à faire en sorte que la colonne ne soit jamais interrompue. Quand nous avions les Harley Davidson, j’aimais particulièrement ça. Mais ensuite, quand nous sommes allés en France, ils nous les ont enlevées et nous ont donné à la place une moto anglaise, la Norton. Elle n’était pas aussi agréable à conduire. En Harley, on était assis comme dans un fauteuil. Certains d’entre nous avaient des pare-brise [sur leur Harley Davidson]. Sur les Norton, c’est impossible. Ces motos étaient totalement différentes. On était plutôt penché en avant, je crois, sur une Norton, alors que sur une Harley on est davantage calé vers l’arrière. Les temps de malheur, ça s’oublie, mais les bons moments, ça reste. Il y aura toujours des vétérans pour raconter ceux qu’ils ont vécus et tout ça. Pourtant, ce n’était pas toujours une partie de plaisir, croyez-moi. Je pense que les jeunes devraient savoir ça aussi.
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