Témoignages d'anciens combattants:
George Wallace Scantlebury

  • George Scantlebury
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"En général c’était chacun pour soi lorsqu’on était dans la réserve. "

Transcription

Je me souviens du Jour de la Victoire en Europe. J’avais 13 ans, mais je ne suis pas certain des dates exactes. Je m’en souviens cependant parce que je me rappelle de foules de gens dans toute la ville qui dansaient dans les rues et ce genre de choses. À cette époque, j’étais dans les cadets, dans les cadets de l’école. Les cadets de l’école étaient très importants à l’époque. C’était seulement des hommes, ou des garçons – les filles ne pouvaient pas y entrer, mais tous les garçons devaient y aller. Je ne suis pas certain pourquoi. On était pas mal obligé d’entrer chez les scouts. C’était, après tout, juste après la fin de la guerre. Nous étions très sophistiqués. Il y avait beaucoup de marche en formation et d’exercices et de tir à la cible, et tout un tas de choses comme ça. Je suppose qu’ils pensaient que ce serait nécessaire si la guerre continuait. J’étais sergent-major de compagnie durant ma dernière année là-bas, et mon travail était de faire des démonstrations d’éducation physique avec mon peloton. Nous avions l’habitude de parader jusqu’aux canons, dans le parc. La première année, nous avions l’habitude de – tous nos uniformes d’armée étaient des surplus de la Première Guerre mondiale. C’était l’exemple d’armée le plus pathétique que je n’ai jamais vu. Mon uniforme devait avoir été – ils avaient tous des trous, eh, et on avait des guêtres, et ils étaient réparés de partout – et ils ne s’agençaient pas parce que tout avait pâli. La deuxième année, ils nous ont tous habillés de tous nouveaux uniformes. Nous avions de très beaux uniformes, nous étions rutilants. Puis, le colonel venait du continent et les inspectait. Il voyageait – je ne suis pas certain qu’ils le faisaient d’un bout à l’autre du Canada, mais je sais qu’ils le faisaient dans les provinces de l’Atlantique, parce que nous étions en compétition avec les écoles des Maritimes.

On était dans les cadets jusqu’à la fin de la 10e année, et je suis allé tout droit dans la réserve. C’était quand j’avais… je devais avoir 14 ans, je pense, fin de mes 13 ans ou début de mes 14 ans. C’était très peu après la guerre, parce que je me souviens – un court moment, peut-être un ou deux mois, ou six mois, mais nous avons commencé à voir des hommes en service revenir de l’Europe et aller dans la réserve avec nous. Donc, quand nous suivions notre formation, nous étions un genre de mélange de garçons frais sortis de l’école, en 10e, 11e et 12e années, et de vétérans endurcis, principalement venant de l’armée de terre.

 

Il y avait deux branches de l’armée à Charlottetown ou dans l’Île-du-Prince-Édouard à cette époque. Il y en avait une de reconnaissance, une de signalisation. J’oublie le numéro du régiment de reconnaissance, mais je voulais essayer d’apprendre quelque chose à propos des radios, parce que la radio ne faisait que débuter. J’avais ce que l’on nommait un 19-Set, et c’était un appareil monstrueux. Il demandait deux gars à faire fonctionner et il avait une portée d’environ 15 miles, lors d’une belle journée ! Il n’avait aucune portée la plupart des jours, mais c’est avec ça qu’ils essayaient de faire la guerre, ces vieux 19-Set, et je pense que c’est pourquoi les motocyclettes ont été utilisées autant durant la Première que durant la Deuxième Guerre mondiale.

Le gros de la formation radio de la branche locale était simplement le code Morse. Nous apprenions le code Morse, puis on progressait pour apprendre encore le code Morse, et énormément de marche militaire. Je n’ai aucune idée pourquoi les régiments de signalement faisaient autant d’exercice de marche, mais nous avons marché, marché, marché, marché, chaque jour.

La camaraderie était assez étrange dans l’armée, dans la réserve, parce que tous ces gars étaient revenus à la maison. Certains d’entre eux étaient des gars vraiment endurcis, je veux dire, ils avaient connu la guerre. Certains de ces hommes étaient 8, 10 ou 12 ans plus vieux que nous, et certaines étaient un peu plus jeunes, et d’autres étaient seulement deux ou trois ans plus âgés que nous, mais ces gars avaient vécu la guerre. Il n’y avait pas beaucoup d’interaction en général; c’était chacun pour soi lorsqu’on était dans la réserve.

Le rationnement était d’une grande importance. Chaque personne dans la famille recevait un œuf par mois, et il n’y avait rien qui était du beurre, ils n’avaient qu’une sorte de faux beurre. Nous avions des coupons pour tout; ma mère avait des coupons pour tout. Et puis nous avions des toiles complètement noires. On ne les tirait pas, ils étaient déroulés, en quelque sorte – pour toutes les fenêtres, et chaque foyer devait les avoir pour que la lumière ne puisse pas sortir, parce qu’ils redoutaient un bombardement. À cette époque, la vérité est qu’il n’existait aucun avion qui pouvait nous atteindre à partir de l’Europe. Ils étaient cependant inquiets parce que la technologie avançait très rapidement. Je veux dire, ils sont passés du Lysander au Spitfire en une année environ, et ces avions étaient comme le jour et la nuit. Le Spitfire était tellement plus efficace et tout. Les bombardiers étaient assez efficaces également.

L’autre chose était qui m’a toujours frappé était que nous avions deux bennes dans la cour arrière : une benne l’acier, une autre pour l’aluminium. L’aluminium avait une très grande valeur.

Si on voulait aller au grand théâtre, la fin de semaine, on pouvait apporter de l’aluminium, n’importe quoi en aluminium, et ils vous donnaient l’entrée gratuite. Nous avions également deux boîtes. Je me souviens, oh, une fois de temps en temps, une chose spéciale se passait. Ma mère me donnait un vieux pot en aluminium ou autre chose et je pouvais aller au cinéma gratuitement.

La première chose que l’on voyait sur l’écran était un rapport, un rapport quotidien qui – je peux m’en souvenir incorrectement, c’était une fois par semaine – c’était très bien fait, avec des images et des commentaires sur comment la guerre se déroulait. Même lors de périodes difficiles et de périodes heureuses, ils nous montraient les bombardements et ils nous montraient les… nous savions vraiment ce qui se passait là-bas.

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