Témoignages d'anciens combattants:
Rod McNeill

Armée

  • Médailles de service de Rod McNeill: Étoile 1939-45; Étoile de l'Italie; Étoile France-Allemagne; Médailles de la Défense; Médaille du Service des Volontaires Canadiens; Médaille de guerre (1939-45).

    Rod McNeill
  • Rod McNeill, le 30 octobre 2009.

    Historica Canada
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"Je lui ai demandé s’il ne craignait pas d’en manquer. Et comment, m’a-t-il répondu, mais tu devrais toi aussi t’inquiéter. Inutile de me le dire, lui ai-je rétorqué, je suis aussi inquiet que toi (rires)."

Transcription

Je suis Rod McNeill et je viens de Peace River en Alberta, dans le nord de l’Alberta. Je travaillais dans une ferme, dans un ranch dans le nord de l’Alberta, à 650 kilomètres au nord d’Edmonton. Comme j’avais 17 ans j’avais envie de quelque chose de plus excitant et j’ai essayé d’entrer dans l’armée. Ils ont dit, non, tu es trop jeune et à mes 18 ans, je me suis engagé. Et je ne sais plus si l’endroit où j’ai signé c’était à Peace River ou bien Fairview en Alberta.

Je suis allé à Edmonton et, bien-sûr, j’arrivais tout droit d’une ferme. Je n’avais jamais été en ville avant ça de toute ma vie, alors je me promène là avec la bouche grande ouverte, en regardant ces grands immeubles à Edmonton. (rires) Et la caserne là-bas, ils m’ont envoyé à New Westminster. J’ai passé quelques mois à New Westminster, et puis ils m’ont envoyé à Prince Rupert. J’y ai passé à peu près deux ou trois mois, et ensuite de là ils m’ont envoyé outre-mer.

Quand je suis arrivé là-bas, je suis allé à Aldershot et je suis resté dans un camp là-bas, un camp de l’armée de terre, en attendant qu’ils m’envoient là où ils voulaient m’envoyer. J’étais dans le [101ème Loyal] Fusiliers d’Edmonton à ce moment-là et ils m’ont envoyé dans le régiment d’Edmonton, c’est ce que j’espérais qu’ils fassent et j’y suis allé. Je suis parti en Afrique du Nord sur un autre bateau de troupes. Il y avait deux bateaux. Le Edmonton, le Seaforth et le Princess Pat étaient tous à bord de ce, de ces deux bateaux. L’un des bateau est allé directement en Sicile. Notre bateau s’est arrêté à Philippeville en Afrique du Nord et il est resté là juste une nuit, ou alors on est resté là. Et après on a continué le voyage en train pour les troupes, on a traversé l’Afrique du Nord pour aller dans une autre grande ville, je ne me souviens pas de son nom là tout de suite, et de là, on est allé en Sicile.

Une des histoires que je voudrais raconter a eu lieu quand on était en Italie, et j’étais signaleur dans l’infanterie, alors bien-sûr, et ça allait avec les troupes en patrouille et tout ça. On est arrivé en Italie et on remontait le long de la botte on a commencé par le talon de la botte. On est remonté le long de la botte. Et une nuit j’étais toujours en patrouille parce que tout le monde dormait dans le régiment ; et on devait avoir un garde en faction, pour les prévenir si les allemands arrivaient de l’autre côté, en venant droit sur nous. Et j’étais là tout seul et je savais qu’il y avait quelqu’un à une centaine de mètres à ma droite et quelqu’un d’autre à 50 à 100 mètres de moi sur la gauche, je ne sais pas où ils étaient.

