Témoignages d'anciens combattants:
Paul Goranson

  • Le Projet Mémoire, Historica Canada
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"Elle flottait [la corvette] donc comme un bouchon. La seule manière de monter à bord était de lancer ces immenses cordages sur le côté. Il fallait sauter pour l’attraper. [Interviewer : Je vois.] Si on la manquait, c’était terminé."

Transcription

C’est arrivé pendant la nuit. J’étais assis à la table de l’ingénieur en chef. Nous étions un… C’était un bateau de banane, un bateau de banane de 5 000 tonnes qui venait de… Je ne sais pas d’où il venait, mais il transportait des munitions et tout ça. Nous faisons partie d’un convoi. Je regardais le visage de l’ingénieur quand la torpille nous a frappés.

Je n’ai jamais vu un homme si grand quitter une table aussi rapidement. Il s’est levé et s’est rendu sur le pont. Ce navire transportait à peu près 80, 70 ou 80 membres d’équipage et nous étions 10 officiers sur le bateau, en tant que passagers. Ça veut dire que nous étions environ 80 personnes au total. Et il y avait quatre canots de sauvetage. Mais, en cette saison – c’était en mars –, deux canots n’ont pas pu être mis à l’eau. Le canot que nous étions censés… [Interviewer :… prendre, vous ne pouviez pas les mettre à l’eau]. Pour deux d’entre eux, on ne pouvait pas. Cela signifiait que nous allions avoir un problème. Tout le monde ne pourrait pas quitter le navire. Et ensuite nous nous sommes retirés. Quand un bateau était touché, il se retirait pour donner la chance aux autres bateaux de continuer.

Nous nous sommes donc retirés et nous étions arrêtés là, tous seuls. Nous avons vu cet autre bateau s’avancer et avons pensé que c’était le sous-marin qui remontait. C’est ce que nous pouvions voir à partir du navire, dans la noirceur. Heureusement, c’était une corvette** [de l’armée navale] française libre. [Interviewer : Je vois.] Ils nous ont dit qu’ils pouvaient nous prendre tous à bord, et que nous allions devoir faire deux allers-retours, avec 20 personnes dans chaque canot. La chose dont je me souviens très bien est de m’éloigner du navire. [Interviewer : Je vois.]

Parce que nous étions en haute mer, la poupe coulait, puis remontait. Chaque fois qu’il coulait, ça nous ramenait en arrière. Nous avons tous eu à ramer, sans exception. J’avais un aviron. Tout le monde ramait furieusement, vous savez, pour essayer de nous sortir de là. Nous avons finalement pu nous éloigner suffisamment. Mais la mer était agitée, et c’était difficile de s’approcher de la corvette, parce que la corvette était conçue pour combattre les sous-marins en étant difficilement submersible. Elle flottait si haut dans l’eau que les torpilles passaient en dessous et la manquaient. Elle flottait donc comme un bouchon. La seule manière de monter à bord était de lancer ces immenses cordages sur le côté. Il fallait sauter pour l’attraper. [Interviewer : Je vois.] Si on la manquait, c’était terminé. [Interviewer : D’accord.]

 

Entrevue avec Paul Goranson - Projet d'histoire orale du AMCG

No d’accession MCG 20020121-232

Collection d’archives George Metcalf

© Musée canadien de la guerre

 

 

 

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