Témoignages d'anciens combattants:
Henry “Ben” Mason

Marine

  • Ben Mason (au premier plan) avec des membres de la police montée (Royal Canadian Mounted Police), 2008.

    Ben Mason
  • Département de la Défense Nationale, enrôlement dans la Royal Canadian Naval Volunteer Reserve (Volontaire de réserve de la marine royale canadienne), 1941.

    Ben Mason
  • Ben Mason au USO à New York, 1944.

    Ben Mason
  • Ben Mason en uniforme en 1941.

    Ben Mason
  • Certificat de décharge de Ben Mason, 1945.

    Ben Mason
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"Et ouais, c’était assez amusant en quelque sorte parce qu’ils avaient le sous-marin qui faisait surface bien-sûr, la première chose qu’ils faisaient c’était de tirer sur le projecteur. Et vous avez le bras dessus. Alors ce n’était pas un endroit favori."

Transcription

Je m’appelle Ben Mason, c’est un surnom évidemment. Mais je suis né dans les Prairies. Je me suis engagé dans l’armée quand la guerre a éclaté, à North Battleford et je croyais que j’étais en route. L’unité que j’ai rejoint est devenue le Saskatchewan sud [régiment] et je me suis retrouvé à Dieppe ce qui a été une chance pour moi parce que j’ai été rendu à la vie civile du fait que je n’avais pas l’âge. Alors je me suis dis, bon, tu ne peux pas rester dans l’armée, j’irai dans la force aérienne ou la marine peu importe.

Là où je suis allé en premier c’était la marine à Saskatoon et ils ont dit, tu sais, on est à la recherche d’un signaleur qui a une bonne acuité visuelle pour les convois dans l’Atlantique nord et bien que tu n’aies pas l’âge requis, on va t’envoyer à l’école de transmissions. Et j’ai répondu, bon, je ne connais rien aux transmissions. Et ils ont dit, on va t’apprendre.

Alors je suis allé à Saint-Hyacinthe, ils appellent ça « Sainty-a-Saint » au Québec. Et à la fin de ça, je pensais qu’on allait m’envoyer là où on pensait que la guerre avait lieu. Mais ils m’ont envoyé sur la côte ouest et c’était décevant parce que je croyais que j’allais être un grand héros de guerre là-bas. L’idée de la côte ouest c’était qu’ils avaient besoin d’un télégraphiste et d’un signaleur dans chacune des soi-disant réserves de bateaux de pêche, qui étaient des tout petits bateaux de pêche. Leur but c’était de contrôler le trafic mais ils s’occupaient essentiellement de dénicher les réservoirs de carburant que les japonais avaient entreposés parce qu’il y avait une importante population de japonais sur la côte. Et ils n’étaient pas tous de notre côté.

Mais vous savez, les pêcheurs connaissaient la côte comme leur poche, et encore maintenant, les pêcheurs, ils connaissaient chaque personne et chaque endroit et c’était super. Mais ce n’était pas ce à quoi je m’attendais quand je m’étais engagé dans la marine. Alors j’ai protesté un petit peu et ils ont dit, on va arranger ça. Alors ils m’ont envoyé à Halifax sur le Napanee, qui est une des corvettes, et vous connaissez sûrement les corvettes. Elles faisaient 65 mètres de long, elles tenaient bien la mer mais c’était dur en cas de mauvais temps. Et notre travail c’était de protéger les convois en route pour l’Europe, principalement l’Angleterre, observer les sous-marins et les prévenir et poursuivre les sous-marins et les maintenir à distance des bateaux… Ce qui à cette époque était très difficile à faire parce qu’ils se déplaçaient en meute comme des loups et on n’avait pas beaucoup de bateaux au début. Mais les corvettes étaient des bateaux faciles à construire et ils en ont construit des quantités. J’ai oublié combien aujourd’hui mais grâce à ce nombre important la marine canadienne pendant la guerre était la troisième flotte du monde. Notre bon vieux canada, qui est un pays de fermiers.

Vous savez, en parlant d’un pays de fermiers, la majorité , bon, un grand nombre de marins sur les bateaux, comme moi, étaient des garçons de la campagne, qui n’avaient jamais vu un bateau, et n’avaient jamais vraiment vu autant d’eau de près. Et je suppose qu’il devait y avoir quelque chose de romantique ou autre chose là-bas aussi bien que le, savoir qu’on avait quelque chose à faire avec ça. Parce que si Hitler avait eu l’Angleterre, ça aurait été la fin. Et la quantité de trucs qu’on transportait d’Amérique en Europe c’était tout simplement prodigieux. Les convois étaient assemblés, ils essayaient de faire en sorte que tous les bateaux avancent à la même vitesse parce qu’on voulait les garder en groupe, c’était beaucoup plus facile comme ça de les protéger s’il n’y avait pas de traînards à l’arrière. Quelquefois, les traînards on devait les laisser se débrouiller tout seuls s’ils n’arrivaient pas à maintenir l’allure.

Mais la marine, on zigzaguait tout autour des convois, à la recherche de contacts sous-marins et si on les trouvait… Les gens m’ont souvent demandé, combien de sous-marins est-ce que tu as coulés? Et c’est impossible à dire parce qu’une fois qu’on avait largué les grenades sous-marines sur eux – avec l’idée de les faire partir en morceaux sous l’eau – il arrivait qu’ils envoient vous savez, une veille salopette et des cochonneries pour nous faire croire qu’ils avaient été endommagés. Et vous perdez le contact sous-marin quand les charges sous-marines explosent. Alors vraiment pas possible, à moins en fait qu’ils refassent surface et que vous les trouviez, vous ne saviez pas si vous les aviez eus ou non.

On avait peur mais vous ne faisiez pas voir que vous aviez peur. On avait bien des fois, vous savez, autant peur des conditions météo que de l’ennemi mais quand vous étiez un signaleur, comme je l’étais, de garde, vous restiez exactement là où vous étiez, sur le pont. Si vous étiez un guetteur, ça veut dire que vous deviez courir à l’arrière à toute vitesse et le projecteur là-bas était juste à côté du canon « Pom-Pom », un gros énorme projecteur, vous l’allumiez et vous le gardiez sur le relèvement là où ils pensaient qu’ils avaient le contact sous-marin. Et ouais, c’était assez amusant en quelque sorte parce qu’ils avaient le sous-marin qui faisait surface bien-sûr, la première chose qu’ils faisaient c’était de tirer sur le projecteur. Et vous avez le bras dessus. Alors ce n’était pas un endroit favori.

Les pétroliers qui se faisaient torpiller, il y avait du feu et du pétrole en feu partout. Et ils y avait des gars encore en vie, leurs têtes qui apparaissaient et disparaissaient dans le carburant qui brûlait et ils hurlaient… On ne pouvait pas s’arrêter, on ne pouvait tout simplement pas s’arrêter et les repêcher. Alors oui, ces souvenirs-là reviennent et on ne peut rien y faire. J’essaye de me les sortir de la tête mais vous ne pouvez pas. J’appelle ça des cauchemars. Mais c’était dur. Mais il y avait aussi de bons moments, vous savez. Vous alliez à terre et appreniez comment boire du Newfie Screech [NDT : rhum brun vendu à Terre-Neuve], qui est une espèce de rhum de mauvaise qualité. Et les habitants de Terre-Neuve disaient toujours, oh ouais on a de la bibine. On envoyait notre piètre morue à la Jamaïque et ils nous envoyaient en retour leur rhum de mauvaise qualité.

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