Témoignages d'anciens combattants:
Joseph Frank Audfroid

  • Photo des civils coréens, avec un char dans l'arrière-plan. Photo prise en 1951.

    Joseph Audfroid
  • Photo de Joseph Audfroid.

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"Je me suis dit : « Dans quoi me suis-je embarqué ? » [rires] C’était tout un choc de voir tous les dommages qui avaient été faits."

Transcription

Le Camp Borden [centre d’entraînement militaire en Ontario] pour certains et Fort Lewis [Washington] aux États-Unis pour le reste. De là, nous avons pris un bateau à Seattle, je pense, et ils nous ont transportés au Japon. Du Japon... nous sommes restés là une semaine ou deux, je suppose. Et puis, de là, ils nous ont envoyés par avion en Corée, et j’étais là en... laissez-moi voir... en Corée, j’étais là en avril 1951.

Je me souviens de tout le… c’était une ville et tous les bâtiments étaient détruits. La plupart d’entre eux... le pont était détruit. Tout était sens dessus dessous. Je me suis dit : « Dans quoi me suis-je embarqué ? » [rires] C’était tout un choc de voir tous les dommages qui avaient été faits.

À part ça, ils nous ont mis dans à partir de... eh bien, nous étions assis et nous prenions un repas, et il y avait un tas d’enfants là. Ils voyageaient sans but, et ils avaient cinq, six ans, quatre ans. Nous leur avons donc donné l’essentiel de notre nourriture. Je m’en souviens. C’était difficile de les voir dans cet état. On ne voit pas ça, ici, donc... J’étais toujours impressionné par ça, par ce qu’une guerre peut faire. Je pense que je commençais à réaliser ce qui se passait.

On a grimpé les montagnes et notre première fois là-haut, c’était à la tombée du jour, nous étions en haut d’une montagne, je m’en souviens. Il a commencé à pleuvoir, avec des éclairs et du tonnerre. Les éclairs ont touché trois ou quatre de nos gars, et il faisait noir. Je me souviens que nous étions couchés sur le sol, avec la pluie qui tombait. Il a plu la majeure partie de la nuit. Les éclairs ont frappé ces quatre-là, et nous avons dû les transporter hors de la montagne. Je ne me souviens pas s’ils s’en sont sortis ou... de ce que je savais, ils parlaient au... mais ils étaient pas mal amochés par l’éclair. C’est la première journée dont je me souviens. Ç’a pu être une semaine après ou une semaine avant, ou... je ne sais plus. C’est quelque chose  qui est gravé dans mon esprit, donc...

En octobre, je ne sais pas si c’était le premier jour ou la fin, j’ai été blessé en combattant. C’était par une explosion. Je suivais un blindé, je m’en souviens, et il y avait un lieutenant à côté de moi et il a été abattu. Mais nous n’avons pas arrêté. Quelqu’un viendrait le chercher. J’étais derrière le blindé et le première chose… J’ai été touché par cette explosion, et je ne me souviens pas comment je me suis rendu à l’hôpital de campagne. De toute façon, quand je me suis réveillé, j’étais là-bas. Je me suis peut-être réveillé avant ça, mais je ne me souviens de rien de ce qui s’est passé pendant un bout de temps.

Et ils… Je me souviens que je me suis regardé, et j’avais du sang sur ma poitrine et mon bras, et c’est vraiment... Ça semblait pire que c’était, disons ça comme cela. Mais j’ai entendu un médecin dire : « Retournez-le et regardez si ç’a traversé. » Je ne savais pas de quoi ils parlaient [rires], mais j’ai dit : « Ça doit être moi. » Ils m’ont donc retourné, et j’en ai entendu un dire : « Non, ça n’a pas traversé. » Eh bien, j’étais très soulagé. C’était quelque chose qui est juste resté dans ma mémoire.

À partir de là, eh bien, ils ont nettoyé mes blessures et ils ont dû me garder quatre, cinq, six jours, je ne sais pas. Quand ils ont vu... ils ont ausculté pour une infection, mais il n’y en avait pas, ils m’ont donc renvoyé [...] et puis j’étais de retour sur les lignes de front. Ils étaient surpris de me voir, parce qu’ils pensaient que j’étais mort. Quand je suis parti, j’étais étendu sur le dos, et le sang coulait et... pour eux, je pouvais être mort [rires]. Mais c’était le pire bout.

Je suis allé pour… une patrouille en particulier, on a…ça s’est passé en un instant, et j’ai dit que c’était la patrouille dans laquelle j’étais. Ce qui s’est passé à ce moment, j’étais... ils m’ont promu caporal, ils étaient à court... J’avais mon propre peloton, mais l’autre peloton devait sortir. Ils sont donc venus et ils m’ont fait partir avec ce peloton. Je ne connaissais personne parmi eux et nous avons été impliqués dans quelques échanges de tirs, et nous avons eu un moment difficile. Et j’ai... nous avons été chanceux de nous en tirer vivants, parce que nous avions pris un prisonnier. Il était dans une position avancée et nous avons avancé vers cette position. Ils nous talonnaient par-derrière [...].

De toute façon, nous l’avons sorti de la tranchée, et nous l’avons mis sur une civière, et ils l’ont emmené. Et ils étaient tout le temps derrière nous. Je ne sais pas comment nous nous en sommes sortis, ne me le demandez pas. Je sais que nous nous sommes rendus jusqu’à nos lignes et nous avions le prisonnier. C’est à peu près tout. Ils m’ont dit qu’il avait survécu et qu’il leur avait donné des informations.

Donc je pense que c’est une des fois où ils ont eu à... pendant une patrouille de nuit, ils ont capturé un soldat chinois parce qu’ils avaient creusé profond là où ils étaient, j’ai pu... on pouvait regarder par-dessus... de là où nous étions, nous pouvions regarder par-dessus et les regarder marcher d’un côté à l’autre. Nous étions tellement proches, vous savez, c’est... on savait qu’ils étaient des soldats chinois, donc... De toute façon, nous avons grimpé sur la montagne, nous avons pris un prisonnier et personne n’a été blessé. Nous sommes revenus. Ça nous a donné une bonne frousse.

 

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