Témoignages d'anciens combattants:
Albert Kirby

Marine

  • Albert Kirby sur la base d'entrainement aux Opérations Combinées, Rosneath, Ecosse, 1942.

  • Baignade sur le pont du bateau de débarquement SS Glenartney, en chemin de Liverpool vers Capetown en Afrique du Sud en 1943. Albert Kirby est le 2ème à droite.

  • Bateau de débarquement (LCM 910) à bord duquel Albert Kirby a navigué sur le Canal de Suez avant de débarquer en Sicile en mars 1943.

  • Vétérans de Dieppe, à bord du HMS Saunders à Suez en Egypte, mai 1943. Albert Kirby est en bas à droite.

  • Article du journal The Woodstock Sentinel Review, Woodstock, Ontario, novembre 1943.

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"C'est alors qu'ils ont demandé des volontaires pour partir en Anglterre afin de conduire des péniches de débarquement dans des opérations contre les côtes ennemies. Pour un enfant de mon âge, (...) cela m'apparût excitant. Nous ne pensions pas au danger."

Transcription

Oh, j’étais sur une péniche de débarquement. On s’entraînait avec les soldats en Angleterre. On savait que, tout le monde savait qu’il nous faudrait à un moment donné débarquer en France afin de reprendre la France à l’Allemagne. Donc le débarquement était un gros problème et on devait apprendre comment faire. Il y a des bateaux qui ressemblent à des barges qu’ils transportent sur un bateau jusqu’à la côte ennemie. Ils mettent les bateaux dans l’eau, les remplissent de soldats et puis on fait le trajet jusqu’à la plage et ce sont des bateaux spécialement étudiés, pour débarquer sur une plage. Alors on arrive vers la plage, ils baissent la porte avant et les soldats sortent en courant. Ensuite on remonte notre porte et on recule et on retourne au bateau pour un autre chargement. Et on continue à faire la navette très vite, parce qu’en temps de guerre, vous n’avez pas une chance de débarquer dans un port parce qu’ils sont tous fortement défendus. Alors on devait trouver des plages qui n’étaient pas trop protégées.

Et puis ces péniches de débarquement qui étaient conçues en Angleterre étaient faites pour ça, pour amener les soldats sur les plages parce qu’il n’y avait pas de docks pour débarquer et attacher les bateaux. Alors des convois de quelque chose comme, je ne sais pas, 15 ou 20 bateaux remplis de soldats approchaient du rivage aussi près que possible et dans les eaux peu profondes, mettaient les péniches à la mer, les remplissaient de soldats, on faisait le trajet jusqu’à la plage, baissait la porte avant et les soldats sortaient tous en courant. Et ensuite on retournait et on refaisait le plein de soldats et on faisait la navette toute la journée jusqu’à ce que le bateau soit vide. Et notre armée toute entière se trouvait sur le rivage et progressait contre l’ennemi de manière satisfaisante comme on l’avait espéré et c’est de cette manière que ça s’est passé en fin de compte.

Bon, chaque bateau devait avoir un gars à l’avant pour conduire le bateau, tourner le gouvernail, diriger le truc jusqu’à la plage. Et aussi un autre gars en bas dans la salle des machines à l’arrière, pour s’occuper des moteurs qui le faisaient marcher. Alors on était deux pour faire fonctionner le bateau et puis une autre paire de bras pour aider avec les autres choses qui se présentaient. Donc on était un équipage de trois personnes, sur une petite péniche de débarquement. Quand je parle de péniche de débarquement je veux dire les petites. Elles faisaient seulement 35 pieds de long. De nos jours on pense aux bâtiments de débarquement, d’énormes bateaux avec des portes à l’avant qui se lèvent à l’arrivée sur la plage et ils commençaient tout juste à essayer ce genre de choses quand moi j’étais sur une péniche. Mais la plupart des débarquements ont eu lieu sur des tout petits bateaux qui étaient construits spécialement en acier avec une porte à l’avant qui s’ouvrait, qui tombait comme une ouverte, pour que les soldats puissent sortir en courant, en bas de la porte, sur la plage.

