Témoignages d'anciens combattants:
Harry Hurwitz

Marine

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"Étant Juif, vous savez, Hitler, il a assassiné six millions de Juifs, et j’ai senti que c’était mon devoir de m’enrôler et de combattre les forces de l’Axe."

Transcription

Étant Juif, vous savez, Hitler, il a assassiné six millions de Juifs, et j’ai senti que c’était mon devoir de m’enrôler et de combattre les forces de l’Axe.

Mon frère était un des meilleurs soldats du Canada, le Sergent Samuel Moses Hurwitz, MM DMC. Il a été décoré de la Médaille militaire et de la Médaille de conduite distinguée. Il est l’un des seuls avec [les] deux médailles, un des seuls soldats canadiens. Il a été tué le 24 octobre 1944, quand il était dans le Camp des Prisonniers de guerre.

J’étais artilleur. J’étais sur le canon B. J’étais un observateur et un chargeur. Je chargeais des obus de 35 livres dans l’ouverture du canon. C’était mon travail, quand on entrait en action. Je vous ai parlé de ma couchette, en bas. Il montait si je ne travaillais pas, et je prenais ma position. Les obus de 35 livres qui étaient envoyés venaient d’en bas et je les mettais dans les ouvertures, et le reste était – ils tiraient tout ça.

La première torpille a frappé le pont arrière. Tout le monde dans l’entrepôt a été tué sur le coup. Il n’y avait pas de survivants à l’arrière. Soixante ou soixante-dix secondes plus tard, ou peut-être une minute et demie plus tard, une deuxième torpille est arrivée et a touché le centre du navire. Et, naturellement, nous avons commencé à couler; des millions de gallons d’eau s’infiltraient. Puis, nous avons eu l’ordre du pont de mettre des hommes au tuyau d’arrosage et de tenter d’éteindre l’incendie, ce qui était impossible, parce que le bateau entier était embrasé. Le capitaine a dit d’abandonner le navire. Nous avons donc décidé… je ne savais pas quoi faire. J’ai donc jeté mes grosses bottes de caoutchouc et j’ai enlevé mon duffel-coat. Je n’avais sur moi que mes chaussettes, ma salopette, mon chandail blanc et c’était tout. J’ai plongé dans l’eau et j’ai nagé en m’éloignant du navire, parce que je me suis souvenu d’avoir lu que, si jamais on était torpillé, il fallait toujours s’éloigner du navire, parce que la succion allait entraîner les gens autour.

J’ai été chanceux. J’ai attrapé un bout de la tête de mât brisée. Je tenais la tête de mât et à côté de moi était Raymond Meloche, qui était sur le même canon que moi, et il y avait aussi le capitaine Stubbs; il se tenait aussi sur la tête de mât. Nous avons parlé et tout, et je me souviens d’avoir dit – je ne j’ai pas reconnu parce qu’il était couvert de pétrole, vous savez – je lui ai dit : « Comment ça va, capitaine Stubbs? » Il m’a répondu : « Appelle-moi donc John. » Savez-vous pourquoi? Parce qu’une fois qu’on a abandonné un navire, il n’y a plus de grades. Nous nous tenions, tout en chantant des chansons. Nous nous tenions hors de l’eau et nous discutions, vous savez. « Eh monsieur, je vais avoir une permission de 30 jours et je vais pouvoir rentrer à Montréal pendant 30 jours. » Vous savez, on parlait de ces choses-là, et tout ça.

Nous avons été coulés à 4 h 28. Comme je le sais? Parce que ma mère m’a acheté une montre bon marché. J’avais toujours cette montre, et à la minute où je suis sauté à l’eau, j’ai découvert qu’elle n’était pas à l’épreuve de l’eau. À la minute où je suis sauté dans l’Atlantique, elle s’est tout de suite arrêtée, vous savez.

Tout à coup, nous avons vu un gros navire qui venait dans notre direction, et il portait un drapeau à croix gammée et aussi, je n’en nommerai pas le nom, mais le lieutenant a dit : « Oh oh, oublions le sauvetage. Nous allons être – vous voyez le navire qui vient vers nous? Ce n’est pas l’un des nôtres. » Le capitaine a crié : « Qui êtes-vous? » Et notre lieutenant a crié : « Nous sommes Canadiens. » Ils ont répondu : « D’accord, monsieur, nous allons vous recueillir. » Ils se sont approchés et ils sont descendus – ils avaient quelques soldats allemands embarqués dans un bateau et ils ont abaissé le bateau dans l’eau. Ils m’ont aidé à monter dans le bateau, et ils m’ont hissé à bord.

