Témoignages d'anciens combattants:
Arthur Franklin

Forces aériennes

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"nous avons vu qu’un train venait dans cette direction. Il y avait un immense et haut pont au-dessus de la Loire à cet endroit. Nous avons donc décidé d’attendre que le train soit au centre du pont avant de le bombarder. C’est ce que nous avons fait. C’était assez intéressant."

Transcription

Un jour, ils nous ont dit : « O.K., regroupez-vous, vous y allez. » Ils nous donc ont regroupés et nous ont mis dans la parade, avec un orchestre devant nous, et nous avons paradé – un orchestre ! « Loose lips »* l’orchestre ? Je n’arrivais pas à y croire. Ils ont paradé devant nous vers le port. Il y avait un navire de la taille du [RMS] Queen Mary ou du [RMS] Queen Elizabeth et, « Oh, nous sommes chanceux! » Nous avons entendu dire qu’ils pouvaient traverser l’océan en quatre ou cinq jours et qu’ils étaient plus rapides que les U-Boat. Ils ont paradé juste à côté de ce beau et grand navire et nous ont conduits à une misérable petite goélette à charbon de 10 000 tonnes converti pour la guerre et ils nous ont montés sur le bateau. 150 officiers de l’aviation étaient maintenant dans ce petit bateau à charbon converti. C’était vraiment quelque chose. En bien, évidemment, ils devaient ensuite composer le convoi. Nous avons entendu dire, plus tard, que le convoi comprenait presque 250 navires et était un des plus grands convois qui a traversé l’Atlantique durant la guerre. Nous avons contourné l’Islande et sommes entrés en Angleterre.

Ils nous ont envoyés à Cranwell dans le Lincolnshire [en Angleterre] et nous étions là pour apprendre à nous servir de l’équipement anglais; nous avons fait des exercices sur de l’équipement d’entraînement. Ils avaient peu d’engins monomoteurs… j’ai oublié le nom de l’avion monomoteur. Mais c’était juste suffisant pour un pilote. Ils avaient fait quelque chose pour le modifier pour que nous puissions nous asseoir dos à dos avec le pilote, faire notre travail et puis lui taper sur l’épaule quand c’était le temps de partir. Ça fonctionnait donc bien. Mais, un jour, notre avion s’est écrasé et le pilote a été tué et ils ont dû utiliser une scie pour m’en sortir. [L’instructeur nous avait dit :] « Si jamais vous avez un accident, comme un écrasement, ou si quelque chose va de travers, essayez s’il-vous-plaît de voler de nouveau le plus vite possible. » Donc, aussi vite que j’ai pu, j’ai recommencé à voler.

Quand nous sommes arrivés à l’escadron, nous avons su, bien sûr, que les avions allemands étaient une priorité et que nous allions souvent être envoyés – je ne devrais peut-être pas dire « souvent » - mais nous avons été parfois envoyés vers un aéroport allemand avant le temps, avant que les bombardiers anglais le survolent, pour peut-être rendre inutile cet aéroport, pour qu’ils ne puissent pas envoyer leurs chasseurs qui seraient un problème pour les bombardiers. On volait toujours la nuit, tout était fait de nuit. Nous pouvions attaquer tout ce qui bougeait durant la nuit, pour que les Françaism les Allemands – je veux dire les Français, les Belges, les Hollandais, les Danois, au diable des Allemands, se disent qu’il ne fallait pas sortir la nuit parce que c’était dangereux. Chaque fois que l’on voyait une locomotive qui se déplaçait, nous nous envolions pour le rendre hors service. Et nous en avons rendu beaucoup hors service de cette manière-là.

Parfois, lors de courtes sorties, nous transportions les bombes dans l’avion pour pouvoir les larguer ici et là et causer un peu de dommage. Par exemple, nous les larguions sur une gare ou au pied d’un pont pour le rendre instable. Une fois, nous avons largué une bombe à l’intersection de chemins de fer et nous avons vu toutes sortes de lumières brillantes. Nous ne savions pas ce que c’était. Il s’avère qu’ils avaient électrifié les rails et nous n’en savions rien. C’est donc le genre de chose que l’on pouvait faire.

