Témoignages d'anciens combattants:
Alice Marie Samuel (née Petit)

Armée

  • Alice et son amie "Timmie" devant les casernes Currie - 48B- à Calgary, Alberta, 1944.

    Alice Samuel
  • Certificat de décharge d'Alice Samuel, 7 novembre 1945.

    Alice Samuel
  • Portrait d'Alice Samuel, hiver 1943.

    Alice Samuel
  • Alice Samuel avec le Lieutenant Gouverneur de Saskatchewan, Dr. Lynda Haverstock, août 2006.

    Alice Samuel
  • Unité de formation à Vermilion, le 7 décembre 1943.

    Alice Samuel
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"Il n’y avait rien d’autre à faire, c’est-à-dire que tous les garçons étaient partis, tous s’étaient enrôlés dans l’armée. Alors, j’ai voulu moi aussi en faire partie."

Transcription

Je me suis enrôlée à Regina, j’étais encore célibataire et je m’appelais donc Alice Petit à l’époque. Il n’y avait rien d’autre à faire, c’est-à-dire que tous les garçons étaient partis, tous s’étaient enrôlés et j’avais moi-même cinq frères qui étaient déjà dans l’armée. Alors, j’ai voulu moi aussi en faire partie.

Je voulais être conductrice, ou quelque chose du genre, et je me sens un peu idiote de l’avouer, car j’étais trop petite. Il fallait faire au moins cinq pieds, et je faisais cinq pieds tout juste, peut-être cinq pieds un pouce. Mais il fallait aussi être mécanicienne, car une conductrice devait connaître le fonctionnement des moteurs. Il y avait donc toutes ces conditions. Mais bon, j’étais trop jeune et trop petite.

Je me rappelle avoir fait là-bas la connaissance d’une vieille dame, qui était sergent-major de compagnie. Elle était très gentille avec moi, elle prenait soin de moi et j’ai finalement obtenu le poste qu’elle occupait à la salle des rapports. Elle m’avait recommandée car j’étais simple messagère, et on m’a donc envoyée à Calgary, où j’ai pris mes nouvelles fonctions à la salle de rapports pour y rester jusqu’à la fin.

Dès mon arrivée à Calgary, j’ai vécu au campement, dans la caserne qu’il y avait là-bas. Et beaucoup de filles vivaient dans une même caserne, environ une centaine je dirais. Nous étions quatre par compartiment comptant chacun deux lits superposés, et nous avions chacune une sorte de penderie, de même qu’une grosse boîte pour nos chaussures et autres objets. Tout était toujours propre et bien rangé. Quelques femmes s’occupaient du ménage, nous n’avions qu’à faire notre lit au réveil et elles s’occupaient de tout le reste.

Aussitôt levées, à 6 heures 30 je crois, nous faisions une séance d’exercices. On enfilait un short et un chandail pour notre séance quotidienne d’une demi-heure, puis on se retrouvait toutes au mess pour le petit déjeuner. Puis on retournait s’habiller, se préparer un peu avant de se mettre au travail.

Presque toujours, le soir, on faisait tout reluire, nos boutons et plein de choses, parce qu’il y avait trop à faire le matin avant de partir travailler. J’aimais beaucoup. Et j’aimais bien les filles avec qui j’étais. Nous nous amusions ensemble et nous entendions très bien. Mais je ne suis jamais sortie avec un soldat, vous savez. Je ne sais pas si ce qu’on disait d’eux était vrai, qu’ils courtisaient souvent les filles et tout ça… Mais je n’ai pas voulu sortir avec eux car j’étais jeune et que je ne voulais pas être importunée. Ils pouvaient d’ailleurs sortir avec qui leur plaisait. Moi, je n’étais pas assez brave et j’avais un peu peur. On m’avait dit que certains soldats pouvaient être rudes, certains d’entre eux en tout cas. C’est pourquoi je n’ai jamais songé le moindrement à sortir avec un soldat. Il m’est arrivé une fois, alors que j’étais caporal, de sortir dans l’un des bars de l’endroit auxquels on pouvait aller en portant notre insigne. J’y suis allée un soir, pour mon initiation en quelque sorte, avec des copines de la caserne. Et je n’y suis plus jamais retourné. Personne ne nous avait importunées, mais je ne me sentais pas à ma place. J’y étais allée uniquement pour faire plaisir à mes amies, pour la première et la dernière fois.

Chose certaine, la vie de caserne était agréable, je ne dirais pas le contraire. Et elle m’a manqué quand je suis rentrée à la maison. Mais le temps passe et on s’habitue. Puis je me suis marié, j’ai eu mes enfants et mes souvenirs se sont estompés après un certain temps.

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