Témoignages d'anciens combattants:
George Tipton

Armée

  • Médailles de service M. Tipton: Étoile 1939-45; Étoile d'Afrique avec barrette de la 8ème armée, Médaille de la Défense; Médaille de guerre (1939-45); Médaille de long service territorial.

    George Tipton
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"Puis nous sommes arrivés à Dover. Et bien sûr, on nous a interdit d’aller à quai jusqu’à ce qu’ils récupèrent les morts sur le toit, la plate-forme et le pont du navire, et partout ailleurs."

Transcription

C’est en mai 1939 que je me suis joint à l’Armée territoriale, qui est l’armée à temps partiel, peu après que [le premier ministre britannique Neville] Chamberlain eut conclu avec Hitler cet imbécile de pacte. Nous savions que c’était imminent, que la guerre éclaterait bientôt. Alors ceux d’entre nous que cela concernait se sont enrôlés dans la Réserve ou la force régulière. Et en 1939, je me trouvais au campement de Catterick, dans le Yorkshire, qui est le centre des bataillons blindés, et j’étais vivement étonné de n’y voir aucun char. Alors il n’était pas question d’en conduire un ou d’y monter. Nous en avons profité pour marcher au pas et apprendre des manœuvres à pied. Une fois cet entraînement terminé, au bout de deux semaines, je suis rentré chez moi et environ quatre semaines plus tard, la guerre a éclaté et nous avons été appelés sous les drapeaux.

En février 1940, nous avons traversé à Dover pour débarquer à Dunkerque, en France, et toujours aucun char à l’horizon. Alors une rumeur s’est répandue dans la ville selon laquelle les chars avaient été envoyés par rail de Calais ou de Dunkerque vers la Belgique. Puis nous sommes retournés à Le Mans [France], une ville située sur la Seine près de Paris, et il n’y avait toujours pas de chars ni d’entraînement. Puis quand les Allemands sont entrés aux Pays-Bas et en Belgique, nous nous sommes déplacés en Belgique. À ce stade, les Belges étaient plutôt mécontents de nous voir arriver car ils craignaient stupidement d’offenser les Allemands. Ils n’avaient donc rien préparé, rien planifié, et pour autant que nous le sachions, nos chars se trouvaient dans nos gares de triage d’Edingen, tout juste à l’ouest de Bruxelles.

Nous sommes arrivés en camion pour y être accueillis par les bombardements en piqué de la Luftwaffe, mais toujours pas le moindre char. Et quand nous sommes repartis, on nous a rabattus sur Tournai [Belgique]. Les routes étaient envahies de femmes, d’enfants et de vieillards qui avaient tout quitté en transportant leurs biens dans des charrettes à bras, des camions et tout ce qu’ils pouvaient trouver. C’était donc très difficile pour nous d’avancer, d’autant plus que nous étions bombardés toutes les demi-heures environ, et que les morts et les blessés rendaient les choses encore plus pénibles.

Nous sommes revenus par la suite à Arras [France], où la décision a été prise de contre-attaquer. Et le type qui dirigeait les opérations allemandes n’était autre que [le feld-maréchal Erwin] Rommel. Mais nous l’avons tout de même pris par surprise et nos hommes ont fait un travail extraordinaire, tuant quelques Allemands mais terrorisant surtout l’ennemi. Les Allemands ont déguerpi pour se replier à je ne sais combien de kilomètres, mais ils avaient quitté la région. Évidemment, nous n’avons pu finir le boulot parce que nos chars n’avaient que deux canons pounder et que les Allemands avaient quelque chose comme 75 millimètres, bien que je n’en sois pas certain.

On nous fait revenir à Dunkerque, et l’un des bataillons de la brigade a tenté une action d’arrière-garde à Bergues, un petit village près de Dunkerque, mais c’était une cause perdue. L’attaque des Heinkel [avion allemand] a été trop massive. Les routes menant de Bergues aux quais de Dunkerque étaient encombrées de camions et de véhicules de toutes sortes. Et ils ont tout bombardé, descendant très bas et mitraillant tout ce qui bougeait. Il y avait du sang partout, plein de morts et de blessés. On nous a ordonné de nous diriger vers les quais, et c’était plus ou moins le sauve qui peut général. Arrivés sur la jetée, nous avons vu un navire de l’île de Man qui semblait avoir été pris par la Marine, parce qu’il avait été repeint du gris de la Marine royale.

Alors, les gars ont dit : « Montons au sommet du bateau pour prendre un peu de soleil. » Parce que ça commençait à s’éclaircir, même s’il y avait encore l’épaisse fumée des réservoirs à mazout qui avaient pris feu. « Allez au diable, leur ai-je rétorqué. Je ne monte pas là-haut car nous serons une cible trop facile quand ces idiots reviendront, et ce sera l’enfer sur ce bateau. » Nous avons poursuivi notre route et de fait, les Heinkel sont revenus et ont attaqué le navire. Puis nous sommes arrivés à Dover. Et bien sûr, on nous a interdit d’aller à quai jusqu’à ce qu’ils récupèrent les morts sur le toit, la plate-forme et le pont du navire, et partout ailleurs. Et c’est avec horreur que j’ai appris que tous mes amis qui étaient montés à bord avaient été mitraillés.

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