Témoignages d'anciens combattants:
Kenneth “Ken” MacKay

Marine

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"Je pensais également la joindre, mais mon père avait servi dans la Marine britannique durant la Première Guerre mondiale. "

Transcription

La plupart de mes amis d’école se sont enrôlés dans l’armée de l’air, et je pensais également la joindre, mais mon père avait servi dans la Marine britannique durant la Première Guerre mondiale. Je me suis donc naturellement enrôlé dans la marine. Je sentais simplement que c’était mon devoir de servir mon pays. En fait, quand j’ai dit à mon patron que je m’enrôlais dans cette branche de l’armée, il m’a dit : « Eh bien, tu n’as pas à t’enrôler, ton travail est tellement important. Tu n’as pas à t’enrôler. » J’ai répondu : « Non, je veux m’enrôler. » J’ai essayé de m’enrôler une première fois, mais j’avais des furoncles chroniques sur les genoux et dans le cou. Bien sûr, le médecin de recrutement m’a dit : « Écoute, tu ne nous sers à rien. Retourne chez toi et reviens quand tu es en santé. » C’est ce que j’ai fait dix mois plus tard, et j’ai été accepté. Je suis parti seulement quelques jours plus tard, trois ou quatre jours plus tard. J’étais dans un train pour aller suivre mon premier cours, parce qu’ils m’avaient recruté pour suivre un cours spécial de recrues pour être un ouvrier spécialisé dans la salle des moteurs. Ce sont ceux qui font fonctionner les moteurs d’un navire, vous savez.

Nous faisions des convois d’un côté à l’autre de l’Atlantique, vous savez, des navires marchands. Il y avait cinq navires [des corvettes] qui accompagnaient les marchands de l’autre côté de l’océan pour tenir les patrouilles ennemies. J’ai adoré faire ça. J’ai vraiment aimé ça. Bien sûr, nous étions bien formés. Nous avions suivi deux cours pour nous former à faire fonctionner les moteurs du navire et tout l’équipement auxiliaire qui vient avec. Quand on est impliqué dans n’importe quelle altercation avec l’ennemi, on a un poste spécial où on doit aller selon l’heure de la journée. Mon poste spécial à ce moment était à la salle des chaudières avant pour aider les deux soutiers qui y travaillaient. Je devais m'assurer – en cas d’urgence, j’étais là pour les aider, vous savez. À ce moment, quand j’étais à mon poste spécial dans la salle des chaudières avant, ç’a été un moment mémorable pour moi, parce que mon ami qui était dans la salle des moteurs à l’époque m’a appelé et a dit : « Le capitaine a ordonné d’aller à pleine vitesse pour heurter le sous-marin. »

Eh bien, dans la salle des chaudières avant, nous étions dans la partie la plus vulnérable du navire. Et moi, en tant qu’ingénieur, je m’inquiétais des tuyaux de la salle des chaudières. Si nous foncions sur ce sous-marin et que nous étions arrêtés d’un seul coup, j’étais inquiet que certains relais dans la salle des chaudières puissent se briser. Certains des tuyaux les plus gros pourraient se briser. La température de la vapeur dans la salle des chaudières était de 397 degrés Fahrenheit. Nous aurions été cuits en environ 15 secondes, vous savez. Heureusement, le capitaine a vu les hommes sauter du sous-marin et il a ralenti l’allure, et nous n’avions plus à foncer sur le sous-marin. Je suis allé outre-mer sur un bateau de transport de troupes. Nous étions environ 2000 hommes de l’armée de terre et 2000 hommes de l’armée de l’air, et il y avait 14 marins. Nous devions nettoyer les ponts chaque soir après la tombée de la nuit. Je me souviens être debout sur une des rambardes avec un collègue de l’armée. Il était malade et il vomissait. Il m’a regardé et m’a dit : « Dieu merci, je ne me suis pas enrôlé dans la marine. »

Lors d’une journée ordinaire, disons que j’étais sur le bateau de 12 h à 4 h, je me levais le matin et je déjeunais vers 7 h 30. S’il y avait quelque chose à réparer dans la salle des moteurs, si on devait remplacer un collier ou bien resserrer une valve, je devais le faire. Puis, à 12 h, j’allais faire une tour de garde dans la salle des moteurs, et j’y demeurais jusqu’à 4 h. J’avais une pause à 4 h, mais je devais ensuite relever mon ami qui était de garde pour qu’il puisse dîner lui aussi. Après souper, j’étais aussi l’animateur musical de notre navire. Trois ou quatre fois par semaine, je faisais jouer les chansons populaires de ce temps, vous savez, Big Band, Rec Recordings, et elles étaient diffusées partout sur le navire. Puis, à minuit, je retournais à mon poste dans la salle des moteurs et j’y restais jusqu’à 4 h le matin. Je n’ai pas eu beaucoup de sommeil sur ces navires, en raison de l’horaire. Je tombais toujours endormi à une table, à la cantine, ou bien ailleurs, quand j’étais assis sur le pont, je tombais – il y a une photo que quelqu’un a prise de moi à moitié endormi sur le pont supérieur.

Dans le train qui me ramenait à la maison, quand nous traversions Schreiber, en Ontario, quelqu’un est venu et nous a annoncé que la guerre en Europe était terminée. J’avais déjà accepté d’aller avec le navire sur le front du Pacifique; ils avaient demandé des recrues pour notre navire qui devait aller sur le Pacifique, parce que la guerre continuait toujours, là-bas. Ils nous avaient donné un mois de permission pour rentrer à la maison avant d’aller sur le Pacifique. Lorsque je suis retourné sur le navire, celui-ci était partiellement remis à neuf pour nous permettre de l’utiliser. En août, nous avons quitté Halifax et nous allions passer par le canal de Panama. Lorsque nous sommes arrivés au Canada, nous avons entendu qu’ils avaient largué une bombe sur le Japon. Évidemment, la guerre était finie. Notre navire a simplement traversé le Canal, puis a remonté la côte ouest, et nous avons été démobilisés un mois plus tard.

Je ne voudrais pas faire ça de nouveau. Disons-le comme ça. Mais j’ai bien aimé le temps que j’ai passé dans l’armée. Je me suis fait plusieurs amis. Tout le monde sur notre navire s’entendait bien. Je n’ai jamais entendu parler de qui que ce soit ayant une querelle sur notre navire. Il s’est construit une réelle camaraderie, vous savez, dans l’équipage.

 

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