Témoignages d'anciens combattants:
David Peat

Armée

  • David Peat et son régiment s'entrainant à Kiska - Centre de formation des Ingénieurs - sur un radeau.
    David Peat était âgé de 20 ou 21 ans.

    David Peat
  • Photographie de David Peat en uniforme militaire à l'âge d'environ 20 ans, et de sa femme Olive à 19 ans.

    David Peat
  • Quatre médailles reçues par David Peat: Médaille de la guerre 1939-45, France and Germany Star, Médaille du Service des Volontaires Canadiens, Médaille des Volontaires du Roi George.
    Médailles reçues pour service rencu, et remplacées après un cambriolage.

    David Peat
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"je le vois sur la colline où les Allemands l’ont tout de suite atteint. Ils ont tiré au mortier et l’explosion a tué tous ces gars qui se trouvaient là, éparpillés un peu partout."

Transcription

David Oliver Peat, né à Laverna, en Saskatchewan, le 8 mars 1922. En 1942, le 19 août, soit le même jour que le raid de Dieppe, je me suis enrôlé ou j’ai prêté serment, enfin, appelez ça comme vous voulez.

Maintenant, je vais préciser quelque chose pour remettre les pendules à l’heure. J’avais avec moi mes papiers, vous savez, mes papiers de convacation, et c’était écrit noir sur blanc que je n’étais pas apte pour l’équipement connexe ou le matériel. Alors, je n’y ai jamais été (rires). Je savais à quoi m’en tenir, je n’avais plus à m’inquiéter d’être sergent ou caporal, ni quoi que ce soit d’autre, mais c’était ainsi et je ne pouvais rien y faire.

Vous me demandiez de parler de l’entraînement de base. Eh bien, c’était beaucoup de marche au pas, d’exercices militaire et autres trucs du genre. Un tour à droite, un tour à gauche, un mauvais tour (rires). Je blague, mais c’était à peu près ça. C’est toutefois en génie que j’ai appris à bloquer et à faire exploser des ponts. Nous avons aussi construit un pont en bois après être allé en forêt pour abattre des arbres. Puis nous avons conduit non pas un char, mais ce qu’on appelait une chenillette porte-Bren. Et comme elle ne s’est pas renversée, je suppose qu’on avait bien appris la leçon.

La seule chose qui soit arrivée, c’était une nuit où quelqu’un a cru entendre du bruit. Alors tout le monde s’est réveillé et s’est mis à tirer. Avant même que tout soit fini, quelques Américains avaient été tués parce qu’on les avait pris pour des Japonais. Eh bien, il n’y avait pas un seul Japonais, nous en avons cherché toute la journée, partout sur l’île, et ils étaient tous partis. Mais ce genre de choses pouvait arriver, une tragique erreur, mais ainsi va la vie...

Je suis allé outre-mer, en 1943 je crois. Nous étions revenus pour y retourner, en Écosse finalement, où j’ai suivi un entraînement. Puis on nous a envoyés en France, en renfort des Queen’s Own Rifles.

Alors, il y avait ce verger de pommiers où nous étions stationnés et un jour, ils ont fait exploser le verger et nous avec... Un gros obus de mortier avait frappé un arbre sous lequel nous nous trouvions. Je vous laisse imaginer l’explosion, toutes ces branches et ces pommes qui volaient partout. Et nous étions assis en dessous en nous cramponnant à nos casques de protection. J’ai été blessé et expédié à l’infirmerie de campagne, je m’en souviendrai toujours...

L’infirmière en chef était une Écossaise et elle avait un accent à couper au couteau. Elle saluait tout le monde d’un « Bonjour Jock, comment allez-vous ce matin ». Elle appelait tout le monde Jock, et notre groupe de blessés venait de partout, il y avait des Polonais et tout, et personne ne comprenait un mot de ce qu’elle disait. Tous de braves gars.

Mais on soignait leurs blessures, et c’était l’essentiel. Puis on m’a renvoyé en Angleterre, au 4e hôpital de campagne canadien. On devait m’amputer l’index parce qu’il tournait au vert. Puis les médecins ont longuement discuté pour décider finalement d’amputer aussi le doigt d’à côté.

Il y a une nuit que je n’oublierai jamais, une nuit où nous étions en pleine action. Je vois encore un de nos hommes qui transportait le bloc-batterie pour l’opérateur radio, je le vois sur la colline où les Allemands l’ont tout de suite atteint. Ils ont tiré au mortier et l’explosion a tué tous ces gars qui se trouvaient là, éparpillés un peu partout. C’est tout ce dont je me souviens. Je les vois encore en esprit, tous gisant au sol alors qu’ils étaient tous vivants quelques minutes auparavant.

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