Témoignages d'anciens combattants:
Fred Allison

Armée

  • Photo prise en automne 1942 sur les marches d'entrée de la maison du père de Fred Allison à Scarborough, Ontario. Tommy (en bas), Ralph (au centre) et Fred (en haut) partant pour l'outremer. Ils ne se sont jamais revus.

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  • Fred Allison sur la tombe de son frère Tommy, Cimetière Holden, Holland, 60ème anniversaire. Tommy était un conducteur de char et est mort à la fin de la guerre.

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  • Fred Allison de retour de son voyage sur le navire Queen Elizabeth, le 27 décembre 1945.

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  • L'armée a donné un crédit de 13 mois à Fred Allison pour un apprentissage de mécanicien, 16 f2vrier 1946.

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"Alors quand je suis sorti de l’armée, j’étais bien mieux qu’à mon arrivée dans l’armée."

Transcription

Et je me suis engagé à l’âge de 20 ans. Je n’avais pas beaucoup d’instruction. Je n’avais jamais vécu ailleurs que chez moi. Je n’avais pas d’expérience. Je n’avais aucune formation. Alors quand je suis sorti de l’armée, j’étais bien mieux qu’à mon arrivée dans l’armée. Evidemment, j’ai eu beaucoup de chance pendant mon séjour à l’armée. J’ai été enlevé deux fois des contingents qui partaient outre-mer pour m’occuper de missions spéciales ici au Canada. Et ça m’a donné le temps d’avoir une meilleure formation et le temps d’ épouser la femme la plus merveilleuse qu’un homme puisse avoir et pendant 60 ans. Et qui m’a fait arriver en Angleterre avant le jour J et faire partie de la toute nouvelle division : le 2ème Atelier des troupes générales canadiennes. Le 1er Atelier avait été décimé en Italie, ce qui veut dire que si j’avais fait partie de la première fournée au lieu d’être séparé du contingent, ça aurait été là où j’aurais été.

Et aussi, assez chanceux pour être au bon endroit au bon moment pour aller de Juno Beach en Normandie, pour finir en Hollande sans être blessé. On voyageait dans l’arrière pays tout le jour et on convoyait avec notre Atelier. On est arrivé à ce verger et on y est entré. Ils voulaient garer les camions sous, sous un arbre, vous savez, pour réduire les chances d’être mitraillés au sol ou bombardés cette nuit-là. Il faisait sombre et on n’avait pas mangé de la journée. Alors on s’est mis en rang et on a eu quelque chose à manger. J’ai seulement oublié ce que c’était, et puis le sergent a dit « Allez-y creusez » et il s’est éloigné et j’ai pensé « Allez-y creusez » mince alors, je suis fatigué.

Et de toute façon, j’ai pensés, bon, tout est calme, où est l’intérêt de creuser. Et dans un verger, vous savez, il y a tellement de racines, et c’était, le sol était dur comme du béton alors il m’avait fallu attendre environ une heure et demie pour avoir la pelle parce qu’on devait attendre son tour. Alors j’ai décidé, je vais dormir sur le siège du milieu dans le, un des camions était, ils avaient des coussins rembourrés là-dedans. Et j’ai pensé, oh ça ferait un bon endroit pour dormir. Alors, juste je me suis endormi et bigre, tout s’est ouvert et j’ai pensé, bigre, il n’y a que cette toile toute fine au dessus de moi, ce n’est pas tellement bien, alors je me suis glissé sous le siège. Et puis j’ai pensé, bigre, ce petit morceau de bois au dessus ce n’est pas grand-chose. Alors je me suis glissé sous le camion et le lendemain matin je me suis moqué de moi-même, c’était nouveau pour moi. J’était tellement sûr de moi au début, et tellement effrayé à la fin, vous savez.

Je me souviens très bien de la bataille de Ardennes. Notre Atelier était de retour de la ligne où ils avaient fait une percée, mais il y avait une rumeur qui circulait comme quoi ils allaient, les boches qui avaient pris des uniformes canadiens et qui avaient sauté en parachute derrière les lignes. Alors ça nous avait fichu la frousse et l’officier m’a demandé de prendre mon fusil et d’arrêter tout véhicule qui traversait ce petit pont. Mais il m’avait mis là tout seul. Ca paraissait être une tâche tellement impossible parce que j’étais dans le noir et un véhicule, possible de voir un véhicule ou d’entendre un véhicule arriver, et vous étiez là dans le noir à gesticuler pour arrêter ce véhicule. Maintenant, vous saviez, vous saviez que si c’était un canadien qui conduisait ce véhicule, un soldat canadien, il s’arrêterait. Mais si c’était un des boches, il allait juste appuyer sur le champignon et comme vous étiez seul, ils ne sauraient pas, votre corps ne serait même pas retrouvé avant le lendemain matin. J’ai pensé, mince, c’était quelque chose de tellement stupide et impossible. Mais en fait leur idée c’était de découvrir s’il y avait vraiment des allemands habillés en soldats canadiens qui avaient fait une percée et se trouvaient à l’intérieur de notre périmètre.

Mais c’était seulement de temps en temps, vous étiez tellement effrayé par moment qu’il vous fallait vous reprendre, tout particulièrement la nuit quand on était en itinérant, c’est quand vous vadrouillez et qu’à chaque ombre et chaque arbre, vous croyez voir un allemand. Mais il fallait vous y habituer. J’ai eu beaucoup de chance pour ça en grande partie du moins, j’étais vraiment à l’arrière de la ligne. J’avais la malchance de porter un nom pour, mon nom commençait par un A et on aurait dit qu’à chaque fois qu’ils avaient besoin d’un mécanicien pour un Atelier, ils commençaient toujours par la lettre A. Et alors moi, chaque fois qu’il fallait y aller, j’étais, les seules qu’ils ne m’ont pas données c’est parce que j’étais déjà sur une autre. Alors ça vous met quelquefois dans une sale posture. A Caen [France] j’étais, ils avaient besoin d’un mécanicien pour les camions qui tiraient les canons de 55. Alors ils ont demandé un, ils n’ont pas fait appel à des volontaires, personne n’aurait voulu, on n’était pas censés se porter volontaire. Mais non, ils, ils ont tiré la lettre A et j’y suis allé. Alors c’était vraiment très excitant et vous appreniez davantage mais c’était toujours un peu plus dangereux. Mais j’ai eu de la chance, je suis passé au travers.

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