Témoignages d'anciens combattants:
Peter Buote

Armée

  • Peter Buote, novembre 2009.

    Historica Canada
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"On n’avait pas la moindre idée de ce qui se passait, mais j’ai entendu une bruyante explosion et j’ai regardé derrière moi et j’ai vu la péniche de débarquement exploser."

Transcription

Je m’appelle Peter Buote. Je suis né à Rustico dans l’île du Prince Edouard le 26 octobre 1924. Quand j’avais16 ans, j’avais entendu dire qu’ils prenaient les garçons, ils les appelaient des mousses à ce moment-là, pour les former jusqu’à ce qu’ils aient l’âge d’entrer dans la marine. Moi, avec un de mes copains on a sauté dans un train de marchandises et on est descendus jusqu’à Halifax pour nous engager dans la marine. J’ai toujours fait plus jeune que mon âge, alors ils m’ont dit de rentrer chez moi et de grandir un peu. Alors il a fallu qu’o prenne un autre train de marchandises et revenir à Moncton [Nouveau Brunswick]. Alors j’ai attendu jusqu’à mes 18 ans et demi, c’était l’âge qu’il fallait avoir pour se porter volontaire dans le service à ce moment-là. Et je me suis alors engagé dans l’armée, j’avais 18 ans et demi.

Mon entraînement a commencé à Fredericton dans le Nouveau Brunswick, mon entraînement de base. Après avoir fait mes classes, je suis allé à Utopia dans le Nouveau Brunswick, pour faire le perfectionnement. Quand j’ai eu fini le perfectionnement là-bas, l’artillerie avait donné un canon de six livres à l’infanterie pour s’en servir comme défense antichar, alors j’ai été l’un des premiers au Canada à prendre un, dans l’infanterie plutôt, à suivre une formation sur la défense antichar. J’ai réussi haut la main. Après ça, on est allé à Debert en Nouvelle Ecosse et de là à Halifax où on a pris le bateau pour aller outre-mer.

Avant de prendre le bateau pour aller outre-mer, j’ai été promu caporal et la traversée a été, et bien, il y avait foule à bord. On était serrés les uns contre les autres sur le bateau, ou le navire en fait. Et les seules inquiétudes qu’on avait, c’était comment arriver jusqu’aux toilettes et on s’inquiétait à propos de se faire attaquer par un sous-marin ou pas. Pendant le trajet on avait vu des explosions sur le côté et on a su plus tard qu’il y avait bien un sous-marin dans le coin, mais on ne nous a jamais tiré dessus ou quoi que ce soit. Apparemment, ils avaient fait couler le sous-marin. On a débarqué à Southampton en Angleterre et de là on est allé dans un camp de l’armée. On a eu quartiers libres la nuit après qu’on se soit installés. Alors on a passé une nuit à Southampton et le jour d’après, on nous a dit qu’on était consignés. On ne nous a pas dit pourquoi, mais on devait être consignés.

Quoiqu’il en soit, ça a duré à peu près une semaine. On a eu des entretiens là-bas. Apparemment nos dossiers n’étaient pas encore arrivés en Angleterre à ce moment-là, alors au cours de l’entretien, ils m’ont demandé depuis combien de temps j’étais caporal. Je leur ai répondu à peu près trois semaines. Alors ils m’ont rétrogradé. Apparemment, il fallait avoir eu le grade en question pendant trois mois pour qu’ils ne puissent pas vous rétrograder. Certains de ceux qui avaient été promus en même temps que moi, comme leurs dossiers n’étaient pas arrivés, ils ont menti et ont dit qu’ils étaient caporal depuis trois mois et demi. Alors on leur a laissé leur grade. J’ai perdu le mien en disant la vérité. (rires)

Mais j’ai découvert plus tard que ce n’était pas vraiment bien d’être caporal dans l’infanterie. Alors on a pris le bateau, et on pensait quand on a pris le bateau, qu’on partait pour l’entraînement, mais on a découvert qu’on allait entrer en action. Et on nous a dit qu’on nous envoyait en renforts immédiatement pour aider les hommes qui faisaient le débarquement. Deux copains, avec qui j’avais fait mes classes et le perfectionnement, et moi-même on était assis dans un groupe et le lieutenant s’est approché et a dit « J’ai besoin de trois volontaires, il me manque trois hommes. » Il nous a pointé du doigt et a dit « Toi, toi et toi, venez avec moi. » Il nous a emmenés à un endroit où il y avait un paquet de soldats. On était un peu verts, on ne savait pas ce qui se passait. Et après on nous a envoyé à la messe où un prêtre a fait une petite messe. Après ça on nous a ordonné d’aller sur le côté du bateau et on a commencé à descendre du bateau par une échelle de corde, pas une échelle vraiment, mais un filet, comme pour aller sur les péniches de débarquement. On ne savait toujours pas exactement ce qui se passait jusqu’à ce que la porte de la barge s’ouvre sur la plage et que les mitraillettes commencent faire feu sur la porte. Les hommes sautaient juste là à la porte. Moi-même, je me suis débarrassé de mon équipement, mes deux copains me regardaient et ils ont fait pareil et on a tous sauté par-dessus bord. On a eu la chance énorme d’atterrir sur un banc de sable. J’étais sur le banc de sable, on avait de l’eau à peu près jusqu’à la taille. Les hommes qui avaient sauté par-dessus bord de l’autre côté de la barge n’avaient pas enlevé leur équipement et il n’y avait pas de banc de sable. Ils ont juste coulé à pic avec tout leur bardas et ils ne sont jamais remontés.

On a rejoint la rive à pied et on est arrivé sur le sable. On n’avait pas la moindre idée de ce qui se passait, mais j’ai entendu une bruyante explosion et j’ai regardé derrière moi et j’ai vu la péniche de débarquement exploser. Je ne sais pas du tout s’il s’agissait d’un boulet de canon ou d’une mine sous marine ou qu’est-ce qui était arrivé en fait. Mais pour autant que je sache, nous trois on était les seuls à être partis de la péniche. Il y avait des explosions, des obus qui fusaient de partout. Vous pouviez entendre le claquement des balles, quand quelqu’un a crié « Avec qui vous êtes ? » J’ai crié en réponse, j’ai dit « Je ne sais pas. » Alors il a dit « Vous êtes avec moi désormais, venez par ici. » C’était un lieutenant. Alors on l’a suivi. C’est comme ça qu’on a découvert qu’on faisait désormais partie du Regina Rifle Regiment of Canada.

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