A cette époque, je crois que j’avais 18 ans et pour moi, j’étais avec un groupe spécial qu’ils avaient recruté ici au Canada. Ils avaient demandé des volontaires pour aller en Angleterre et conduire des péniches de débarquement dans des opérations contre les lignes ennemies sur la côte. Et pour un gamin de mon âge, à 18 ans, ça paraissait vraiment excitant. On ne pensait pas trop au danger. Pour nous, c’était excitant. Et on était impatient d’être des héros et tout ça. J’ai sauté sur l’occasion et je suis parti là-bas et on s’est entraînés avec d’autres gens de la marine royale qui avaient dirigé des raids contre l’ennemi sur la côte tout le long. Et ensuite le raid de Dieppe a été notre première occasion de le faire vraiment en fait. Et on était tout excités à ce propos. On n’aurait manqué ça pour rien au monde. Mais on a vite dépassé cette vision chevaleresque des choses quand on s’est retrouvé face au feu de l’ennemi parce que c’est une chose de parler de ça mais c’est une chose tout à fait différente d’en faire l’expérience.

Je veux dire, je pourrais en parler autour d’une table et dire « Oh, j’ai adoré ça. » Mais en fait, j’étais mort de peur. Sur le moment, je veux dire, vous savez. Et j’étais content quand on est rentrés. On est parti de cet endroit sans avoir perdu une seule personne à bord de notre péniche. Vous savez, comme on a fait, on a fait ce débarquement au milieu d’une grêle de coups de mitrailleuse et pourtant, chaque soldat qui était sur notre chaland en est sorti et courait encore pendant qu’on reculait et qu’on repartait. Et bien qu’on ait eu un certain nombre de trous et de bosses dans notre péniche, elles sont faites en plaques d’acier blindé, alors elles, dans l’ensemble, les balles ne passaient pas à travers, mais elles faisaient des grosses bosses partout. Et, alors c’était quelque chose d’effrayant mais on reculait et on attendait, le plan c’était d’attendre. On les a débarqués vers 5 heures du matin, le plan c’était d’aller les chercher à je pense que c’était à 7 ou 8 heures.

Bon, on y est allé à cette heure-là, à 7 heures. On a patienté dans le port jusqu’à l’heure où on devait aller les chercher arrive et on y est allé, on est entré et on s’est attiré une telle puissance de feu de la part de l’ennemi qu’il était évident qu’on n’arriverait jamais à récupérer qui que ce soit en vie. Alors on nous a donné le signal de faire demi-tour et de retourner au centre du port à nouveau pendant que l’armée de l’air et les canons de la marine essayaient de calmer l’ennemi. Donc on a attendu une heure ou deux par là et après on nous a dit d’y aller à nouveau, que ça devait être beaucoup mieux à présent. Alors on y est allé et ça n’avait pas évolué d’un pouce, c’était toujours aussi mauvais que la première fois. Alors on nous a donné l’ordre de faire demi-tour et ressortir encore une fois et ensuite ils nous ont envoyé le signal pour retourner en Angleterre. Alors on est reparti en Angleterre avec personne d’autre à bord que l’équipage. Donc on a débarqué 40 ou 50 soldats là-bas, mais n’avons récupéré aucun d’entre eux, on les a juste laissés sur place.

Premièrement, je dois dire que c’était une action violente. On débarquait des soldats dans une grande ville occupée par l’ennemi. La ville de Dieppe était une assez grande ville. Comme, vous savez, je dirais de la taille de Londres [Ontario] ou plus, peut-être. Mais c’était une ville côtière avec un port et on a conduit nos péniches pleines de soldats juste là dans le port et ils nous ont tiré dessus pendant tout le trajet jusque-là évidemment. Parce qu’on est arrivé là un peu après minuit, en espérant que personne ne savait qu’on venait. Mais ils savaient et ils nous attendaient. Alors on a eu un nombre de victimes vraiment très élevé. Mais on a fait sortir en masse nos soldats sur la plage. Ils ont essayé de s’emparer de la ville mais ils n’en ont gagné qu’une toute petite partie près de la plage et ont compris qu’ils étaient en train de perdre. On perdait la bataille et on allait tout perdre si on ne fichait pas le camp de là. Alors on les a tous rembarqués et on les a ramenés au, je ne devrais pas dire tous parce que les neuf dixièmes d’entre eux ont été capturés ou tués. Mais le dixième qui a survécu, on les a rembarqués et on les a mis sur les bateaux et on a filé vers l’Angleterre. Et même si on a appelé ça un échec retentissant, parce qu’on a rien réussi à faire du tout, mais avons perdu un grand nombre d’hommes, mais dans les journaux, ils appelaient ça une grande réussite parce qu’on avait débarqué là-bas et qu’on était rentrés. (rires)

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