Témoignages d'anciens combattants:
John Bilyk

Marine

  • Marins se détendant dans leur quartier, à bord du bâteau, 1944.

    John Bilyk
  • Photo du HMCS Sea Cliff (K344) en mer forte, prise du bâteau de M. Bilyk, le HMCS Eastview (K665), en 1944.

    John Bilyk
  • Photographie de l'équipage du HMCS Eastview (k665) qui est en train d'être prise, 1944.

    John Bilyk
  • Grenades sous-marines explosant en Atlantique du Nord.

    John Bilyk
  • John Bilyk au cénotaphe de Vanier (Ottawa) le 11 novembre 2007.

    John Bilyk
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"Mais nous n’étions jamais en contact avec eux, nous étions toujours en bordure des convois. En fait, nous étions comme des mères poules avec leurs poussins : nous les avions sous nos ailes."

Transcription

L’un de mes frères, qui était plus âgé que moi, a été fait prisonnier au Japon, et pendant quatre ans, nous n’avons eu aucune nouvelle. Nous ne savions pas s’il était mort ou vivant. Et les Japonais ne voulaient pas collaborer avec la Croix-Rouge. Alors nous ne savions pas s’il avait été tué à Hong Kong ou quoi. Va pour celui-là. Mais j’ai un autre frère, le plus vieux, qui était avec la 1re Division du Canada en Italie. Il savait que j’aurais bientôt l’âge de faire mon service militaire, et il me disait : « N’entre pas dans l’Armée, c’est l’enfer. » Il disait : « Enrôle-toi dans la Marine ou la Force aérienne, mais pas dans l’Armée… tu es mieux d’aller en prison que dans l’Armée. »

Alors j’ai rencontré un gars pas mal plus vieux que moi qui était dans la Marine depuis le début de la guerre. C’était un gars de la Marine royale du Canada. Je me suis informé, et il m’a dit : « Regarde, s’il t’arrive un pépin, si ton tour est venu, tu n’auras que deux ou trois minutes et puis ce sera fini. Parce que, dans l’Atlantique Nord, l’eau est tellement froide que l’hypothermie, comme ils disent, te gagnera. » Et il a ajouté : « Tu ne résisteras pas. » Alors je me suis dit : « Quant à y être, aussi bien m’enrôler dans la Marine. »

Eh bien, le premier voyage, honnêtement… je pense qu’ils étaient tous pareils. Pour moi, c’était nouveau, et je dirais que c’était ennuyant parce que nous n’avions pas vraiment grand-chose à faire. Juste être là et surveiller. Tu laves les planchers, tu laves tes vêtements, tu laves ton hamac et c’est tout. Ah oui, aussi tu fais tes tours de garde de quatre heures : quatre heures de garde et huit heures de repos. Et il y avait aussi ce qu’on appelle le petit quart, qui durait deux heures, pour éviter que quelqu’un soit de garde de minuit à 4 heures. Nous étions trois groupes : les rouges, les blancs et les bleus. Disons que le groupe des rouges était en poste de minuit à 4 heures, les blancs de 4 heures à 8 heures et les bleus de 8 heures à midi. Et ensuite les rouges reprenaient le quart de minuit à 4 heures. Mais il y avait le petit quart, de deux heures. Alors, nous étions de vigie pendant seulement deux heures, et le groupe derrière nous suivait pendant deux heures, et ainsi de suite. Comme ça, nous avions un temps de repos de quatre heures par période de 24 heures.

Les matelots de 3e classe ne savent pas ce qui se passe. Tout ce que nous savions c’est qu’au son de l’alarme, nous devions nous rendre à nos stations. Mais nous ne savions pas pour quelle raison. Tout le monde était entraîné pour ça de toute façon. Eh bien, nous avons largué beaucoup de grenades sous-marines. Notre bâtiment, le NCSM Eastview [K665], était un navire de commandement. Nous avions à bord l’officier le plus haut gradé responsable du convoi. Alors, nous ne restions jamais pour voir à qui étaient destinées les grenades sous-marines que nous larguions. Nous restions avec le convoi tandis que, je crois, il y avait toujours une autre corvette ou une frégate. Je pense que nous avions environ six navires d’escorte, cinq ou six. Il y en a un qui se tenait à l’arrière pour voir s’il y avait des dommages.

Le viseur d’arme est celui qui lève et abaisse le tube du canon. Il se sert d’une sorte de manivelle. Quand le canon était pointé sur la cible, nous tirions. De l’autre côté, il y avait le pointeur, qui fait bouger le canon latéralement et le garde pointé au centre de la cible. Dans les convois, il y avait des navires-citernes et surtout des navires de charge; il avait de nombreux navires citernes, qui transportaient de l’essence, du carburant pour avion, de l’huile et ainsi de suite. Mais la plupart des bâtiments servaient au transport du matériel militaire et de la nourriture, j’imagine, etc. Mais nous n’étions jamais en contact avec eux, nous étions toujours en bordure des convois. En fait, nous étions comme des mères poules avec leurs poussins : nous les avions sous nos ailes. C’était comme ça. Nous nous déplacions en périphérie ou nous croisions le long du convoi, à peu près à un mille ou un demi mille de distance, juste pour nous assurer qu’il était hors de danger.

Les gens en Amérique Nord n’ont jamais ressenti les effets de la guerre, sauf ceux qui ont perdu un être cher. Vous savez, c’était étrange quand nous sommes revenus au pays, nous étions comme une bande de, comment dire, une bande de clochards qui étaient partis quelque part et qui revenaient. C’est simplement la façon dont je voyais ça. Ça n’est pas si grave en fait.

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