Témoignages d'anciens combattants:
Clinton Hayward

Forces aériennes

  • Clinton Hayward naviguait outremer à bord du RMS Aquitania en janvier 1944.

    Photo Armée Canadienne, Collection Allan S. Tanner
  • Clinton Hayward est retourné au Canada à bord du SS Ile de France le jour de son 20ieme anniversaire, le 21 juin 1945.

    Collection Allan S. Tanner
  • Escadron 427 (Lion), RCAF, photographié ici avec un Lancaster Bomber, à la fin de la guerre.

    Clinton Hayward
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"Il m’a épousseté les épaules et je portais l’insigne canadien sur le bras. Il a dit « J’aurais dû le savoir, les canadiens ne sont pas faciles à tuer. »"

Transcription

Et ils nous ont reconduits en train, après qu’on ait eu notre congé d’embarquement, nous sommes allés à Montréal. Et de là, on y a passé seulement quatre ou cinq jours et ils nous ont emmenés à New York de nuit en autocar et on est descendu du car dans la 22ème rue. Je me souviens d’avoir vu ça, c’est la seule chose que j’ai vu de New York. Et on a marché jusqu’au NSM Aquitainia et ils nous ont placés sur le pont inférieur, parce que les ponts supérieurs étaient remplis par les troupes de l’armée américaine. Et on est parti de New York le dernier matin et la dernière chose que j’ai vu c’était la statue de la Liberté qui se dresse dans le port.

Et après trois jours en mer, il y a eu une énorme tempête et là où on était, il y avait à peu près 30 cm d’eau sur le sol alors on a dû quitter ce poste. On a emporté nos oreillers et nos deux couvertures avec nous et on est allé dans les coursives du bateau et on a dormi pendant huit nuits dans les coursives avec une couverture posée sur le sol en métal et une couverture au dessus de nous. Et on a pris les oreillers qu’on avait en bas.

Et ce qu’on avait en bas, ils avaient des couchettes qui étaient accrochées au mur et qu’on tirait vers le bas pour les faire descendre, et il y avait des gros tubes tout autour, des tubes carrés, et aussi des supports comme ça elles étaient maintenues à l’horizontal pendant qu’on les descendaient. Alors vous preniez place sur celle du bas, et il y en avait trois en hauteur, et le gars qui était dans celle du milieu montait sur la votre pour tirer la sienne avant de se mettre dessus. Et ensuite le troisième montait sur les deux autres pour tirer la sienne et se mettre dessus. Et après pour en sortir, vous deviez attendre que le gars du haut descende, que le deuxième descende et ensuite vous descendez parce que la toile tombait tellement bas que vous n’aviez pas même pas de place pour vous extraire des couchettes. Alors ça ne nous dérangeait pas trop de les quitter de toute façon.

Et ensuite on a débarqué à Greenock en Ecosse et ils nous ont pris par groupes de dix jusque là-bas, dans un bateau plus petit, jusqu’à la jetée et on a quitté la jetée et on est resté là debout, en attendant le train. Et il y avait une mouette qui est arrivée près de nous et elle s’est lâchée et c’est tombé sur un gars à côté de moi et il avait de la fiente partout sur sa casquette et sur le nez. Et il a dit « c’est mauvais signe » J’ai demandé « Pourquoi ? » et il a répondu « C’est le signe que je ne vais pas revenir. » Et il n’est pas revenu.

Nous sommes partis à Bornesmouth dès que nous sommes arrivés en Angleterre, c’est là qu’on envoyait toutes les recrues. Et puis ils m’ont envoyé à Leeming dans le Yorkshire, et là c’était un escadron de bombardiers lourds. Et à ce moment-là, on volait sur des Halifax, des quadrimoteurs, qui étaient comparables aux Lancaster, mais le Lancaster était un meilleur avion. Et le Halifax pouvait transporter 5900 kg de bombes environ, alors que le Lancaster, on a eu ça juste avant la fin de la guerre en Europe, il pouvait transporter de 6750 à 9900 kg de bombes. Alors ça faisait une sacrée quantité de bombes à larguer.

