Témoignages d'anciens combattants:
Józefa (Josephine) Obierski

  • Józefa Obierski
  • Józefa Obierski
  • Józefa Obierski
  • Józefa Obierski
  • Józefa Obierski
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"Le 10 février 1940, pendant la nuit, ils [les Russes] ont frappé à la porte et ils ont dit : « Pouvez-vous ouvrir la porte ? »Ils sont simplement entrés dans la maison et ils ont dit : « Vous avez une demi-heure pour vous préparer. Nous vous évacuons. »"

Transcription

Le 10 février 1940, pendant la nuit, ils [les Russes] ont frappé à la porte et ils ont dit : « Pouvez-vous ouvrir la porte ? »Ils sont simplement entrés dans la maison et ils ont dit : « Vous avez une demi-heure pour vous préparer. Nous vous évacuons. »*

Ma mère a demandé : « Où partons-nous et pour combien de temps ? », et un homme, un commandant russe, a répondu : « Oh, seulement pour trois jours, puis vous allez revenir. » Un autre homme, un autre commandant russe, je pense – il avait le plus grand cœur –, il s’est retourné et a dit : « Prenez tout ce que vous pouvez, de la nourriture et des vêtements, car vous ne reviendrez pas dans trois jours. »

Ça nous a pris deux semaines pour se rendre en Sibérie. Ils nous ont emmenés à une caserne, dans une pièce. Toute la famille dans une pièce. Nous n’avions pas grand-chose, seulement ce qui nous pouvions emporter.

Le jour suivant, ils ont appelé à un rassemblement les gens âgés de 16 à 65 ans. Le commandant a rencontré les gens et leur a dit : « Vous devrez aller travailler, chacun d’entre vous. » Et si on ne travaillait pas, on n’avait rien à manger. Il a ajouté : « Demain, soyez prêts, car vous allez à douze kilomètres d’ici pour couper du bois. » À ce moment, ma mère et mon père devaient y aller, et nous trois, parce que nous n’avions pas encore 16 ans, nous devions rester dans les casernes où ils nous avaient emmenés.

Nous, les enfants, pouvions d’acheter seulement du pain, 600 grammes par jour. Chaque jour, nous devions aller faire la file pendant longtemps pour obtenir ce pain. Nous ne pouvions même pas avoir du sel. Nous ne pouvions avoir que du pain là-bas.

Beaucoup de gens sont morts, et surtout des enfants, parce qu’il n’y avait pas de lait, et rien pour eux. Les mères devaient aller au travail. Et même si elles étaient jeunes et ne pouvaient pas nourrir longtemps leur enfant parce qu’elles avaient faim, elles n’avaient pas assez à manger. Bien sûr, ces enfants sont morts.

 

Mon grand-père est mort en Sibérie, tout comme beaucoup d’autres personnes. Lors de leurs funérailles, ils creusaient simplement un petit trou, et si la famille demandait un cercueil, ils prenaient quelques planches et les plaçaient ensemble, comme ils le pouvaient. C’était ça, les funérailles.

Le 1er janvier 1942, ils [les commandants russes] nous ont appelés et nous ont dit : « Nous allons à une gare de train pour aller plus loin en Russie. »** Tout le monde dans ma famille s’est enregistré pour partir de la Sibérie. Ils ont demandé : « Où voulez-vous aller ? » Tout le monde s’est enregistré pour aller dans le sud de la Russie, parce que le climat était beaucoup plus clément, et c’était plus près de la Pologne. Ils ont dit « Vous ne pouvez pas aller en Pologne. »

Nous avons voyagé de la Sibérie à Shahrazade [en Ouzbékistan] pendant deux mois.

Puis, nous avons pris un bateau vers Pahlavi [en Iran]. C’était la Perse, à l’époque, maintenant, c’est l’Iran. De là, nous sommes allés par camion près de Téhéran [en Iran]. Nous sommes restés là pendant deux mois environ. Nous sommes ensuite partis en train à Karachi [au Pakistan]. Nous sommes restés deux mois là-bas. Nous sommes partis en train au port, et vers Mombasa [au Kenya], et de Mombasa vers l’Afrique de l’Est [à Tengeru, en Tanzanie].

Le service d’infirmerie, quand j’étais en Afrique – lorsque j’ai fini mon école secondaire, ils ont organisé une formation en infirmerie. J’ai tenté de m’y joindre, mais ils ne prenaient que les filles qui n’avaient personne dans l’armée, qui n’avaient nulle part où aller. Au moins, elles pourraient s’occuper en étant infirmières. Je n’ai pas été acceptée. J’ai eu le poste dans le bureau [des camps polonais à Tengeru].***

Nous étions en Afrique lorsque nous avons appris que la guerre était finie. Le frère de ma mère était au Canada depuis 1913, et ma mère lui a écrit et lui a demandé s’il était capable de nous aider, de nous faire venir au Canada. Le Canada était très heureux d’accueillir des immigrants dans le pays. Nous n’avons pas attendu longtemps avant de venir au Canada.

* La déportation des Polonais vers la Sibérie a débuté le 10 février 1940.

** Lorsque les nazis ont envahi l’Union Soviétique, en 1942, le gouvernement polonais a aidé la Russie en échange de la libération des déportés polonais. Plusieurs ont été envoyés vers les colonies britanniques.

*** Il y avait six camps polonais en Tanzanie, et le plus grand était à Tengeru.

 

Follow us