Témoignages d'anciens combattants:
Judith Milsom

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"Lorsque la guerre a éclaté en ’39. J’avais prévu d’aller à l’université, mais, avec le début de la guerre, j’ai décidé que ce n’était pas le bon moment."

Transcription

Je suis née en Angleterre, dans le Cheshire, en 1922. J’étais toujours une écolière – je venais de terminer l’école secondaire – lorsque la guerre a éclaté en ’39. J’avais prévu d’aller à l’université, mais, avec le début de la guerre, j’ai décidé que ce n’était pas le bon moment. Ainsi, dès que je suis devenue assez âgée – j’ai dû attendre quelques années, et pendant ce temps j’ai fait une formation en secrétariat qui s’est avérée très utile pendant la guerre. Puis, je me suis enrôlée dès que j’ai pu, et j’ai commencé, en 1942, au début de ’42, j’ai été rappelée. Je m’étais portée volontaire en ’41, mais ils ne m’ont rappelée qu’en ’42. L’entraînement se déroulait à Londres. Je suis allée au collège en météorologie, et ç’a duré deux mois, deux à trois mois. Ma première station météorologique était en Écosse, juste à l’est d’Édimbourg, et, comme je l’ai appris plus tard, cette station avait été une base de dirigeable, et le premier vol de dirigeable de la Grande-Bretagne jusqu’à l’autre côté de l’Atlantique était parti de là. Aucune information n’était disponible pendant la guerre parce que tout était gardé très, très secret. Les gens ne parlaient de rien.

La première fois où nous avons été rappelées pour aller à l’entraînement, ils nous ont fait passer des examens – ils voulaient savoir tous les détails sur ce que nous avions fait à l’école, etc. – et mes intérêts étaient portés de manière très évidente sur les mathématiques et la science. Je me suis donc fait dire que j’allais être dans la météorologie. J’ai ensuite été envoyée directement à l’école de Londres en train.

La météorologie, c’est 24 heures par jour, sept jours par semaine, et nous travaillions toutes par quart de travail. Chaque heure, nous devions envoyer nos rapports météo en détail, et ils comprenaient à la fois le pourcentage de couverture nuageuse, le type de nuage et la hauteur des nuages. Il fallait apprendre peu à peu comment juger l’altitude des nuages bas et c’est vraiment, ça semble impossible, mais ça pouvait arriver. De toute manière, tous les autres éléments auxquels vous pouvez penser – le vent, sa vitesse, sa direction, la température, la pression barométrique – tous les détails devaient être transmis chaque heure, à l’heure précise. Toutes les stations d’Angleterre devaient faire la même chose, afin que nous puissions dresser le portrait de ce qui se passait. C’était important, c’était entièrement en code de cinq chiffres. Mais, quand on y pense, les variations du temps atteignent les Iles britanniques avant le continent.  En conséquence, nous ne voulions pas donner d’information aux Allemands si nous pouvions l’éviter. Ça rendait cela assez amusant, mais cela voulait aussi dire que nous étions toujours en train d’assembler l’information – nous avions des cartes toutes les deux heures. Nous devions rassembler toutes les stations avec tous les petits – c’était de petits cercles, et nous devions mettre sur ces cercles toute l’information qui était transmise, pour que les météorologues puissent l’analyser. Si on regarde les cartes que l’on voit à la télé de nos jours, ce sont les cartes que nous utilisions. Elles mesuraient environ 4 pieds de haut en bas, et probablement 3 pieds et demi de gauche à droite, et nous les rassemblions sur une table inclinée. Nous devions faire ça toutes les deux heures, afin qu’ils puissent avoir tous les détails possibles.

D’un bout à l’autre du pays se trouvaient des quartiers généraux.  Par exemple, il y avait Belfast, où je me trouvais, mais il y avait des quartiers généraux – en groupe, je pense – il y avait plusieurs différents groupes – 11 groupes, etc. Il y avait un réseau complet de stations et elles étaient regroupées dans différents groupes.