Quand j’étais là-bas, oh pendant à peu près trois semaines, ils m’ont envoyé à Manchester là où ils fabriquaient le viseur de lance-bombe, ils l’appelaient le viseur Jarrow marque 14. Et j’étais un spécialiste alors je devais contrôler tous les viseurs de bombardement de l’escadron 427, dès qu’ils avaient terminé leur mission, pour m’assurer que les viseurs étaient en bon état de fonctionnement parce que le petit cordon courait du viseur jusqu’au côté de l’avion, et au cours des bombardements, le bombardier était responsable de l’avion et c’est lui qui disait au pilote où aller et aussi de tourner à gauche ou à droite. Le viseur était toujours à niveau par rapport à la terre, pour que l’avion puisse faire comme ci ou comme ça ou être incliné dans un sens ou dans l’autre et vous étiez quand-même rivé sur l’objectif. Et il y avait une petite croix, une petite croix rouge sur le plastique transparent du viseur et elle montait et descendait comme si vous aviez entré votre vitesse et puis le petit viseur se positionnait correctement. Donc quand vous larguiez vos bombes, elles tombaient là où c’était prévu. Et c’était très secret ce viseur. Je m’assurais simplement qu’ils marchaient quand ils étaient dans l’avion. S’ils n’étaient pas à bord des avions, je devais les démonter et en mettre des nouveaux et les maintenir prêts pour le bombardement suivant.

Bon, ils m’ont envoyé à Manchester et j’y ai passé trois semaines avec eux là où ils fabriquaient les viseurs. Et j’ai suivi tout le processus. C’était une grosse usine. Et c’était une usine très secrète, ils ne voulaient pas que l’ennemi sache où elle se trouvait. Je les ai installés dans tous les avions de l’escadron 427, ce qui fait seize avions.

Je suis allé à Londres en permission une fois tout seul et c’était quand les bombes V2 sont arrivées, ces roquettes qu’ils envoyaient. Et je rentrais à pied au YMCA et une bombe a explosé tout près de là où je marchais. Je n’ai même jamais entendu l’explosion, tout ce que je sais, je me suis retrouvé dans les airs, à la renverse, et puis tous les immeubles à Londres qui avaient été démoli par les bombardements et il ne leur restait que les caves et les sous-sols, et ils construisaient toujours une barrière en bois autour d’eux. Et j’ai heurté cette barrière en bois et une grosse partie s’est cassée et j’ai juste tournoyé et atterri à peu près dix mètre plus bas au fond du trou. Je n’ai même pas été égratigné là où j’ai heurté la barrière, c’était comme une grande voile, je tombais, si facile. Et j’étais là par terre tout en bas et je me demandais bien comment diable j’allais sortir de là, j’allais devoir attendre jusqu’au matin. Et quelqu’un tout en haut a braillé, « Ca va ? » Et j’ai répondu « je crois bien. » Et il a dit « Je vais jeter une corde, vous savez comment faire un nœud ? » J’ai dit « Oui je sais faire ça. » Alors il l’a lancée et je l’ai attachée autour de moi et il m’a tiré hors de là. Quand je suis sorti, c’était un bobby comme ils les appellent, c’était des policiers et ils devaient mesurer 1,80 mètre de haut et pesé tellement avant de pouvoir être dans la police là-bas, ou alors ils ne les prenaient pas. Il m’a fait remonté comme un poisson au bout d’une ligne.

J’étais couvert de poussière et tout ça. Il m’a épousseté les épaules et je portais l’insigne canadien sur le bras. Il a dit « J’aurais dû le savoir, les canadiens ne sont pas faciles à tuer. » Et on est rentré avec le SS Ile de France, ça ne nous avait pris que cinq jours le retour. Je suis rentré et je suis arrivé à Halifax le 20 juin 1945 et le 21 juin, on est sorti du bateau et c’était mon anniversaire, j’avais 20 ans.

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