Ils nous ont donné à manger dès que nous sommes montés. Quand nous sommes montés sur le bateau, ils nous ont donné de l’eau sans problème. Puis, ils sont entrés avec un grand bol chaud, je ne l’oublierai jamais, un grand, énorme pot de cinq ou dix gallons en acier, rempli de soupe aux pois. Oh, elle était délicieuse.

Je ne voulais pas que les Allemands sachent que j’étais juif. J'ai donc enlevé le z de mon nom : H-U-R-W-I-T-T. Harry Hurwitt. Ça ne sonnait pas juif. H-U-R-W-I-T-Z sonnait juif.

À quatre heures du matin, ils nous ont réveillés et ils nous ont fait embarquer dans des camions couverts de bâches, et ils nous ont emmenés jusqu’aux trains. Ils nous ont conduits de là vers Marlag und Milag Nord. C’était notre camp de prisonniers.

Chaque nuit, à minuit exactement, exactement à minuit, l’Aviation royale venait. À 12 heures. Nous avions l’habitude de grimper sur le toit de nos manoirs – nous les appelions nos manoirs. Nous montions sur le bout du toit et nous attendions : minuit moins cinq, minuit moins quatre, minuit moins trois, minuit moins deux, minuit moins un, et ils arrivaient, à minuit exactement. Ils nous survolaient. Ils étaient 25 bombardiers et 30 ou 40 chasseurs en escorte, je ne sais pas combien ils étaient. Soudainement, ils larguaient leurs bombes et nous les regardions. Brême, Hambourg, Kiel, Hanovre – les Allemands avaient du pétrole dans ces quatre villes, et les avions y allaient chaque nuit. Chaque nuit, à minuit exactement. Nous avions l’habitude de nous asseoir sur le bout du toit et de regarder tout cela en primeur.

Nous recevions un colis chaque jour, ou une fois par semaine, de la Croix-Rouge. Personne d’autre ne le recevait. Les Américains n’en recevaient pas, ni les autres, seulement les Canadiens. Savez-vous pourquoi? Parce que les Canadiens avaient très bien traité les Allemands à Montréal, ils étaient traités comme des rois, et les Allemands nous ont rendu la pareille. Ils nous ont dit qu’ils allaient être autorisés à faire une marche le vendredi après-midi. Ils nous emmenaient à 1 h et 87 d’entre nous étaient autorisés à faire une marche. Naturellement, environ 20 gardes nous surveillaient.

Le 26 avril, trois jours avant que je sois libéré, ou, je ne sais pas, peut-être le 27, j’oublie, maintenant. Un blindé avancé est entré. Je ne sais pas comment c’est arrivé. Ils ont dit : « Ne bougez pas de là, les gars, nous allons être ici dans les 48 prochaines heures. Nous sommes seulement à 600 miles, et vous serez des hommes libres bientôt. Ne vous enfuyez pas, parce que nous tirons d’abord, et nous posons les questions ensuite. »

Le 28, les blindés approchaient, et, le 29 à quatre heures du matin, soudainement, ils étaient à environ 60 miles, et nous pouvions les entendre combattre et se frayer un chemin jusqu’à nous. Enfin, ils sont arrivés, et nous n’étions pas dans la ville. Nous étions prisonniers à la campagne; il n’y avait pas de maisons, il n’y avait rien, mais nous avons vu la 51e Garde écossaise (2e bataillon de la garde écossaise). Ils venaient avec grand bruit. Ils marchaient avec les orchestres, les tambours et tout, et les blindés s’approchaient également. Nous avions très hâte. Nous les avons finalement vus venir par la route. Les gardes allemands avaient déjà fui. Ils avaient fui la journée d’avant. Nous étions tous seuls.

À six heures du matin, soudainement, nous avons entendu les blindés. Un blindé Churchill arrivait par la route. Nous avions très hâte. Ils se sont enfin approchés de nous; nous avons brisé les clôtures, nous avons sauté en dehors, nous avons grimpé sur les blindés et nous les avons serrés dans nos bras et nous les avons embrassés.

 

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