Quand nous avons eu un peu d’expérience, ils ont demandé – en fait, ils ne nous demandaient par, ils nous disaient – de larguer un paquet. Évidemment, ils me l’ont donné et ils ont dit que je devais aller au sud de Paris, trouver le coin d’un champ près d’une ferme – ils m’ont dit où trouver ce champ – et d’y larguer le paquet avec un parachute. Mon Dieu, comment allais-je faire ça dans le noir? Quand les gens au sol entendaient le moteur, ils lançaient trois fusées colorées, et on les identifiait comme ça. Ils utilisaient ensuite une lampe de poche ou de la lumière et ils nous faisaient trois lettres en code morse. On répondait de la même façon, et ils nous répondaient encore. À chaque fois, les codes étaient différents. Nous ne larguions pas le paquet sans ce code spécial qu’on nous donnait à l’avance. Si le code était fait, nous larguions ce qu’il fallait larguer avec un parachute. Ils ne nous disaient pas d’avance quand nous allions larguer quelque chose. Je n’ai pas tenu un registre de combien nous en avons fait, mais il y en avait beaucoup. Plus tard, nous avons su que nous larguions de l’argent pour les résistants français. Nous larguions également un transmetteur pour que les gens qui avaient ramassé le paquet puissent dire à l’Angleterre qu’ils l’avaient bien reçu. L’Angleterre savait donc qu’ils avaient reçu l’argent avant que nous soyons revenus.

Ça ne se passait pas toujours comme ça. Une fois, nous avions largué de l’argent dans le Sud-Ouest de la France, près de la frontière suisse où commencent les Alpes. Nous avons largué l’argent et apparemment le colis a descendu une pente glacée, et ça leur a pris deux ou trois jours pour le trouver. Ils l’ont finalement trouvé et ils nous l’ont fait savoir.

Une autre fois, ils ont dit qu’ils voulaient que nous larguions une bombe près de la Loire [en France]. Ils nous ont montré où, et nous sommes donc allés. Quand nous l’avons larguée, nous avons vu qu’un train venait dans cette direction. Il y avait un immense et haut pont au-dessus de la Loire à cet endroit. Nous avons donc décidé d’attendre que le train soit au centre du pont avant de le bombarder. C’est ce que nous avons fait. C’était assez intéressant.

Une autre fois, ils ont dit qu’ils voulaient que nous fassions une sortie avec un autre escadron. Il s’avère que c’était « Les briseurs de barrages »**. Ils n’avaient pas encore été nommés « Les briseurs de barrages », mais ils étaient ceux qui allaient être appelés comme tel. Nous ne savions donc pas la teneur de cette mission. On a finalement appris qu’ils voulaient que l’on aille au canal Dortmund-Ems en Allemagne. Les Lancaster voulaient que les Mosquitos volent en formation avec eux là-bas tout en volant à la hauteur des arbres pour éviter les radars et ce genre de choses. C’est ce que nous avons fait. Nous étions si rapides, et eux si lents que nous devions voler avec notre train d’atterrissage déployé. Oh, nous détestions ça. Nous sommes ensuite arrivés sur le continent et nous avons appris que la cible était dans le brouillard et que nous devions faire demi-tour et revenir à la maison. Nous avons donc fait demi-tour et un des Lancasters près de nous a été touché par une mitrailleuse installée sur le toit d’une ferme, pas très loin de nous. Nous y sommes retournés la nuit suivante avec des Mosquitos qui ont dit : « nous ne volerons plus en formation désormais, nous vous rencontrerons au-dessus de la cible. » Nous les avons donc rencontrés au-dessus de la cible. Quand je dis « nous », je veux dire Harold [Lisson] et moi. Nous sommes allés à la recherche de projecteurs de recherche pour tenter de les détruire et c’est ce que nous avons fait. Lorsque nous sommes descendus, il y avait un projecteur de recherche accompagné d’un groupe de mitrailleuses. Nous avons fait un détour et, apparemment, de mettre hors service le barrage n’a pas été un franc succès. Nous l’avons endommagé, mais pas mis complètement hors service. Tous les Lancs s’en sont retournés à la maison. Nous n’avons su que plusieurs, plusieurs années plus tard que Harold et moi avions été les derniers Mosquitos à sortir de la zone.

Pendant que j’étais au centre de commandement des chasseurs, j’ai eu ma Distinguished Flying Cross et j’ai fait quelque chose d’étrange. Je me suis dit : « Oh mon dieu, maman serait si contente de savoir que j’ai eu une médaille. » Je suis donc traversé et je leur ai demandé de télégraphie le message qu’Harold et moi avions tous deux reçu la DFC, et que c’était bien. Ma mère vivait à Prince-Rupert [en Colombie-Britannique] à ce moment-là. Quand elle a reçu le message – quiconque recevait un message télégraphique de l’Angleterre savait que c’était pour l’annonce d’un décès ou d’une disparition, elle a dit : « Ne le lis pas au téléphone. Envoie-le à la maison. » Elle a rassemblé toute la famille et ils étaient tous ensemble avant d’ouvrir la lettre, et elle a découvert ce que c’était en réalité.

 

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