Il n’y avait que deux personnes – le météorologue, qui lisait ce que l’on avait regroupé sur les cartes, et il devait écrire le rapport final qui était transmis aux pilotes, mais mon travail était de faire tout le travail de détail, de crypter les rapports et de les envoyer en téléscripteur. Je devais aussi recevoir les rapports qui nous étaient transmis. C’était seulement un flot de papier qui venait d’environ 60 stations ou plus, situées un peu partout sur les Iles britanniques. Nous en recevions aussi de l’Islande, mais c’était un code tout à fait différent, qui n’était bon qu’une seule fois. Nous avions un livre pour identifier le code qui était utilisé, et ce code n’était plus jamais utilisé.

 

Nous avions tous les instruments réguliers. La pression barométrique était calculée avec une colonne de mercure; elles étaient très, très précises. Même chose pour la température, évidemment. On se servait d’anémomètres pour le vent, ce genre de choses. Toutes nos informations étaient transmises par téléscripteur. Toutes ces stations éparpillées dans le pays étaient reliées les unes aux autres par des téléscripteurs. Elles fonctionnaient donc tout le temps, 24 heures par jour, 7 jours par semaine. Elles fonctionnaient constamment, et en sortaient des tas de papier imprimé.

Nous avions aussi des ballons-sondes, mais ils étaient rarement utilisés, parce qu’elles allaient haut dans les airs. Nous ne les utilisions pas, car les hommes allaient s’envoler.

Toute l’information qui nous arrivait, oui, nous l’analysions.

Il y a eu un changement, lorsque j’étais en Irlande du Nord. Ils ont subitement changé tous les codes. Ç’a donc ruiné nos journées pendant un bout de temps, car nous devions nous habituer à des codes totalement différents... [L’interviewer parle à 07:20]... C’était difficile, parce que si on n’avait pas eu les bons changements de codes, on ne pourrait rien lire du début à la fin. On devait avoir le bon code.

Tout le monde travaillait certainement très, très fort, et ne je me souviens pas de plaintes ou de rien de ce genre. Nous avions accepté ce qu’il fallait faire. En fait, c’est intéressant; quand la guerre a été déclarée, en 1939, des barrages routiers ont été installés à beaucoup d’endroits, où j’habitais. Je suis certaine que c’était répandu. Donc, de toute évidence, il y avait une préparation de faite contre une éventuelle invasion. Nous étions seulement en 1939, mais, évidemment, ce n’est jamais arrivé, heureusement.

L’extinction des feux était très, très stricte. C’était la première chose que nous devions faire dès que la guerre a été déclarée. Tout le monde devait assombrir leurs fenêtres, toutes les fenêtres. Jusqu’à aujourd’hui, quand j’y pense, il y avait 60 millions de personnes, et je ne sais combien de foyers cela faisait, mais ça devait être des millions, et chaque fenêtre devait être camouflée. On pouvait être dans le pétrin si on laissait passer un trait de lumière. Les Allemands, lorsqu’ils nous survolaient, ils n’étaient supposés ne rien discerner dans la noirceur.

Le rationnement était exigeant. Aucun agrume. Aucune banane. Les œufs étaient rares. Mais nous avions droit à une certaine quantité de beurre par semaine, par personne. Le sucre, lui aussi, était rare. La viande était rationnée. On devait avoir une permission pour tout. Ce n’était pas si mal avant 1944, lorsqu’il y a eu des navires coulés dans l’Atlantique. Les vivres manquaient, et nous planifions une invasion; il y avait donc une plus grande quantité de vivres pour les troupes.

Chaque mois, nous pouvions avoir une permission d’une semaine, sauf lorsque nous sommes allés en Irlande du Nord. On ne pouvait s’en aller qu’une fois tous les six mois. En 1944, avec la planification d’une invasion, il n’y avait plus de permission. On devait rester où on était.

J’ai dû attendre un bout de temps avant d’avoir un permis pour aller au canada. C’était entièrement arrangé par le gouvernement canadien via des bureaux à Londres.

C’était intense et, en regardant en arrière, je ne pense pas que j’en aurais manqué une seconde, même pour tout l’or du monde.

 

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