Mais je surveillais attentivement. Et je regardais de tous les côtés en essayant de tout voir, et j’avais peur aussi, un petit peu. Et tout d’un coup, quelque chose m’a tapoté l’épaule, et je me suis retourné. (rires) C’était un Gurkha quelqu’un qui venait des Indes orientales et qui faisait partie de l’armée britannique. Il y en avait toute une division, et c’était les meilleures troupes que j’ai jamais vues. (rires)

Alors quand il m’a tapoté l’épaule, il dit, hi Johnnie et j’ai regardé et tout ce que je voyais c’était ses dents blanches. (rires) Je regardais en plein son visage, il faisait tellement sombre là dehors. Et je lui ai demandé, comment savais-tu que je n’étais pas un allemand ou quelque chose comme ça, vous savez, j’aurais pu être un allemand pour sûr. Il dit, oh, je savais, il dit. J’ai dit, comment savais-tu ? Tu n’as pas de lumière, pas de son, rien du tout. Il dit, j’ai touché les lacets de tes chaussures et, dit-il, tes lacets étaient plats. Il dit, ils en portent des ronds. Toutes leurs troupes tout le monde a des ronds mais, dit-il, les tiens étaient plats. Je savais que tu étais canadien. (rires)

On allait sur la ligne Hitler et j’ai été blessé sur la ligne Hitler, à une heure de marche de Rome à peu près. On était là et on nous avait dit de creuser. Il y avait des tranchées là-bas, mais on nous avait dit d’en creuser plus parce qu’il y avait plus de troupes, vous savez. Et on a commencé à creuser, j’avais mon matériel radio portatif sur le dos, je l’ai enlevé et l’est posé sur le sol. Et on avait un jeune ukrainien, qui venait d’arriver, il n’avait jamais participé au combat avant. Alors il était avec nous et il tenait son matériel radio dans la main et a commencé à creuser parce qu’il était nouveau. Je suppose qu’il peut tenir le matériel pendant que nous, vous savez, et envoyer le message. Et un obus de mortier a atterri dans le figuier, qui est, oh, ils font dans les quatre à cinq mètres de haut et c’est à peu près tout. Et on est juste dans un verger de figuiers.

Il touche ça et j’ai reçu un éclat dans la poitrine, sur le côté droit et en bas dans le cœur. Et j’en ai eu un autre dans le genou. Alors j’entends encore parler de ça quelquefois. Je suis allé voir un docteur il y a quelques temps, il y a un an à peu près, et il me dit, est-ce qu’on vous a déjà tiré dessus ? J’ai répondu, non, mais on m’a descendu à moitié des quantités de fois. (rires) Et il a dit, non, a-t-il dit, il y a une balle dans votre, dans votre cœur ici, vous savez. Il dit, c’est du côté de votre aorte, c’est là-dedans, il dit, juste à côté de votre cœur. J’ai dit, oh, je sais que c’est là. J’ai toujours su que c’était là, je savais bien de quoi il parlait. Alors quoiqu’il en soit, il, il a dit, moins de deux millimètres et, dit-il, vous ne seriez pas ici.

Quand la guerre s’est arrêtée, ils sont venus me voir et ils ont dit, on veut que tu conduises une jeep. Maintenant, tu prends cette jeep, on met un officier allemand avec toi. Il peut parler allemand aux gens, qui sont encore embusqués sur les toits et qui tirent sur les gens et qui, vous savez, qui ne savaient pas que la guerre était terminée. Parce qu’il n’avaient aucun moyen de le savoir, ils vivaient là-haut avec rien du tout, vous savez. Donc j’ai conduit ce capitaine et il me parlait et j’ai demandé, comment se fait-il que vous ayez un tel accent américain. Il avait un accent du sud, vous savez, aux Etats-Unis, les accents du sud. Et bien, a-t-il dit, c’est là que j’habitais, il a dit, j’ai vécu là-bas pendant des années et des années. Il dit, et je suis venu ici en vacances et ils m’ont enrôlé et je n’ai pas pu y échapper. Il a dit, ils ne voulaient pas me laisser partir. Ce vieil Hitler, il avait besoin de troupes à un tel point, je suppose qu’il ont juste dit, vous n’allez nulle part. Alors, il a dit, me voilà. (rires)

Alors je le conduisais partout et il a trouvé deux snipers là-haut. Et j’ai dit, vous avez pas peur de vous faire tuer ? Et il a répondu, si, il a dit, tu devrais avoir peur toi aussi. Et j’ai dit, j’ai peur. Ne m’en parle pas. Mais il ne s’est pas fait tué. Il parlait allemand, il avait un haut-parleur et il a pu leur dire que la guerre était terminée.

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